Pourquoi ai-je arrêté ma chaîne Youtube (et que mon contenu a changé) ?

Début 2020 (aux alentours de mars), j’ai décidé d’arrêter ma chaîne Youtube. Ce choix, je ne l’ai pas mûrement réfléchi. Au contraire, la décision est venue assez spontanément et un peu du jour au lendemain -il faut bien l’avouer-. Suite à l’annonce de la fermeture de la chaîne, une dernière vidéo sur les séries devait être postée dans la foulée mais j’ai tardé à la publier même si j’étais dessus depuis plusieurs semaines. Puis, il y a eu le confinement, des problèmes de WiFi, et j’ai mis beaucoup plus de temps que prévue. Finalement, la vidéo n’a pas encore été postée. C’était censé être le point final à plusieurs années passées sur Youtube mais actuellement, je ne sais même plus si j’ai envie de la sortir. J’hésite. Ca fait des semaines que j’hésite. Elle devait être le point final à cette chaîne mais elle me semble d’un coup sans saveur, perdre de son intérêt. Je m’en veux un peu, mais je crois que ce manque de volonté de ma part traduit quelque chose de plus profond.

J’ai expliqué brièvement (sur Twitter et Instagram) les raisons de ce départ, j’ai hésité à faire une vidéo sur pourquoi je fermais ma chaîne… et puis, je me suis dit que le mieux était de revenir à mon premier amour : l’écriture. Les vidéos, vous l’aurez compris, je commence à en avoir ras la casquette. Un post de blog m’a donc semblé adéquat (je sais que les blogs sont moins lus, haha… tant pis!). Il n’y aura donc pas d’au revoir digne de ce nom sur la chaîne Tout est Politique mais je suis plutôt en phase avec cette décision.

Et concernant cette dernière vidéo… et bien, écoutez, on verra. Si vous la voyez sur la chaîne dans quelques semaines, c’est qu’elle aura finalement été achevée et sortie. Sinon, c’est que je serai passée à autre chose. Maintenant, laissez-moi vous expliquer toutes les raisons m’ayant poussé à arrêter de faire des vidéos sur Youtube mais aussi tout ce qui a été lié de près ou de loin à ce brusque revirement.

Il n’y aura pas de drama, ni de rancoeur, simplement beaucoup de transparence et de sincérité (désolée !).

  • Les débuts

J’ai commencé ma chaîne Youtube en septembre 2015, il y a donc 4 ans 1/2. A l’époque, j’avais un blog (qui n’avait pas encore le même nom que maintenant), qui marchait plutôt bien… Dans le sens où il était beaucoup visité, avec pas mal de commentaires, de partages sur les réseaux sociaux etc. Je n’avais pas d’ambition particulière pour ce blog, c’était un peu comme mon bébé, j’y postais de tout : mes réactions face à des sujets de société, des analyses de pop culture, des billets plus personnels, des articles en rapport avec la mode. C’était un joyeux bordel, mon joyeux bordel.

Quelques mois avant l’ouverture de cette chaîne, je découvre Youtube. Je suis à des années de retard par rapport à d’autres : auparavant, Youtube ne m’intéressait pas tellement. J’avais beaucoup de mal avec le format vidéo, je suis une personne qui lit vite et l’audio prend plus de temps. Je préfère aussi les photos à une image animée (les GIF, ça compte pas!), bref… Autant dire que le contenu que propose Youtube ne me convient que vaguement. Mais, petit à petit, je trouve quelques chaînes en phase avec mes idées et mes centres d’intérêt.

C’est à ce moment-là que je me rends compte que j’ai aussi envie de faire des vidéos, d’avoir mon petit espace pour discuter de ce qui me plaît. A l’époque, je sais ce que j’ai en tête : je veux faire des vidéos sur les séries, les analyser, autant sur leur contenu narratif et esthétique que sur ce qu’elles disent de notre société. J’ai envie de mélanger des études en sciences de la communication avec des travaux de sociologie, le tout saupoudré de féminisme. Je profite donc de mon début d’année de M2 pour me lancer.

