Les examens de fin d’année se terminent et les résultats tombent les uns après les autres. Comme à chaque fois, je contemple ce “spectacle” avec un peu de nostalgie mais aussi une légère pointe de soulagement. Soulagement, parce que cette période de ma vie est derrière moi, l’enseignement supérieur s’est plutôt bien déroulé de mon côté, malgré quelques périodes de stress intense. Mais j’ai suivi les études que je désirais faire et désormais, alors que cela fera bientôt 2 ans que je ne suis plus étudiante, je me sens satisfaite du chemin pris.

Comme beaucoup, j’ai fait le choix d’un Bac Littéraire, d’études à l’Université dans des filières considérées comme “bouchées” pour entamer une carrière vers des métiers parfois mal compris. J’ai eu affaire à beaucoup d’a priori, de mépris à peine voilé, de condescendance de la part de personnes n’ayant aucune connaissance sur ledit sujet et d’un paquet de préjugés. Ca m’a toujours un peu glissé dessus, parce que chacun de mes choix n’a jamais été fait par dépit ou par défaut mais bien par envie. Maintenant que je suis sortie de cette période un peu pénible, je dois bien avouer qu’on commence à me prendre au sérieux et à comprendre que je savais où j’allais, pour quoi, et que je méritais d’être écoutée.

Un jour, un de mes profs nous a dit cette phrase très juste “Faites le métier qui vous plaît, parce que sinon vous finirez par devenir un vieux con aigri“. C’était peut être assez cash, mais cela a au moins eu le mérite de marquer mon esprit. La vie est trop courte pour satisfaire les envies de Papa-Maman (ou que sais-je encore) et non les siennes. Les journées sont bien trop longues pour que celles-ci aient l’air de passer de manière interminable. Il n’y a pas pire sentiment que de voir le temps s’écouler, avec la sensation qu’on ne le remplit pas comme on le désire vraiment. Il n’y a pas pire objectif que d’exister pour le regard d’autrui, d’attendre la validation de quelqu’un d’autre sur des sujets qui ne le concernent pas, simplement par “sécurité” par peur des jugements et des remarques.

J’ai toujours eu peur de me réveiller un petit matin en ayant l’impression que j’ai laissé le temps filer entre mes doigts sans le retenir, comme si je l’avais gâché. L’un de mes défauts est sûrement de vouloir toujours en faire trop, avec l’idée qu’on ne sait jamais de quoi demain est fait. Mais je pense aussi que c’est une qualité, parce que je me suis toujours refusée à suivre des avis qui ne me convenaient pas, et à ce qu’on me dicte ma conduite. Je mène ma vie en croyant sincèrement qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Il n’est jamais trop tard pour apprendre de ses erreurs, pour recommencer et essayer encore et encore. Mais aussi, il n’est jamais trop tôt pour suivre ses envies, toutes ses envies et pour faire passer ses rêves et ses ambitions avant des conceptions ennuyeuses et plan-plan qui ne nous correspondent pas.

Non, vous ne savez pas de quoi demain est fait. Peut-être que ce qui vous fait vibrer aujourd’hui ne vous intéressera plus dans quelques années. Vous aurez grandi, évolué. Mais comment le savoir sans n’avoir jamais essayé ? La société bouge si vite : peut-être que le métier qui vous semble si prometteur maintenant n’existera même plus dans le monde du travail de demain ! La sécurité n’existe pas, les choix mieux calculés que d’autres sont souvent de la poudre aux yeux. La vie n’est pas une suite de formules mathématiques révélant un résultat exact.

Si j’écris ceci c’est parce que je comprends les parents angoissés, qui pensent bien faire en insistant auprès de leurs enfants pour qu’ils suivent un chemin tout tracé, qui leur semble sûr et concret. Ils pensent savoir mieux qu’eux parce qu’ils ont plus d’expériences mais ils n’ont pas non plus toutes les cartes en main et il leur arrive aussi de ne pas comprendre tous les codes du monde actuel. C’est normal, c’est humain : les choses changent et bougent à une vitesse incroyable. Mais ce qu’il est important de rappeler c’est que chaque personne devrait tenter de suivre la voie qui lui donne envie. D’essayer, au moins ! C’est ainsi qu’on se construit, qu’on apprend, qu’on fait des choix plus avisés, qu’on évolue, qu’on grandit. Sans jugement, en étant soutenu et en se sentant valorisé, encouragé.

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

6 Comments

  1. 🌿 (@mealigard) 9 juillet 2018 at 17 05 34 07347

    Salut, je te remercie pour cet article, ça m’a fait du bien lire ça parce que c’est exactement ce que je traverse en ce moment. Je n’ai jamais terminé les études que j’avais commencé (pour faire plaisir à papa et maman) mais même si je ne sais pas de quoi demain est fait je ne regrette pas de les avoir abandonné.

    C’est parfois difficile, j’ai l’impression de ne pas être prise au sérieux à cause de mes choix, je me fais rabaisser régulièrement et même si ça fait mal je suis sure de moi.

