Ce que n’est pas la cancel culture

Depuis plusieurs mois, le terme cancel culture fait l’objet de nombreux débats sur les réseaux sociaux notamment dans les cercles militants. Comme beaucoup de nouvelles expressions, la définir est bien difficile et c’est justement parce que tout le monde ne lui attribue pas le même sens qu’en pointer les limites (et perspectives) devient rapidement impossible.

Malheureusement, il va bien falloir que je tente une brève définition avant de me lancer dans cet article sinon bien des gens seront perdus durant sa lecture. Cette notion étant nouvelle et floue, je peux au moins essayer une vague explication en guise d’ouverture avant de poursuivre le reste de cet article. Je m’excuse d’avance si la manière dont j’en résume les grands principes est maladroite : je vous assure que l’exercice est bien plus délicat qu’il n’y paraît.

  • Définir la cancel culture

On pourrait définir la cancel culture comme un ensemble de discours et de pratiques sur les réseaux sociaux (des propos ou des agissements qui auront été pointés du doigt/dénoncés par un ou plusieurs utilisateurs) dont le résultat final déboucherait sur la détérioration de l’image publique d’une personne.

Les faits en question étant souvent jugés comme :

– graves car dangereux voire illégaux

– ou dans une moindre mesure (dans le sens où il est légalement difficile de les définir) toxiques, oppressifs voire problématiques. Ce dernier terme étant malheureusement assez généraliste, il englobe énormément de choses différentes (tout ce qui « pose problème », en gros).

Pour les premiers faits, les plus graves (où des preuves sont souvent révélées comme des screen pour appuyer le propos etc), on parle alors de call-out. Ce genre d’événements se viralise rapidement et donne lieu à de multiples discussions et un flot continu de messages (je vous laisse deviner, rarement positifs) : c’est ce qu’on appelle (dans un langage des plus poétiques) une shitstorm. Suite à cette shistorm, la personne visée décidera –ou non- de s’exprimer à son tour et c’est souvent à partir de là que commence la cancel culture.

Si on traduit littéralement, on pourrait dire qu’une personne cancel est donc « annulée ». Exactement comme un spectacle ou une marque qu’on boycott, cette personne perd rapidement en popularité. On redoute de s’en retrouver associée, on se désabonne de son compte et on incite (explicitement ou non) à ce que notre entourage/communauté fasse de même. Certains parleront d’ostraciser : je pense que parler « d’isolement social » est plus adéquat (et moins réducteur).

Si on s’arrête à cette explication et au premier type de faits dénoncé, il peut être difficile de comprendre où se situe le problème :

– Premièrement, des mouvements comme Me Too (pour n’en citer qu’un) ont eu ce besoin nécessaire d’utiliser les réseaux sociaux pour dénoncer les violences (ici) sexistes et sexuelles quotidiennes subies par les femmes, parfois en nommant directement les agresseurs en question. Et c’est parce que les femmes ont pu faire front ensemble, se soutenir et porter leurs voix grâce à ces plateformes que certains hommes persuadés d’être intouchables se sont enfin retrouvés confrontés à leurs agissements.

– Deuxièmement, comment peut-on reprocher à qui que ce soit d’avertir autrui qu’une personne a eu un comportement dangereux ?  

– Troisièmement, peut-on reprocher à des internautes d’exprimer leur colère et de chercher justice avec le seul moyen qu’il leur reste ?

– Quatrièmement, doit-on s’émouvoir que ces individus accusés et jouissant de leurs privilèges perdent ce qu’ils pensaient être des passe-droits ? Si une personne a commis des faits graves, perdre sa réputation fait-il réellement partie des questions à se poser en priorité ?

La réponse à tous ces constats est non.

Mais la complexité de la cancel culture est de vouloir pointer du doigt les dérives de ces pratiques (qui, je le rappelle, ont été nécessaires à bien des mouvements) en ligne. C’est pour cela que cette appellation renvoie au milieu militant (c’est un élément important car je pense vraiment que cela fait partie du défaut de cette expression mais je reviendrais là-dessus).