  • Le lancement de ma chaîne Youtube

Etant donné que j’ai toujours besoin de verbaliser les choses pour tenir mes engagements, je décide d’en discuter autour de moi. Les réactions sont enthousiastes et encourageantes, mais je me heurte aussi à quelques remarques qui arrivent à me préoccuper. Étonnamment, ces remarques viennent majoritairement d’hommes : « fais des vidéos de moins de 15 minutes, elles seront plus vues« , « fais bien attention à ton son, c’est le plus important« . Si ces remarques ne sont pas forcément désobligeantes en soi, elles posent tout de suite un cadre qui m’a beaucoup marqué (presque 5 ans après, je m’en souviens encore !) : ta chaîne n’a de l’intérêt seulement et seulement si tu as pour but d’avoir un contenu qui soit vu au maximum.

Ca peut sembler bête et naïf mais, en 2015, j’ai envie de créer une chaîne non pas pour « percer » mais pour partager -ce qui induit certes, de la visibilité- mais surtout pour m’amuser et pour tester des nouveaux formats. Je prends en note ces conseils mais très vite ils me brideront… dans le sens où je comprends qu’il y a une attente chiffrée implicite par rapport à ce que je produis, même si c’est sur mon temps libre.

Et je dois dire que cela me stress beaucoup. C’est sûrement naïf de ma part mais je n’avais jamais ressenti cette pression auparavant. Lorsqu’il s’agissait de mon blog, seule moi connaissait les stats -ok et WordPress et Google Analytics- : le nombre de commentaires n’était même pas forcément visible, il m’arrivait de décocher l’option. Sur Twitter, c’était différent : le nombre d’abonnés était visible, mais à l’époque, c’était mon lieu de shitpost d’étudiante. Bref, Youtube me fait voir mon contenu sous un autre angle.

Certes, même si dans mon travail je suis habituée à analyser les chiffres, stats, performances et autres joyeusetés sur les réseaux sociaux, je ne les ai jamais appliqués à… moi-même. Un individu. Un être humain. Me voilà donc sur une toute autre logique et j’ai beaucoup de mal à trouver l’équilibre.

  • Les premiers mois sur Youtube

Je commence donc à développer mon contenu et j’adore ! Faire des recherches, écrire des scripts, tourner, faire le montage… Cela me prend clairement plus de temps qu’un article (j’ai bien plus de facilité en écriture et le montage est vraiment un projet en soi) mais ça me plaît. Certes, mon contenu n’est pas parfait et je choisis souvent la facilité en termes d’esthétiques mais ce n’est qu’ainsi que j’arrive à aller au bout de ce que je souhaite faire. Entre mon Master, mes devoirs, mon alternance, les transports en commun, mon blog et ma vie sociale… Je n’ai pas non plus une énorme plage à dédier à Youtube. Je fais donc au mieux et les commentaires sont encourageants ! Oui, il m’arrive de recevoir des contenus moins agréables à lire et c’est un euphémisme mais… j’ai l’impression que c’est un peu le jeu quand on est une femme qui fait des vidéos qui plus est avec un discours politique clairement explicite. Je compose avec.

Globalement, je m’attarde sur le positif : je rencontre des gens chouettes, je lie de belles amitiés (que j’ai encore à l’heure actuelle !) et je fais ma petite vie. J’aime bien ma chaîne, j’y tiens, c’est un nouvel espace qui m’apporte beaucoup. Les abonnés montent lentement et sûrement et je ne suis guère étonnée : au vu des sujets que j’aborde (et en plus compte tenu de leurs angles), je sais que j’ai vraiment choisi une « niche » et qu’il sera dur d’attirer du monde. Mais c’est aussi un choix de ma part : j’avais envie de créer un style de vidéo que je ne trouvais pas (à l’époque).

La seule ombre au tableau peut être les retours. Au-delà des commentaires méchants, il y a juste certaines critiques qui manquent de tact même si elles se veulent constructives. J’ai beaucoup de mal avec les commentaires pointilleux, qui reprochent un contenu qui n’est pas léché ou qui ne s’attarde pas sur tel micro-détail… Alors que c’est un contenu amateur et que la personne ne réalise pas tout le travail qu’il y a derrière. J’ai l’impression qu’on oublie que derrière une vidéo ce n’est pas une équipe mais que je suis toute seule. Et qu’on oublie aussi que je ne suis pas une machine. Ca me rend un peu triste, je l’admets… dans le sens où j’ai l’impression qu’on ne réalise pas tout ce qu’il y a eu comme temps et investissement derrière en consommant du contenu gratuit. Ce genre de retours me frustre beaucoup mais je tâche de ne pas me décourager. J’essaie de relativiser en me disant que moi aussi il a pu m’arriver de ne pas cerner tout le travail investi dans un contenu dont j’ai pu profiter en ligne. Chacun son tour.

