Pour vous, c’est quoi “être safe” ?

Bon, je n’ai absolument aucune idée de comment cet article va être reçu mais en réalité, j’ai surtout envie d’ouvrir une discussion sur un sujet qui me turlupine beaucoup. Cet article parlera sûrement aux militant.e.s avant tout mais après tout, les commentaires sont ouverts à tout le monde !

Il y a pas longtemps sur Facebook, j’ai vu 2 militantes féministes expliquer que le mot “safe” semblait être de plus en plus galvaudé. A la base, dans le vocabulaire militant, ce terme désignait non pas des individus mais un espace. Par exemple, un espace féministe safe était un espace où on assurait à chaque personne y venant un accueil sans propos/comportement sexiste. L’idée étant de créer par ces espaces une stratégie d’empowerment : en s’y sentant en sécurité, les personnes marginalisées peuvent réussir à reprendre la parole, à s’organiser… pour reprendre le pouvoir !

En réalité, cela ne fait que quelques années que je suis féministe. Et même si les années passent, je crois que le moment où j’ai réellement commencé à m’impliquer dans cette cause est aussi le moment où on désignait de plus en plus les gens comme “safe” ou “non safe”. C’est un malheureux hasard mais cela a beaucoup construit mes raisonnements en tant que militante, je dois dire.

Forcément, pour qu’un espace safe marche, il faut que les militant.e.s qui y sont impliqué.e.s aient fait un sérieux travail d’informations pour savoir accueillir, écouter, conseiller et organiser le mouvement qu’i.elles mènent. Mais le fait de désigner non pas les individus par ce terme mais plutôt un espace, permet de comprendre qu’il y avait avant tout un travail collectif (et de fond) à faire. En renvoyant la notion de “safe” à l’individu seul, les enjeux politiques autour du terme “safe” répondent à des dynamiques différentes.

Le militantisme en ligne a ses avantages comme ses inconvénients. L’un de ses inconvénients peut être l’influence qu’il créé au fur et à mesure. Plus vous rentrez dans les “cases” attendues par la société (ex : apparaître comme charismatique), plus vous semblerez crédibles. Et plus vous deviendrez au fur et à mesure une sorte de “leader d’opinion” capable d’influencer votre communauté… qui va grandir, grandir, grandiiir (le fameux cercle vertueux -pas si vertueux que ça- etc.) Cela peut sembler grisant mais cela pose aussi des problèmes éthiques… et empêche, au fond, une véritable horizontalité militante avec une organisation où la parole de chacun.e peut être considérée avec la même importance.

Il y a plusieurs mois, un militant anti-raciste afro-américain avait fait un super thread sur Twitter (je vous avoue me mordre les doigts de ne plus avoir le lien mais il m’avait beaucoup marqué #ouin) pour expliquer les stratégies relationnelles qui viennent parfois polluer le militantisme en ligne. Il expliquait que plus on voyait certain.e.s militant.e.s comme des “leaders”, plus une course à la popularité se créait au fur et à mesure au sein du militantisme en ligne. On en vient alors à protéger certaines “icônes” du mouvement tandis qu’on bousille allègrement certaines personnes avec une influence moindre… pour des propos similaires. Et parce qu’on mélange amitié et militantisme sur les réseaux sociaux (ce qui est facilement compréhensible), on aura plus tendance à faire preuve de bienveillance avec un.e de ses proches quand on enverra bouler un militant.e qu’on ne connait pas pour, là encore, les mêmes propos. Sans compter que ces mêmes amitiés peuvent aussi se détériorer et créer de l’animosité personnelle qu’on peut, par rancune, utiliser dans son militantisme pour essayer d’éjecter l’autre. Oui, le militantisme est violent et dur et non, il n’est pas toujours bienveillant. Mais il y a aussi, parfois, une forme de malhonnêteté qui semble planer de façon inéluctable.