Dans les dérives souvent citées, il va y avoir :

la déformation de certains propos (des paroles rapportées sont amplifiées, exagérées et au fil du temps s’avèrent fausse).

des messages/screen d’il y a des années qui ressortent : souvent des propos un peu idiots, mal informés ou qu’il est difficile à définir. Résultat, on utilisera l’expression très large et floue de « problématique ».

une forme de pression sociale à arrêter de parler avec la personne en question sous peine d’être cataloguée comme étant responsable et complice de la faute commise. L’effet de groupe est clairement encouragé.

Si ces dérives sont de plus en plus pointées du doigt c’est parce qu’on ne parle pas  seulement de faits illégaux (et/ou dangereux) comme ceux précédemment cités. Pour le coup, tout ce qui pose problème (problématique) peut être visé. La question morale est ici clairement plus prégnante.

Or, même si cette question morale est justifiée les réels enjeux semblent parfois plus flous. Des animosités interpersonnelles au sein des milieux militants peuvent provoquer un déchaînement d’une rare violence. La performance « woke » (se dire « éveillé-e » politiquement) qu’on a pu retrouver sur des sites comme Tumblr de manière presque absurde pose de vraies questions sur nos attentes réelles lorsqu’il s’agit de militantisme. La fausse croyance d’une « pureté militante » n’est-elle pas toxique ? Après tout, le but premier de s’impliquer n’est-il pas pour que les gens ouvrent les yeux et décident de changer ?

Vous voyez, ces questions sont pertinentes et si elles reviennent de plus en plus fréquemment sur le tapis, c’est parce qu’elles débouchent sur des discussions sérieuses.

Alors parlons-en justement.

  • Réfuter la cancel culture

Je ne sais plus comment j’ai découvert exactement le terme cancel culture. Il me semble que c’était sur Twitter et qu’on était assez loin des raccourcis qui me mettent mal à l’aise comme « tribunal populaire » et « chasse aux sorcières » dès que ce réseau social se retrouve secoué par un ou plusieurs sujets sensibles (c’est-à-dire à peu près 20 fois par jour). Même si je suis bien incapable d’apposer une date exacte au jour où j’ai découvert cette appellation, le résultat est pourtant bien là : j’ai rapidement compris rien qu’en lisant ces 2 mots côte-à-côte ce qu’ils sous-entendaient. D’ailleurs, cela a assez facilement résonné en moi puisque j’y retrouvais des questionnements que je m’étais déjà posée.

Je ne connais personne qui ne s’est pas déjà interrogé sur son rapport à Twitter ainsi qu’à sa présence sur ce réseau. De manière tout à fait transparente, j’ai moi-même une relation d’amour-haine avec cette plateforme et je sais que je ne suis pas la seule. La rapidité d’information et la facilité à se renseigner sur ce qu’il se passe dans le monde y est absolument fascinante et presque addictive.

A ma petite échelle, Twitter m’a clairement permis d’en apprendre énormément et de construire ma pensée politique (j’y ai quand même débarqué à 17 ans pour discuter d’Harry Potter, sans un quelconque recul sur les discours dominants au sein de notre société), de me lier d’amitié avec bien des gens qui font désormais partie de mon quotidien ainsi que de rencontrer… l’amour (je pense à mon actuel petit ami avec qui j’ai commencé à discuter là-bas). D’un autre côté, j’ai aussi eu à faire face à la violence inouïe que ce réseau peut réserver. Si cela est malheureusement le quotidien de bien des féministes (des médias en ont déjà longuement parlé et je vous conseille le livre d’Anaïs Condomines à ce sujet Cyber-harcèlement, bien plus qu’un mal virtuel) et que j’y ai été régulièrement confrontée, il y a eu la fois de… trop. Vous savez, celle où les proportions sont si gigantesques qu’elles sont bien difficiles à raconter. J’ai toujours préféré rester assez pudique sur cet épisode et je pense que cela peut vous donner une idée de la difficulté à continuer d’avancer après un tel événement. Je ne le souhaite à personne (vraiment, personne) et il m’a fallu un certain temps pour tourner la page même si les traces resteront toujours présentes. J’ai appris à ce qu’elles le soient, d’ailleurs. Et pendant cette longue (et ô combien pénible) traversée du désert, j’ai eu le temps moi aussi de me demander comment on pouvait en arriver à là dans l’acharnement, la méchanceté gratuite, la malhonnêteté crasse et la violence.