  • Les mois suivants

Mais Youtube a également sa part « d’ombre ». Je fais quelques rencontres qui me refroidissent, d’autres qui me peinent beaucoup. Je me retrouve face à des personnes qui veulent vivre de leur chaîne, qui sont prêtes à tout pour réussir, quitte à fermer les yeux sur certains comportements, à copiner simplement pour quelques abonnés en plus et surtout, avec l’envie insatiable d’être vu-e et reconnu-e. Je m’éloigne, je coupe les ponts, je cogite. Je suis en colère mais surtout… je suis triste.

Je ne m’y retrouve pas tellement et j’ai parfois l’impression de passer pour une idiote lorsque je dis que bah… ma chaîne, c’est pour m’amuser. Même si je suis contactée pour des projets et discuter de mes sujets de manière plus sérieuse, cela n’en reste pas moins qu’un hobby. Je n’ai pas de Tipee, je ne monétise aucune vidéo. Bref. rien dans ma vie n’a vraiment changé depuis que j’ai ouvert cette chaîne.

Et pourtant je sens… une pression. C’est difficile à expliquer car c’est insidieux mais je comprends qu’il faut en vouloir… plus. Qu’on ne peut pas stagner. Qu’il faut sans cesse se renouveler, avoir le bon titre, la bonne miniature, la bonne phrase qui capte l’attention. Les petits graphiques doivent aller vers le haut. Sinon… à quoi bon ? Et ces injonctions, je les sens aussi quand il s’agit de mon blog. Je commence à faire un peu plus attention au SEO, aux visuels que je choisis, je retravaille certains articles, je réfléchis à mes tournures… En même temps que le blog gagne en qualité, j’ai l’impression constante qu’il perd aussi en humanité.

Je vous assure qu’avoir un rond rouge à côté de votre article dans WordPress simplement parce qu’il ne respecte pas les règles de référencement idéales n’est jamais plaisant, haha, malgré le fait d’y avoir mis tout votre coeur -comme c’est le cas pour celui-ci-.

  • Je fais comme tout le monde : je m’adapte

Une fois, je me retrouve au téléphone avec un journaliste. Il veut qu’on parle de mon blog. Et je suis presque gênée lorsque je dois lui expliquer pourquoi mon blog n’a effectivement aucune ligne éditoriale précise. Pourquoi on trouve autant des articles sur le harcèlement de rue que sur, au hasard, mes recettes végétariennes préférées ou mon voyage à Berlin avec un de mes meilleurs amis. Ou encore ce billet d’humeur où je raconte un chagrin d’amour. C’est complètement con mais je me retrouve à me justifier. J’ai 21 ans et je dois expliquer pourquoi mon blog de pauvre meuf intéresse des gens alors qu’il est un merdier sans nom, sans queue ni tête, un joyeux bordel où je livre mes émotions sans filtre.

Là encore, sa remarque me trotte dans la tête et je ne peux m’empêcher de tout remettre en question. « Il a raison, non ? » « Mon blog, il fait franchement pas sérieux. » « Avec toutes ces visites… non mais sérieux, je passe pour quoi ! » Alors je commence à le retravailler, par-ci par-là. Un pote (encore un…) me parle de mon design, d’ergonomie, d’interface plus lisible, qui donne plus envie de cliquer, de lire, de se balader… J’emmagasine un paquet d’informations, et je suis sans cesse dans cette optique de l’améliorer, de l’optimiser comme on dit. Il faut que tout soit parfait, c’est ma « carte de visite » après tout, non ?

Non ?

Soit.

  • Un an après le début de la chaîne

Un an après, j’ai terminé mon M2. Je profite d’un mois de vacances pour boucler une vidéo qui m’aura pris tout mon temps. Elle est très bien reçue, les avis sont positifs… me voilà ravie. Seulement je réalise bien vite que si cette vidéo a pu sortir alors qu’elle m’a demandé un temps conséquent, c’est parce que j’étais pour la première fois de ma vie à temps plein sur ma chaîne. Je commence donc à me rendre à l’évidence : plus j’ambitionne une certaine forme de contenu à atteindre, plus le temps à passer dessus est titanesque et difficilement trouvable alors que je cherche un emploi.