Je pense qu’on peut faire de son mieux pour apprendre à ne pas avoir de propos discriminants, mais je pense malheureusement qu’en tant qu’individu, on ne peut pas être “safe” à 200% et encore moins quand on commence à devenir militant.e. Cela ne veut pas dire qu’on doit pour autant se satisfaire de ce constat pour ne pas essayer d’avancer mais pour moi la notion de “safe” renvoyée à un individu peut quasiment prendre un aspect malsain. Des concepts comme “être safe” ou “être problématique” semblent alors utiliser stratégiquement pour bousiller la réputation de quelqu’un.e ou pour le/la tourner en ridicule.  Des petits groupes se forment, et une pression parfois implicite pour s’éloigner de machin ou de bidule se créé au fur et à mesure. Oui, qui n’a pas déjà assisté à un tel phénomène ?

Qui ne connait pas une personne ayant eu des propos jugés “problématiques” à un certain moment et qui se les voient ressortir parfois des mois voire des années après ? Qui n’a pas déjà voulu parler d’un problème personnel en formulant sa question/ses réflexions de manière maladroite ? Cela n’enlève rien à la détresse de ladite personne ni au fait qu’elle soit concernée par ce qu’elle raconte : sa seule erreur étant d’avoir peut être plus de mal à aborder le sujet en question.. Mais comment lui en vouloir réellement alors que nous ne partons pas forcément du même endroit au même moment et que nous sommes tou.te.s passé.e.s par là ? Qui n’a pas déjà eu besoin d’extérioriser son avis de manière parfois abrupte sur un sujet personnel, sans prendre de gants, parce qu’il fallait que “ça sorte” ?

Je ne dis pas que j’ai toujours été extérieure à ces histoires, mais je crois que plus j’évolue, plus j’ai l’impression que certains mots du jargon militant sont instrumentalisés. Je vois des gens faire des listes sur pourquoi telle ou telle célébrité est problématique, en compilant les détails absurdes par-ci par-là; je vois des gens parler entre eux que “truc muche est pas safe” alors que ces mêmes personnes ont déjà tenu des propos qui ont pu me déranger mais ont simplement eu la “chance” de n’avoir pas été “épinglé.e.s” à ce moment là… ou ont été gentiment repris avec largement plus de bienveillance. Je les vois d’ailleurs continuer d’être ami.e.s avec des gens qui ont eu également des propos que je désapprouve… ce qui est compréhensible (mais i.elles ne font pas forcément preuve de la même bienveillance avec les autres).

Et je ne sais pas quoi faire. Ne croyez pas que j’ai une solution toute faite. Je n’aime juste pas me dire “c’est le jeu ma pauvre Lucette”, ce genre de réponses ne me convient pas. Je n’ai pas envie qu’on s’arrête de parler de certains sujets qui posent des désaccords entre militant.e.s parce qu’on aurait peur d’être la prochaine personne “non safe et problématique”. Je n’ai pas envie non plus que la fausse bienveillance hypocrite qui finit par cristalliser nos rapports prédominent chaque discussion.

Je crois que je suis dans un entre deux, que j’évolue et que mon militantisme change… que je ne sais pas trop ce que je peux faire parmi tout ça. J’ai appris à ne plus chercher à discuter quand je suis fatiguée, trop sur les nerfs, car je sais que ça ne donne rien de bon. Je sais aussi que j’ai déjà évoqué mon avis sur des sujets qui me concernent directement, mais que je n’avais pas envie de dire explicitement que oui, je l’étais, de concernée. Par pudeur, par sensibilité, par réserve. Et non, je n’avais pas envie de brandir publiquement cette sorte de “carte de concernée”, car c’était beaucoup trop dur et délicat et rien que d’échanger sur ce sujet, était déjà un énorme effort.