Je n’ai pas attendu de vivre un tel épisode pour remettre en question ce réseau social. J’ai eu de la chance car j’ai été entourée et soutenue mais cela est resté un sujet sensible et je comprends plus que quiconque le profond sentiment de solitude qui en découle. En vivant une expérience aussi… particulière, mon regard d’actrice/spectatrice a changé. Rien de bien sensationnel là-dedans : notre vécu façonne notre vison. Mais j’ai aussi fait le choix de me positionner en retrait pour essayer de me poser deux minutes et prendre un peu de recul sur ces modes de pensée et d’action présents sur les réseaux sociaux. Non pas parce que je les rejetterai en bloc ou les tiendrais en horreur (la question me semble plus délicate) mais parce qu’ils reviennent d’une manière si mécanique que cela pousse à s’interroger.

J’ai moi aussi commencé à percevoir quelques similitudes de comportements entre des personnes de camps opposés. Je sais qu’il n’est jamais agréable d’entendre ce constat, puisqu’on se persuade toujours qu’on est dans la bonne équipe (sauf si le cynisme est notre mot d’ordre) et qu’on agit au mieux. Pourtant, il y a schémas qui se font écho.

Mécanismes, schémas, automatismes… l’idée de réfléchir à des pratiques et discours qui entretiendraient certaines normes me paraît plutôt pertinente. La question d’une culture n’est donc pas si absurde. Si certains réfutent catégoriquement l’appellation de « cancel culture », je fais donc preuve de plus de réserve. Je ne rejette pas totalement cette notion car je pense qu’elle regroupe des éléments très importants qui méritent d’ouvrir à la discussion.

Cependant, je suis moins certaine de la pertinence du terme « cancel » :

– Les cas de personnes disparaissant totalement de l’espace public restent assez rares même lorsque ces derniers sont accusés de faits très graves. L’impunité et l’entre soi restent souvent bien plus courant que la mise à mort sociale.

– Je prends cependant quelques pincettes sur ce premier point puisque si on sort de ces catégories privilégiées, le déferlement de messages négatifs et cet isolement social peut conduire à de sévères souffrances. Lorsqu’on est une personne opprimée dont la socialisation est déjà difficile au quotidien, ce genre de méthode n’aura-t-elle pas un impact dévastateur ? (c’est une question rhétorique)

Pour répondre à cette dernière question, la vidéo de Contrapoint est un incroyable cas d’école sur ce qu’est la cancel culture. Elle est très longue (1h40) mais je pense qu’elle mérite d’être vue. Elle est souvent citée à tort et à travers par des gens qui ne l’ont pas vu jusqu’au bout ou qui profitent qu’elle soit longue pour en déformer le propos. Essayez de vous en faire votre propre avis.

  • Repenser la cancel culture

J’utilise le terme « repenser » non pas pour en dénigrer son importance ou la relativiser mais parce que j’ai l’impression qu’on cherche les réponses aux mauvais endroits. Si schémas, mécanismes, pratiques et discours il y a dans la cancel culture, il me semble une erreur de les rattacher forcément au milieu militant. Le militantisme a bien évidemment ses spécificités et le fait de se réunir sur des questions politiques débouchent sur des préoccupations bien plus morales qu’on ose l’admettre. Ce qui explique une bonne partie de ces dérives.

Malheureusement, je pense aussi qu’on oublie que les militants ne sont pas des êtres humains extraordinaires ! En réalité, ils sont tout à fait normaux et sont influencés par les mêmes discours et schémas dominants que le reste de la société. Or, même en se pensant débarrassés de biais et d’idées préconçues (car on aurait fait l’effort de s’éduquer et de se déconstruire), il n’empêche qu’on reste perméable à bien plus de modes de pensée qu’on ne le croit.