Je le sais : par rapport au contenu que je produis et les gens que je vise, si je veux en vivre, le mieux serait d’ouvrir un Tipee (de toute manière, je n’adhère pas du tout au principe de monétisation) mais cela signifierait donc m’engager à créer du contenu et être redevable (d’une certaine manière) aux abonnés. Tout à coup, avoir une chaîne me semble très contraignant. Et après plusieurs moments d’hésitation, j’en viens à la conclusion que je ne veux toujours pas me mettre à temps plein pour développer la chaîne et le blog malgré les encouragements (et les gens qui me le demandent souvent comme si je n’y avais jamais pensé héhé).

  • La pause salvatrice

Et puis… le temps passe. Certaines choses négatives arrivent, et je fais une grosse pause. Une pause salvatrice pour prendre du recul et remettre beaucoup de choses en question. Alors que je ne produis plus tellement de contenus, je commence à regarder plus en détails celui des autres. C’est bête, mais hormis quelques-unes de mes chaînes fétiches, je n’ai jamais été une grosse passionnée de Youtube (dans le sens que je n’ai jamais cherché par tous les moyens le dernier contenu, à m’avaler de la vidéo par paquet… ce que je faisais beaucoup avec les blogs, par contre!). Mais là, pour la première fois… ça change ! Moi aussi je furète partout, je découvre des chaînes, j’ai des coups de coeur…

Et je m’interroge sur ce que je veux vraiment faire. Mais, à côté… J’ai aussi des élans d’inspiration. Je veux créer, partager, discuter. De manière plus proche, plus spontanée, avec moins de contraintes de temps. Je réfléchis beaucoup et je commence à vouloir parler de livres. J’adore les chaînes Booktube et j’ai du mal à trouver des chaînes qui parlent de classiques mais aussi (et surtout) d’essais en sociologie, sciences politiques, féminisme. Bref, je veux parler de mon amour de la lecture, tout en la liant avec mes engagements et mes convictions. Je commence donc à travailler sur ce genre de contenus. Ca marche plutôt bien, les gens sont réceptifs et j’en suis très contente. Cela me conforte dans mes choix.

Comme j’ai un peu délaissé Twitter, j’en profite pour m’intéresser à Instagram. Je découvre de chouettes comptes féministes, engagés et inspirants et après plusieurs essais, j’arrive à cerner ce dont je veux parler : partager et réagir à l’actualité féministe, oui ! Mais surtout fédérer : je créer un club de lecture féministe et je profite de réunir des gens intéressés par ces lectures pour partager les miennes au fil du temps. Cela fait vachement longtemps que je ne me suis pas sentie aussi « bien » quelque part, en phase, spontanée et moi-même. Je m’y investis énormément et j’en retire beaucoup de positif.

  • Mais une remise en question permanente

Pourtant, des doutes persistent. Parfois fugaces, parfois qui m’accaparent l’esprit. Avec du recul, je suis moi-même surprise de la prise de tête que me confère un contenu que je créé sur mon temps libre. Je ne me reconnais plus. Où est passée ma spontanéité ? Envolée au milieu des stats, des to-do lists de contenus à créer, des mails à checker, des MP auxquels répondre.

Je regarde l’évolution du contenu politique en ligne et je ne m’y retrouve pas du tout. Les vidéos face cam en réaction à l’actualité me laissent de marbre. J’ai énormément de mal avec l’idée d’avoir des personnes face caméra qui viennent t’expliquer leur avis sur des faits de société, souvent partagés comme des opinions sortis de leur chapeau magique, sans aucun lien vers des études, des travaux, des chiffres et ce genre de choses. L’algorithme Youtube me fait tomber sur du contenu auquel je n’adhère pas du tout, mais qui montre justement toute la limite d’un tel format et ce vers quoi il peut dériver*. On me demande si je n’ai pas envie de faire des vidéos de ce type (puisqu’elles fonctionnement assez bien) mais je suis réticente. On en revient au même : si moi-même je ne les regarde pas, à quoi bon suivre la cadence ?

Pourtant, je sais bien que c’est ainsi que le contenu en ligne marche -du moins la plupart du temps-: avant de suivre des idées et des sujets, on suit des personnes, des personnalités, des gens qui nous font du bien. Bref, l’individu et ce qu’il renvoie à une place importante. Mais je suis bien incapable de tenter une telle démarche. Ca ne me ressemble pas. J’ai une peur bleue des cultes de la personnalité un peu chelous et autres joyeusetés.