Mais je sais aussi qu’il peut m’arriver de perdre patience… même avec des gens que j’estime beaucoup et j’essaie sincèrement de loger tout le monde à la même enseigne.  Mais quelle est la meilleure enseigne justement ? La bienveillance constante même quand il faut serrer les dents très forts et se répéter inlassablement ou alors, l’engueulade bien sèche qui recadre autrui et lui fait imprimer fissa ce qu’on lui reproche (technique qui marche mieux avec moi par exemple)? J’essaie d’apprendre de mes erreurs, au moins un peu. Mais en vrai, je ne sais pas si j’en tire toujours les bonnes leçons.

Si vous aussi vous vous posez ces questions parfois, si vous ne savez pas trop si vous êtes totalement “déconstruit.e”, si vous avez l’impression que le jour où on est considéré.e comme “non safe et problématique” est une sentence irrévocable ou que sais-je… Ou si, au contraire, vous êtes déjà passé.e par ces questionnements et que vous avez trouvé la lumière (ouais, maintenant t’as compris la signification de la photo qui accompagne ce post)… et que vous avez la patience (et l’envie) de me faire part de vos réflexions… je suis preneuse, vraiment.

Bref, prenez soin de vous et continuez de faire du mieux que vous pouvez. Je crois que c’est le plus important, non ?

29 Comments

  1. Pierre

    4 octobre 2017 at 20 08 16 101610

    être totalement déconstruit.e c’est impossible, et en tout cas extrêmement prétentieux de le dire. Certains préjugés, sont tellement ancrés en nous que nous ne nous rendons pas compte du problème, quand bien même on croit maîtriser le sujet. Il ne suffit pas de se dire “je suis déconstruit.e” pour l’être, malheureusement! L’habitus, tout ça…
    en tout cas, à chaque fois que j’ai rencontré quelqu’un.e qui se disait déconstruit.e, c’était quelqu’un.e d’absolument non-safe.

    Merci pur cet article très intéressant sur la question

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 19 07 45 104510

      Je pense que tu as raison Pierre, c’est un peu triste mais les déterminismes sociaux restent parfois très ancrés (et on le sait bien dans le militantisme, d’où le fait d’adopter parfois des postures radicales)

  2. Emilie

    4 octobre 2017 at 20 08 37 103710

    Ces réflexions font du bien. Je n’aime pas les labels “safe” et “problématique”. Qui est safe ? Qui est totalement informé.e et déconstruit.e sur tous sujets et à tout instant ? Peut-on être safe quand on est pas concerné.e alors même que les concerné.es ne sont pas forcément d’accord sur les concepts, les enjeux d’une lutte ?

    Je sais pas ce que c’est être safe, mais je crois que la personne qui se prétend safe ne l’est probablement pas.
    Je crois en revanche que quand on milite, il faut faire l’effort de s’informer et être prêt.es à se remettre en question à l’occasion de discussions et de débats, à partir du moment où l’interlocuteur.trice est de bonne foi.
    Je crois aussi que l’on peut militer sans être informé.e sur tous les enjeux d’une cause (ex : être une féministe cis et avoir des lacunes dans ses connaissances des questions trans). On n’a pas forcément de le temps de s’informer, de faire de la veille sur tout. On peut aussi avoir des difficultés à se faire un avis tant les informations relayées par les concerné.es diffèrent sur un sujet complexe qu’on n’expérimente pas soi-même (ex : être trans, est-ce nécessairement transitionner ? J’ai lu des choses contradictoires là-dessus venant de concerné.es, je me sens pas légitime à avoir un avis en tant que femme cis. Ex 2 : une victime d’agression sexuelle ou de viol devrait-elle témoigner / porter plainte ? Je suis concernée, et je peine à avoir un avis).
    Dans ces situations là, faire preuve de “safety” c’est, selon moi, ne pas imposer son avis.

    Déso pour le roman et merci pour tout ce que tu fais. Tu as grandement contribué à mon militantisme même s’il est encore faible et sûrement loin d’être “safe”.