En y réfléchissant, j’en ai dégagé 4 axes :

Le capital social, un facteur de la culture de la méchanceté

On peut définir le capital social par « la possibilité de mobiliser à travers ses réseaux sociaux des ressources en tout genre. Plus le capital social d’une personne ou d’une organisation est grand, plus elle est privilégiée dans les dynamiques sociales » [merci Wikipedia]. Notre société étant basé sur un système capitaliste, ce modèle se retrouve dans notre manière d’interagir et nos liens sociaux. Nous mettons alors en place des stratégies pour produire un capital social plus élevé qu’autrui (même lorsqu’autrui fait partie de nos proches). Il se créé une mise en concurrence relationnelle entre individus qui provoque inextricablement des rivalités. La méchanceté étant souvent vu comme un défaut inné et naturel chez un individu, elle prend ici un tout autre sens. La méchanceté se construit au gré de nos interactions sociales. Plus nous valoriserons un capital social important basé sur un modèle aussi néfaste, plus nous encouragerons des pratiques relationnelles nocives et désastreuses.

Ouvrir les yeux sur l’agressivité indirecte :

En psychologie sociale, l’agressivité indirecte (on parle aussi d’agressivité relationnelle) s’oppose à celle verbale et physique qu’on a tendance à percevoir plus facilement. Celle indirecte est plus insidieuse mais reste d’une grande violence. Vous en connaissez sans aucun doute certaines formes : lancer une rumeur, exclure quelqu’un, l’ignorer gratuitement, révéler un secret… A l’école, on avait tendance à en diminuer les conséquences (« ce sont des gamineries », etc.). En réalité, ces formes d’agressivité sont surtout difficiles à remarquer on en oublie (ou en sous-estime) leur importance. Or, ce sont des stratagèmes qui se mettent collectivement en place et qui sont les résultats de pratiques relationnelles justement liées à cette culture de la méchanceté que nous intégrons toutes et tous.

– Personne ne peut échapper à la Rumeur :  

Nous n’aimons jamais l’admettre et pourtant c’est bien le cas : nous contribuons à lancer et à encourager des rumeurs, même indirectement. Lorsqu’on ne cite pas mot pour mot les propos d’une personne (ou que ne les vérifie pas), qu’on relaie un « j’ai entendu dire que… », « je crois qu’il/elle a dit que… », qu’on modifie « légèrement » en exagérant « rien qu’un peu » ce qu’on a vu/entendu/lu, on reproduit ou perpétue une rumeur qui sera ensuite reprise à son tour etc. Si dit ainsi cela peut paraître un peu ridicule voire bon enfant, les conséquences sont tout autres (en plus de propager de fausses informations). Les rumeurs existaient bien avant Internet : en ligne, leurs formes sont parfois difficiles à déceler mais elles existent pourtant encore. Tâchons de nous en souvenir et d’éviter les formulations simplistes ou « catchy » qui peuvent être dangereuses (et faire bien plus de mal qu’on ne le pense). Si ce point rejoint le précédent (la rumeur peut être perçue comme une forme de commérage et donc d’agressivité indirecte), son utilisation est si fréquente que cela mérite de s’y attarder spécifiquement.

Le harcèlement, conséquence logique :

Ce dernier point est le plus évident. Les 3 éléments précédents sont le terrain idéal pour créer des situations de harcèlement parfois d’une rare violence. Comme je vous expliquais dans la partie juste au-dessus, j’en ai été victime. Je n’ai pas été cancel (enfin… je ne crois pas ?) et j’ai pourtant déjà eu à subir un mélange de ces différentes méthodes ce qui a provoqué du harcèlement. Par des gens qui étaient totalement réfractaires à mes opinions mais pas seulement. Bien des fois, j’ai aussi pu assister à leur mise en pratique de manière totalement inconsciente… ou au contraire, parfaitement calculée. Mon cas n’est pas exceptionnel ce qui dit ainsi est totalement déprimant. Mais voilà pourquoi il peut y avoir confusion entre des cas de harcèlement et ce qu’on nomme cancel culture : il y a des liens ténus entre les deux, les frontières restent très poreuses. Cela peut être difficile de l’admettre (car cela implique une remise en question de nos comportements) mais je pense sincèrement que l’ensemble des points énumérés en montre les similitudes.