A côté, il y a des tourments insidieux que je n’ose verbaliser. En m’éloignant d’une plateforme pour une autre, j’ai peur. Peur qu’on m’oublie. C’est con, hein ? C’est tellement risible et superficiel. En contradiction avec ce que je viens d’écrire un paragraphe plus haut. Mais voilà, j’ai peur. Peur de montrer une facette de ma personnalité qu’on aimera moins. Peur qu’on me juge. Moi, si indifférente au regard des autres, je me surprends à douter, à me tourmenter sur une phrase qui pourrait vouloir dire autre chose dans un autre contexte… et j’en passe. Je me sens égocentrique, superficielle, centrée en permanence sur ma petite personne, parce que je ne veux que rien dépasse. Et en agissant ainsi, en me refrénant, je créé un mur. J’interagis moins avec les gens (le temps où je mettais un point d’honneur à répondre à chacune de mes notifications me semble bien loin) et petit à petit… je m’éloigne. Je disparais.

  • Je me divise. Et ça va mieux…

Alors je continue de me… j’allais dire « protéger » mais le mot n’est pas adéquat. Je ne me sens pas en danger. J’ai simplement envie de suivre ma vie comme je l’entends sans devoir rendre des comptes. Je suis perplexe face à certains messages qui me demandent pourquoi je suis tel compte, pourquoi j’achète tel truc, pourquoi j’aime tel machin. Et je me sens conne car à chaque fois… j’y réponds. Je me justifie. Comme si j’essayais de me convaincre moi-même de quelque chose. Mais j’ai sans cesse l’impression que si je n’explique pas chacun de mes choix et de mes faits et gestes, je suis nulle et malhonnête.

Alors qu’en vrai… je veux juste vivre.

Je ne veux plus parler dans mes vidéos voyages qui sont simplement des vidéos de mes vacances postées sur ma chaîne par flemme d’en créer une autre. Je ne veux plus montrer ma tronche.

J’en ai ras la casquette

Je divise tout. Tout le contenu lifestyle, voyages, humeurs, mode, etc. passe sur un autre blog, cette fois-ci plus personnel. Il n’est pas privé, il n’est pas secret, c’est juste une bulle de tranquillité. J’essaye de faire comprendre aux gens que comme tout le monde j’ai besoin de couper, qu’on me fiche la paix et de ne pas rendre des comptes en permanence.

Je suis un être humain. Je ne suis pas parfaite, j’ai des défauts mais je n’ai jamais aimé jouer sur le terrain du personnel et j’aimerai qu’on le respecte. Qu’on me respecte. Avoir ce second blog me fait beaucoup de bien et m’offre un peu de tranquillité, de joie et d’optimisme.

  • Pour un temps.

Mais c’est super dur. C’est dur de ne pas toujours savoir sur quel pied danser. Ecrire un article sur mon blog personnel en voulant forcément caler un petit paragraphe engagé. Puis passer sur mon compte féministe et vouloir forcément partager une expérience pour appuyer mon propos ou alors partager un coup de coeur qui n’a rien à voir avec le contenu habituel mais vouloir quand même en parler par plaisir de partager. C’est un casse-tête qu’il n’y avait pas avant quand tout était plus spontané et simple. Parfois je m’excuse « je sais que cela n’intéressera peut-être pas beaucoup d’entre vous… » blablabla.

Je ne regrette pas du tout d’avoir divisé en deux mon contenu. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu le sentiment de respirer à nouveau. Là où avant j’accumulais non stop du contenu anxiogène qui me foutait une boule dans la gorge et me retournais l’estomac au point de me stresser ou de mettre en colère (ou de me faire fondre en larmes, au choix), j’arrive mieux à couper et mieux à doser. Mais ça reste tout nouveau et déstabilisant. Je ne suis pas bien sûre de mes choix. Je doute. Je crois qu’en même temps qu’une forme de sérénité, il y a tout de même une petite part d’insouciance et d’innocence qui s’est envolée.

J’ai grandi.

Et je doute.