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 19 07 46 104610

      Merci à toi Emilie, au fond je crois qu’on ne cesse jamais d’apprendre et j’essaie toujours de me rappeler que je serai surement la réac’ de demain (qui sait ?) pour ne jamais penser que ce que je pense est établi

  3. julienselignac

    4 octobre 2017 at 20 08 58 105810

    ça me fait penser à deux choses: la première, c’est la fois où une militante (assez connue) m’a bloqué car “mon comportement la mettait mal à l’aise” je pense qu’elle avait tout à fait raison, et que la brutalité apparente du truc agit en fait comme un éléctrochoc (parce que du coup, je m’en rappelle bien^^) c’est aussi pertinent pour ma propre prise de conscience de “merde, qu’est-ce que j’ai foutu?” que pour lui permettre d’économiser un peu d’énergie (je pense) la deuxième chose, c’est sous une de tes vidéos, je t’avais sorti un truc comme quoi la série Dawson je trouvais ça un peu pourri, en expliquant le pourquoi du comment je le pensais. Après coup, je me suis dit que ça pouvait apparaître un peu comme une opposition “culture d’élite” vs “culture de masse” réitérée de façon péremptoire, et je m’en suis un peu mordu les doigts… voilà

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 19 07 47 104710

      ah je m’en souviens de ce commentaire ! haha 😉 toujours bon de remarquer ses erreurs en tout cas 🙂

  4. W.

    4 octobre 2017 at 21 09 13 101310

    Je trouve que ton article met le doigt sur plusieurs points intéressants. Notamment un qui fait écho à “ne vaut-il pas mieux dire que les propos d’untel sont sexistes/transphobes plutôt que de dire untel est sexiste/transphobe ?” d’autant plus dans le cas où l’on ne connait pas la personne réellement. Cela s’appliquerait assez bien à “safe” et “problématique”, selon moi. Ce qui signifierait que ce n’est pas une bonne idée de poser l’étiquette “safe/pas safe” sur une personne parce que au final, ça pousse aux raccourcis et on en oublie la raison. On finit par colporter l’étiquette mais pas les raisons derrière et c’est une des dérives que tu expliques.

    Je pense qu’il est très difficile pour une personne d’être considérée comme totalement “safe”. Principalement parce que : “safe sur quels sujets ?” mais aussi parce que ça signifierait parvenir être “safe avec une très grande majorité des gens concerné·es h24” et ceci me semble assez délicat de part la nature humaine. Je ne crois pas que l’on puisse être apprécié·e par tout le monde et je crois encore moins qu’on soit capable d’être constamment dans état d’esprit “safe”. Parfois on est en colère, on est irrité·e, on est fatigué·e, malade, etc. Et dans ces conditions-là, sommes-nous réellement “safe” ? Tu préfères mettre fin à la conversation quand tu te retrouves dans cet état et c’est probablement la meilleure chose à faire. Pas facile cependant.
    Le fait d’appliquer l’adjectif à un espace a l’avantage d’être encadré dans le temps (je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de lieux safe ouvert h24) et celui d’être équilibré par plusieurs personnes au même niveau d’implication. Ce qui évite les courses à la popularité et ce qui permet surtout de s’auto-réguler et de faire encore plus attention à ce que l’on dit/fait. Cette attention ne peut pas être permanente mais dans un lieu safe, durant son ouverture, c’est réalisable.
    J’ajouterai d’ailleurs qu’on a tendance à faire bien plus attention à ses mots quand on est face aux gens que derrière un écran.

    Je ne suis pas forcément une personne très déconstruite mais j’y travaille et reste ouvert, je pense avoir été “safe” pour certaines personnes pendant un temps et l’opposé à d’autres moments. J’aimerai croire que l’on puisse être “safe” mais si des personnes en sont réellement capables, elles ne doivent être qu’une poignée. De plus, je pense que ce ne devrait pas être un objectif à atteindre à tout prix ou par crainte d’être un jour considéré·e comme non-safe parce que ce serait l’être pour les mauvaises raisons.
    L’important est effectivement de faire de son mieux et de rester ouvert et à l’écoute. Autant sur les autres que sur son comportement; tout en restant lucide : nous sommes des êtres humains, nous faisons forcément des erreurs.