Car si ces 4 éléments mis ensemble peuvent consolider les fondements d’une cancel culture, il est cependant réducteur de ne les percevoir qu’à travers ce prisme. Tout simplement parce que comme vous l’aurez remarqué, aucun de ces 4 critères n’a eu besoin des réseaux sociaux pour germer. Au contraire, ils existaient au préalable et Internet n’a été qu’un énième espace d’interactions pour qu’ils se diffusent. D’ailleurs, ils existent même sur Internet au travers de bien des situations sans faire partie de cette fameuse cancel culture. On les retrouve partout… et c’est bien ça le problème. Dans notre économie capitaliste, les réseaux sociaux deviennent un canal parmi d’autre dont le fonctionnement répond aux logiques de ce système. Instantanéité, rapidité de réponses, courses aux abonnés, recherche de viralité… Si ce fonctionnement donne un écho sans précédent qui peut pousser à s’inquiéter, ils restent avant tout le miroir d’une société qu’on oublie de remettre en question dès qu’il s’agit de notre manière d’échanger. Notre communication est si ancrée dans notre quotidien qu’on la perçoit comme naturelle lorsqu’en réalité elle est bien loin de l’être.

  • Sortir de la cancel culture ?

Il me semble être une erreur de parler d’une cancel culture qui serait inhérente à une certaine gauche (soi-disant bien-pensante) ou l’expression d’une petite bourgeoisie désireuse de visibilité lorsqu’en réalité les enjeux sont bien plus profonds. Les biais que nous intégrons et les rapports de force qui en découlent expliquent pourquoi il est si difficile de percevoir du premier coup où commence et où se termine la cancel culture. La cancel culture est peut-être un des reflets si ce n’est une critique de la manière dont nous échangeons sans vraiment nous remettre en question. Si elle a germé au sein des milieux militants c’est parce que les enjeux moraux et politiques qui reposent sur chaque individu ont une telle importance qu’on ne peut nier l’impact de ses répercussions. En résumé : on ne rigole pas avec ces choses-là.

Au début de mon article, j’en ai vaguement dessiné les contours en cherchant à énumérer les différents arguments entre ceux qui pensent que la cancel culture existe (et qu’elle briserait des vies) et ceux qui la réfutent (en y voyant un argument rhétorique fallacieux pour botter en touche lorsqu’une situation particulièrement grave commence à être mise en lumière).  Mais comme ma définition (très grossière) en début d’article le montre, chacun de ces camps ne part pas du même postulat, il est donc difficile de couper la poire en deux.

Si on veut parler sérieusement de cancel culture, il va falloir revenir sur des bases moins glamour : nos fonctionnement individuels et collectifs en ligne mais aussi hors ligne. Nous avons tendance à prendre pour des traits de personnalité ce qui peut être des comportements clairement intériorisés dans une société où nos manières d’interagir sont toxiques. Or, les réseaux sociaux nous encouragent en permanence à galvaniser ce genre de comportements. La cancel culture est le résultat de ses biais mais au lieu de la pointer du doigt comme une masse floue, il me semble plus intelligent de chercher à identifier ces pratiques qui ne font de bien à personne. Ces 4 éléments donc : la culture de la méchanceté dans laquelle nous baignons à cause de ce fameux capitalisme relationnel, les agressions indirectes, les rumeurs et les formes de harcèlement.

De cette manière, nous pourrons peut-être nous extraire d’arguments malhonnêtes intellectuellement qui reviennent assez rapidement. Par exemple, sortir la carte cancel culture (ou n’en parler) seulement lorsqu’on dénonce des actes graves ayant portés atteinte ou mis en danger autrui comme des violences ou agressions sexuelles. A ce moment-là, je pense qu’un autre mot est plus adéquat.

Au hasard, être sexiste.