Chaque semaine, j’ai une baisse de morale. Mais chaque semaine, quelqu’un m’écrit pour me remercier de tout ce que je fais. Parfois, je croise une personne dans la rue qui me félicite pour mon contenu. Ca me fait chaud au coeur. Je suis flattée, bien sûr que je suis flattée. Qui ne le serait pas ? Pourquoi partager du contenu en ligne si ce n’est pas pour créer des liens ? Le syndrome de l’imposteur s’en va un peu. J’ai sans cesse l’impression de ne pas faire suffisamment et d’un coup, quelques personnes (une poignée sur le nombre qui suit mon contenu, je le sais) pensent à venir discuter pour me faire leurs retours sur tout ce travail créé gratuitement. Et c’est le plus beau cadeau. Vraiment. Il n’y a aucune niaiserie dans ce que je dis ici, c’est simplement la vérité sans enrobage. Lorsqu’on ne gagne pas d’argent avec son contenu, il ne reste que les likes et vos commentaires pour nous motiver.

  • La fermeture de la chaîne

Début 2020, je suis en proie à une énième introspection lorsque l’idée m’assomme d’un coup. « Depuis combien de temps as-tu été réellement heureuse par le contenu que tu fournis en ligne ? » Je ne sais plus. Je passe tout en revue, et je réalise qu’il y a des lieux sur Internet où je me sens moins bien que d’autres. Ou alors des lieux où je me suis lassée d’aller. Où mon rapport a changé. Ma chaîne Youtube et ce blog en font partie.

La chaîne, pour ce qu’elle représente en termes de contraintes de temps et d’investissement. Mais aussi parce que je n’arrive plus à apprivoiser le format vidéo. Ca ne me parle plus. D’ailleurs, je regarde beaucoup moins de vidéos. Et celles que je regarde sont à des milliers de kilomètres de mon contenu ! J’ai tellement changé au fil des années et mon contenu a si peu suivi cet évolution par manque de temps, qu’il ne parvient pas à me refléter justement…. De l’autre côté, les rares vidéos qui ont un lien avec la mienne sont souvent anglophones, avec un contenu bien plus pointu, hyper bien structuré et avec un montage au top. Je pourrai être triste mais au contraire, je suis ravie : j’ai enfin ce que j’ai toujours voulu trouver sur Youtube ! Alors pourquoi le produire lorsque cela existe et qu’il y a des gens qui bossent en équipe pouvant le fournir chaque semaine et en mieux développé que ce que je faisais ?! Étonnamment, depuis que j’en suis arrivée à cette conclusion, je me sens bien mieux. C’est comme si un poids s’était ôté de ma poitrine. La preuve d’un bon choix? Parfois, je suis moi-même étonnée du stress inconscient qu’on peut se créer avec ce genre de sujets ô combien dérisoires…

Et enfin, pour le blog, tout simplement parce qu’il y a aussi eu pas mal de changements. Tout d’abord, en mettant mon contenu lifestyle sur un autre espace, j’ai pu revoir celui-ci. J’ai relu, corrigé, réécrit des articles (pas tout, car garder une trace de mon évolution m’importait). J’ai réalisé que même si écrire et m’exprimer était la raison principale de ce blog, j’avais toujours aussi voulu en faire un lieu de vulgarisation et de partage de savoir. C’est pour cela que lorsqu’un sujet me semble avoir été suffisamment traité et qu’aucun autre angle ne me vient à l’esprit, je préfère vous partager des lectures ou des ressources utiles. Faire doublon ne me semble pas pertinent et le but n’est pas de créer du trafic en copiant-collant du contenu déjà existant. Ce n’est pas ce vers quoi je souhaite tendre éthiquement. Ensuite, le contenu médiatique a beaucoup évolué ces dernières années. Enormément de médias (nouveaux ou plus traditionnels) se sont emparés du contenu féministe sous des angles très divers, parfois très originaux et surtout, pour tous les goûts. J’arrive à trouver bien plus de contenus qu’auparavant à ce sujet, très bien écrits, accessibles, en phase avec mes convictions… et qui sont publiés bien plus rapidement que les miens (forcément, lorsque c’est le métier des gens et qu’ils sont payés pour héhé… !).

Voilà pourquoi le blog est bien moins mis à jour, d’ailleurs. J’essaie de trouver l’équilibre idéal entre vulgarisation d’idées et billet d’humeurs (car un blog reste un lieu qui se veut tout de même plus personnel qu’un média). C’est délicat et comme le format de mes posts a changé, je mets bien plus de temps à les écrire afin de les sourcer au maximum… et j’attends toujours des moments pertinents pour les partager. Cependant, à la différence de Youtube, ce rythme en dents de scie ne me dérange pas. Les blogs ont pris un autre tournant ces dernières années. Ne nous leurrons pas : on les lit moins. Mais, à côté, les contenus sont bien plus étoffés et pertinents qu’avant. Je pense sincèrement que dans quelques années, les blogs retrouveront leurs lettres de noblesse et parviendront à trouver la place qui leur correspond. En attendant, je peux le « nourrir » au gré de mes envies, sans pression.