    Tu choisis toujours les bons mots ” Il n’y a pas pire objectif que d’exister pour le regard d’autrui, d’attendre la validation de quelqu’un d’autre sur des sujets qui ne le concernent pas, simplement par “sécurité” par peur des jugements et des remarques.” Ça m’a rendue malade. Je suis passée par une période très difficile, j’ai eu l’impression de regarder le temps qui passe, impuissante mais maintenant j’ai pris ma vie en main. Je sais toujours pas ce que je veux faire mais je tente, je fais des erreurs et comme ton professeur te l’a dit je préfère galérer pour trouver un métier qui me plaît, plutôt que devenir une vieille conne aigrie.

    Merci,merci pour cet article qui a illuminé ma journée ♥

    Reply
    1. Buffy Mars 9 juillet 2018 at 23 11 59 07597

      Mais je t’en prie ma belle, c’est avec plaisir !

      Reply
  2. LN-au-carre 10 juillet 2018 at 9 09 59 07597

    Coucou,
    C’est un sujet qui me touche beaucoup et même si ton article est très bien intentionné et véhicule un message très positif, je me rappelle très bien moi à 17-20 ans, c’est tout à fait le genre de message qui m’aurait perdue.
    C’est bien beau de dire qu’il faut faire ce qui nous rend heureux, un métier qu’on aime etc; mais du coup ça me parait être une injonction supplémentaire à toute celle qu’on a déjà. Fais ce que tu aimes. A condition que ça te permette de trouver du travail et de gagner ta vie confortablement. Attention, si tu fais des études X, tu feras ça toute ta vie, du coup il ne faut pas se tromper. Mais quand même c’est important que ça te plaise.

    Mais qu’est ce que tu fais quand tu n’as aucune idée de ce que tu aimes ou va aimer ou de ce qui va t’épanouir. Déjà parce qu’à 17 ans on a pas tous la “chance” d’avoir beaucoup de certitudes sur soi-même.
    Mais surtout, beaucoup de gens à 17 ans ont du mal à prendre du recul sur les injonctions que la société nous donne (ou plus directement nos parents). Moi j’étais persuadée que je n’avais pas le droit à l’erreur et que la vie était une ligne droite. Si je faisais médecine, je serais médecin toute ma vie. En plus je n’avais aucune idée des “réalités” de la vie. J’avais l’impression que sans un boulot stable, je serais à la rue. Du coup il fallait que je trouve un truc que j’aime vraiment, qui me donne un “vrai” boulot et dont je ne risque pas de me lasser. J’en faisais des terribles crises d’angoisse. En plus mes parents, pleins de bonnes intentions, me dirigeaient vers ce qui eux leur semblaient le plus appropriés pour moi. Je n’ai jamais pu visiter des écoles qui m’intéressaient; et les études “littéraires” ou “artistiques” n’étaient même pas envisageable (ma mère me connaissait suffisamment pour savoir qu’en me disant “la seule perspective après c’est de faire prof. Et tu veux pas faire prof n’est ce pas?”).

    Je pense qu’un message bien plus important c’est justement que la vie n’est pas une ligne droite. Qu’il y a pleins de chemins détournés, que si jamais tu commences un truc et que tu te rends compte que c’est peut-être pas vraiment ça qui te plait, il faut regarder les passerelles, les masters, les formations “adjacentes”. Il y a pleins de moyens “originaux” de mettre à profit ce que tu as déjà acquis. Et aussi que chaque “épreuve” t’apporte quelque chose; Je suis tellement plus “sure” de moi et de mes envies aujourd’hui. Mais au final, c’est parce que moi j’ai choisi de le voir ainsi, et de ne pas justement “devenir aigrie”, parce que je reste convaincue qu’au final c’est comment tu décides de tirer partie de la situation qui compte 🙂

    Enfin voilà, ma petite impression du matin XD
    Bonne journée 🙂

    Reply
    1. Buffy Mars 16 juillet 2018 at 21 09 51 07517

      Hello, merci pour ton commentaire. En réalité, il n’y avait pas d’intention en particulier derrière mon article. Je n’ai pas essayé de parler à tous les adolescents/jeunes adultes du monde mais juste ce que moi, aurait aimé lire plus jeune. Effectivement, ce n’est pas ce que toi tu aurais voulu lire mais je n’ai pas spécialement cherché à adopter un point de vue universel. Bonne journée

      Reply
  3. Lison 14 août 2018 at 13 01 56 08568

    J’ai lu ton article en espérant que je prends le bon chemin. Je suis en plein dedans. Je vais au CELSA en Septembre. Après deux ans que j’ai plutôt subit sur le plan scolaire, j’appréhende ce tournant dans mes études supérieures tout en étant très excitée à l’idée de changer. La décision de passer le concours du CELSA fut le fruit de hasards et s’est prise presque sur un coup de tête. Tout va très vite et je ne réalise pas tout à fait que je vivrai à Paris dans quelques semaines. C’est difficile de prendre du recul quand on est dans les études supérieures, de savoir ce qui nous correspond, de discerner ce qui vient véritablement de nous, ce qui vient des autres, ce qui est bon pour nous, ce qui ferait plaisir aux autres. On verra bien !

    Reply
    1. Buffy Mars 15 août 2018 at 0 12 18 08188

      Hello Lison,
      Cela ne va pas forcément te faire plaisir mais malheureusement, seul le temps t’aidera à savoir si tu as fait le bon choix. C’est en faisant qu’on apprend alors aie confiance en toi 😉

      Reply

Laisser un commentaire