8 commentaires

  1. Merci pour cet article, je m’y retrouve beaucoup ! Je suis toujours très agacée de voir le terme de cancel culture utilisé des qu’une personne ou un collectif est critiquée pour des propos sexistes, transphobes etc…
    Je suis tout à fait d’accord sur le fait que ce terme est assez ambivalent, et qu’il n’englobe pas l’ensemble des violences de groupe dans le milieu militant.
    J’ai l’impression que les dérives individualistes, le focus démesuré sur la déconstruction personnelle (avoir le bon langage, les bons réflexes, les bons réseaux) ça alimente un peu ça aussi (même si on peut pas mettre tout là dessus non plus)

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  2. Pour avoir suivi tous les lives et tweets à l’origine de cet article, je pense aussi qu’en plus d’avoir un postulat différent, les 2 « camps » ne parlent aussi pas de la même chose…

    Je suis d’accord avec pratiquement tout dans ton article mais j’ai l’impression que le questionnement sur la cancel culture pose problème aux gens qui nient son existence à partir du moment où l’on décide de débattre là-dessus.
    Je n’ai pas l’impression que le sujet a été mis sur la table pour dire que les prédateurs cités étaient « Cancel » mais plutôt parce qu’une femme s’est sentie Cancel pour ne pas avoir agit comme il le fallait selon des militant.e.s féministes.

    Peut-être que ça peut sembler naïf, j’ai vu en tous cas que cette piste était très vite écartée dès qu’évoquée… Et, au final, on voit bien que les comportements que tu décris dans ton article se retrouvent aujourd’hui dans le traitement des militants qui n’ont pas agis comme il le fallait, beaucoup plus d’ailleurs que dans le traitement des prédateurs Call Out à la base.

    Dans cette affaire, j’ai vu plein d’ami.e.s dire des trucs horribles, rapporter des infos qu’iels n’avaient pas vérifier, faire des menaces, surenchérir sur des insultes dégueulasses sur le physique, la virilité, remettre en doute des problème psy… Peut-être que le mot « cancel » est pas le bon mais il se trouve que cette fois, j’ai eu l’impression de comprendre tout ce qu’on voulait dire quand on parlait de « cancel culture »

    Je vais faire une pause et m’écarter un peu de ces sujets là (je parle des problèmes entre militants, qu’on ne vienne déformer ça non-plus) mais ton article a quand même réussi à poser des mots sur des choses que je voyais et merci pour ça. Pour le reste, il va falloir que je prenne du recul.

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    1. Alors, ce qu’il s’est passé m’a inspiré cet article MAIS il n’est pas entièrement à l’origine. Ca fait un moment que j’y réfléchis et il y a eu d’autres discussions suivies (parfois de loin) par ci par là qui ont participé à ma réflexion. Il y a seulement les dernières lignes de mon post qui y renvoient directement (une petite pic on va dire).
      Effectivement, je pense que tu peux peut-être manquer de recul (je ne dis pas ça méchamment) dans le sens où tel ou tel argument que j’avance te renvoie forcément aux discussions qu’il y a eu récemment. Au contraire, j’ai essayé de faire un post assez généraliste pour appuyer les cas où on évoque cette cancel culture.
      Je me suis peut-être plus attardée sur les mécanismes qui vont la créer et donc la favoriser / la perpétuer que sur les raisons x ou y où elles se manifestent parce que les situations peuvent être tellement multiples (et que les gens ont du mal à se mettre d’accord là-dessus tant les limites sont floues) !

      Je ne sais pas qui tu es mais take care,
      S.

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  3. Très instructif! Je connaissais déjà ce terme mais qu’on associe au militantisme mais sinon cette action n’est pas neuf, il s’agit surtout d’un boycott!
    Oui, le boycott peut être pour une mauvaise intention hors militantisme aussi, par jalousie pour lancer une rumeur, exclure quelqu’un, l’ignorer gratuitement, révéler un secret etc
    Ce n’est pas neuf qu’une action peut être avec une bonne ou mauvaise intention ou avoir des plus grosses conséquences qu’on avait pensé!

    Ce qui me gêne, c’est que des personnes privilégiés non-concernés s’attaquent à la « cancel culture » pour y dénoncer juste les effets et conséquence négatifs mais sans jamais écouter les militants, les victimes, les minorités etc
    Ça s’appelle aussi se victimiser et décrédibiliser la parole des victimes, des militants, des concernés, des minorités et ça me tue!
    C’est exactement ce que font les avocats de la défense de l’accusé de décrédibiliser la victime, son passé, sa famille etc pour ne pas que les gens la croit, pour faire relâcher l’accusé ou qu’il ait une peine plus légère 🙁