  • Et après ?

Mais tout ça pour dire que sur Youtube, pour le coup… je n’ai pas réussi à trouver le même équilibre et tout compte fait… ma place ? Je ne regrette pas toutes les belles expériences vécues, les rencontres faites et les connaissances accumulées au fil du temps. C’est un savoir inestimable et c’est trop chouette. Mais il m’a manqué quelque chose. Pendant un moment, je pensais que c’était l’écrit. Ma première passion est l’écrit : Youtube n’était donc peut-être pas fait pour moi ?

En réalité, je pense que la vérité se cache autre part. Il y a eu pas mal de choses en même temps qui se sont croisées et ne m’ont pas aidé à m’y épanouir autant que désiré. Je n’ai aucun regret. Je m’en veux par contre d’avoir écouté des personnes (ahem) qui, au final, n’y connaissaient pas grand chose et se sont posés en donneurs de leçons. Je m’en veux à 20 piges et quelques de n’avoir pas eu assez confiance en moi-même pour être à l’aise avec ma personnalité et mes choix. Mais aurais-je eu la même évolution ? La même maturité ?

Si je vous raconte tout cela c’est aussi pour poser des mots sur ce que je n’exprime jamais. Mes envies sont ailleurs. Il y a quelques années j’ai enfin renoué avec l’écriture (fictive) après des années de pause (pour me concentrer sur mon blog et ma chaîne, justement). J’ai réussi à faire germer des histoires et idées qui trottaient sans cesse dans mon esprit et j’ai envie de voir ce qu’elles peuvent donner. Je pense que le fait de partager ma passion pour la lecture sur Youtube et Instagram ont été très bénéfiques à raviver mon envie d’écrire et de voir où cela peut me mener. Pour le moment, j’ai envie de me concentrer sur cela. J’ai l’impression qu’une fois que j’aurai réalisé cet objectif (celui d’écrire et, pourquoi pas, d’être publiée ?), d’autres verrous sauteront. Mais je dois y aller par étapes. Ces dernières années, je me suis éparpillée. En voulant tout faire et être partout, je me suis oubliée, je ne suis pas allée autant au bout des choses que je le désirais… et c’est pour cela que je fais des choix désormais. Que la chaîne s’arrête, que le blog passe au ralenti et que je ne suis plus scotchée sur mes réseaux sociaux en permanence, préférant y aller seulement dans un but précis**.

Prenez soin de vous et n’oubliez pas de vous faire confiance,

Sophie.

*Un article du NY Times qui m’a énormément marqué et fait reconsidérer pas mal de choses ces derniers mois : The Making of a Youtube Radical

**Enfin… sauf durant le confinement. Mais… on a bien le droit, non ? 😉

PS : je retombe sur cet article d’il y a 2 ans et… bref :).

10 commentaires

  1. Ton article est vraiment passionnant, c’est très intéressant de voir l’évolution de tes démarches, liée à tes problématiques et cheminement personnels mais aussi à des raisons plus structurelles dirons nous, en relation avec le format même de YouTube, des contraintes que l’on se donne, qui s’imposent à nous. A mon petit niveau, j’écris sur un blog depuis des années mais avec le temps, et la plateforme qui l’héberge qui s’est mise à vivoter, il est devenu plus intime. J’en ai créé un autre, en profitant de mes vacances confinées et tes réflexions font échos à celles que j’ai pu avoir, notamment sur le fait de se « diviser » ou encore sur le fait d’être lue. Je n’ai pas tranché mais ce que je trouve intéressant dans le format du blog, justement, c’est la liberté qu’il offre. Pour moi, justement, un blog c’est aussi la possibilité de ne pas avoir de ligne éditoriale, de pouvoir passer de l’article politique à l’article intime et même si la pression peut être dure, je ne crois pas qu’on gagne à s’imposer les cadres qui peuvent parfois peser sur les chaînes YouTube voire sur certains comptes Instagram qui se « spécialisent ».

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    1. Oui, complètement d’accord avec toi, un blog devrait pouvoir rester assez flexible. Mais c’est assez dur de s’en rendre compte quand t’es plutôt jeune et que tout le monde y va de son petit commentaire (= c’est-à-dire moi il y a quelques années haha)

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  2. Merci de ta sincerité. C’est toujours très chouette de te lire en tout cas ! Et fluide. Je te souhaite une bonne route, pleine de mots couchées.
    R.

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  3. (je reposte ce commentaire, j’ai eu des problèmes au moment de l’envoi et pas moyen de savoir s’il a bien été envoyé)

    J’ai beaucoup appris en te lisant et en t’écoutant. Continue de faire ce qu’il te plaît et on sera encore nombreux à avoir plaisir à voir ou lire tes futures productions.
    Je me retrouve dans le passage sur la motivation au like et au commentaire. Des retours positifs sur ce qu’on produit sur son temps libre, c’est puissant. A une époque de ma vie, sur un autre blog, c’était grisant et je regrette d’avoir coupé l’élan (blog interrompu, supprimé sans poursuite ailleurs durant quelques années).
    Maintenant comme tu dis, les blogs ont changé et sont moins lus. Je vais faire mien ton optimisme sur le retour en force des blogs, et vive les articles longs comme le bras d’un boléro!
    Bonne chance pour la suite et peut-être bien pour la sortie d’un livre comme tu dis!

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    1. (oui, y a quelques bugs visiblement, mais j’avais bien reçu ton premier message !)
      merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait super plaisir de le lire ! 🙂
      et… restons optimistes haha (en vrai, je veux pas que les blogs meurent bouhouhou)

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  4. Le syndrome de l’imposteur venant des personnes comme toi me fume à chaque fois, souvent des femmes comme par hasard (non), quand à côté des personnes incompétentes ne se remettent jamais en question.

    Je fais partie des gens qui ne commentent pas normalement, je sais que ce n’est pas une bonne chose pour les créateurs mais c’est compliqué pour moi, je pense qu’au fond c’est un problème de légitimité.

    Le blog de Valérie Ray-Robert (Crêpe Georgette) a été ma porte d’entrée dans le féminisme il y a des années, j’ai ensuite suivi d’autres personnes sur les réseaux et lu d’autres blogs. Tu fais partie de ces personnes. Tu as participé à mon éducation féministe et je t’en remercie. Tes réflexions ont participé à améliorer la vie des gens, j’en suis la preuve vivante, et rien ne pourra effacer ça.

    On parle beaucoup de « prendre soin de soi » mais on parle peu du fait que ce n’est pas seulement faire des choses agréables. Beaucoup de questionnements, des périodes de doute, des décisions difficiles… C’est le travail d’une vie.

    Quand je lis ce billet je vois une personne qui se questionne et qui doute pour de belles raisons, une personne qui apprend à prendre soin d’elle justement. Peut importe ce que tu fais ensuite, avec tes compétences et ta sincérité ce sera forcément intéressant, il me tarde de te lire 🙂

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  5. Ah moi j’aime beaucoup ton blog tout comme ton contenu vidéo me plaisait beaucoup 🙂
    Il ne faut pas s’en vouloir de ne pas vouloir entrer dans le jeu du conformisme, du contenu tapageur et de la pression des autres. Tu faisais de très chouettes vidéos, de bonne qualité et intéressantes, ce n’est pas de ta faute si le système de référencement a des effets problématiques et que beaucoup tombent tête baissée dans les effets de mode et le divertissement facile.
    Si toi tu aimes partager et t’écouter, entre autres choses, et qu’en plus tu as de bons retours, n’est-ce pas le plus important ?
    Je suis curieuse de découvrir ton blog plus personnel, je vais voir comment je peux tomber dessus.
    Bonne continuation et merci pour toutes les belles découvertes que tu nous fais faire 🙂

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    1. coucou ! merci pour ton commentaire :). Je pense qu’on a souvent une idée un peu idéaliste de la production de contenus, où on se dit que tant que ça nous fait plaisir, c’est le principal. le fait est qu’à un moment, le système reprend le dessus. et c’est assez difficile de se battre contre surtout quand on voit que ça n’avance pas. je n’étais plus heureuse dans ce que je produisais, c’était trop de contraintes… hélas !
      et pour mon autre blog, je peux te le filer en MP sur Insta si tu veux
      bises !

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