    Ça me tue aussi ces gens qui décrédibilisent la paroles des victimes de viol avec faux argument de « pour nuire à la réputation de l’accusé » mais lol quand on sait que la majorité des affaires de viol, l’accusé n’est pas condamné, est relâché et que malgré une accusation de viol, un homme peut continuer son job de maire soutenu même par Macron et d’autres hommes donc LOL ce « nuire à la réputation » quand on sait que la réputation qui périt c’est plus celle de la victime avec la culture du viol dont on va mettre la faute sur elle et que si la condamnation de l’accusé n’aboutit pas, elle va être traité de menteuse et sa réputation va être fichue mais pas celle de l’accusé qui va continuer sa vie tranquillement!
    Voilà les faux arguments d’hommes tel que astronogeek et sa dernière vidéo et ses tweets provocateur et répréhensible! LOL cet homme provocateur qui fait des tweets provocateur en avouant violer sa femme au réveil pendant qu’elle dort etc et ses excuses qu’il a voulu faire une « expérience » pour prouver que twitter c’est violent et prouver les dérives de la cancel culture?

    Non mais LOL, la carologie a fait une longue vidéo pour répondre à tout ce qu’il dit, ah et il ne fait que se victimiser xd, la carologie a mis aussi le lien de ton article ^^ et lol comme elle dit, il est tellement idiot: astronogeek qui veut dénoncer les dérives de la provocation en provoquant en 1er, ça n’a pas de logique et ensuite, il s’étonne de la réaction des gens XD c’est comme une personne qui insulte une autre, ne fait que la provoquer, l’insulter etc et reçoit des insultes aussi et une claque, c’est aussi bien mérité et normal!
    Donc lol son expérience de prouver que des gens s’énervent quand il provoque n’a pas de sens et est logique et ce qu’il a reçu est logique xd!

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  4. Très bon article qui met bien le concept de cancel culture en perspective et trouve les bons termes pour caractériser ses mécaniques.

    Je me sens néanmoins obligé d’apporter une nuance sur la fin de l’article : pour moi, il n’y a pas simplement une culture de la méchanceté, mais aussi une volonté de rendre justice soit même par l’attaque ad hominem.

    Mais, jusqu’à preuve du contraire, c’est à la police et à la justice qu’on dénonce des actes répréhensibles. C’est en revanche un devoir de notre part de les signaler et de les critiquer.
    Nul ne devrait s’arroger le droit de détruire la réputation, ou la vie de quelqu’un en raison des propos qu’il aurait tenu, ou même en raison des actes qu’il aurait réalisé, y compris quand il s’agit de violence ou d’agressions sexuelles. Sinon, ça a un nom, on appelle ça se venger.

    Évidemment que les violences et agressions sexuelles me débectent et doivent être punis. Évidemment que trop de gens arrivent encore à sortir des mailles du filet et que la parole des victimes n’est pas assez entendue.

    Mais dans ce cas, nous devrions consacrer notre énergie à permettre que nos institutions puissent rendre justice ; puissent écouter et surtout respecter la parole des victimes.
    Mais pas rendre justice nous même sur le tribunal des réseaux sociaux.

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    1. Je suis en désaccord sur beaucoup de points avec ton commentaire.
      Je suis anarchiste et je considère que croire en la police et en justice d’état est une hérésie et au mieux de l’ignorance, au pire du mépris pour toutes les personnes victimes de violences qui connaissent particulièrement bien les rouages de ce système qui ne sert qu’aux privilégiés.
      Il est trop facile de dire de tout confier à la police et à la justice quand on connait leur inertie.
      Ou alors c’est la réponse idéale pour savoir qu’il ne se passera rien et que l’impunité régnera.
      Avec tout ce qu’il s’est passé ces derniers temps en termes d’actualité concernant Me Too, BLM, (je dis ces derniers temps mais Me Too, ça a 3 ans et BLM déjà 7 : wake up !!!) etc. parvenir à tenir ce genre de position démontre que tu ne cherches pas tellement à comprendre ni à t’informer.
      Oh et imaginer une espèce de tribunal populaire qui serait assoiffé de vengeance me semble extrêmement ridicule et sûrement l’une des dernières formes de caricature dangereuse.

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