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 19 07 56 105610

      merci d’avoir pris le temps de me laisser ton point de vue, je me retrouve dans certaines de tes idées, notamment cette sorte de pureté à atteindre h24 comme une sorte d’automatisme alors que ce n’est aucunement inné… l’important est de continuer dans cette voie

  5. Agapi

    4 octobre 2017 at 21 09 34 103410

    Ce sont des choses qui transparaissent quand on vous follow, anéfé. Ça m’est arrivé de cesser de follow des gens, temporairement ou définitivement, pour ça.

    Pour moi une personne safe, c’est quelqu’un qui n’a aucune attitude négative à cause de ses à priori. Même quelqu’un qui n’y bite rien en féminisme peut être safe. Ma grand mère désapprouve probablement que je ne veuille pas d’enfants, mais elle ne m’en a jamais touché un mot : Elle est plus safe que la plupart des militants. Et elle est ouverte au dialogue, et a un minimum de curiosité envers absolument tout. → Safe.
    Je crois aussi que savoir encaisser en public sans monter sur ses grands chevaux (derrière son PC), même si c’est injuste, ça aide à être safe aussi.

    Les ptits jeux de Game of Thrones là, c’est pas safe. On les voit gros comme une maison les instrumentalisations du terme. Et toute l’auto-suffisance qui surplombe le message militant dans 140 caractères, l’arrogance, le concours permanent de punch-line. Faut avoir 15 ans pour aimer assister à ce concours. Et comment on peut craindre qu’un King Joffrey nous “évince” ? Pourquoi donner un fuck, sérieux ? Qui sont les gens pour vous juger ? PAS SAFE MY GOD !

    Mais Twitter ce n’est pas que ça, heureusement.

    Ça me rappelle quelque chose ton histoire de pardonner à ses proches mais pas à un inconnu. J’ai bien senti que la copinerie passait parfois devant le militantisme ; Les mêmes personnes qui avaient lancé des vagues de harcèlement contre l’un, défendaient l’autre faisant la même chose becs et ongles, c’était assez incroyable. Comme je disais plus haut, être safe c’est aussi savoir se taire au lieu de rajouter une goutte dans la mer d’un shitstorm équivalente à son nombre de followers. Ça détruit juste toute crédibilité.

    Bref, s’il y a des gens qui vous adulent, ça leur remet les pieds sur terre : Vous êtes des humains avec leurs contradictions aussi ! On se dit que ce sont des moments de vos vies, qu’on passe tous par là quand on a une vie sociale intense j’imagine, des fois on se trompe, et hop on a rien vu. SURTOUT quand ça transparaît sur Twitter et que ça vous échappe ainsi complètement, ça doit être éprouvant quand même.

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 19 07 59 105910

      merci pour tes retours Agapi. c’est ce que j’essaie de faire au maximum, notamment depuis que je réalise que ça y est, je ne suis plus adolescente/étudiante mais jeune adulte et que mon rapport avec “la jeunesse, les ados” est en train de changer. j’en viens à avoir une position de “supériorité” (par défaut j’entends et non par volonté) qui me gêne beaucoup… parce que je vois que c’est une génération différente, avec pas forcément les mêmes codes, les mêmes avis, valeurs, aspirations, idées… même s’il y a bien sûr de la diversité. mais j’essaie au maximum de comprendre, de m’intéresser, de n’avoir aucun préjugé car les gens de mon âge se permettant de tenir des propos du style “on n’était pas comme ça/les ados de maintenant sont trop idiots et immatures blablabla” me gonflent et me sidèrent énormément. même si parfois je ne comprends pas tout donc, j’essaie de rester la plus ouverte, compréhensive et empathique possible 🙂 je crois que ça fonctionne plutôt bien

  6. Oryc

    5 octobre 2017 at 0 12 37 103710

    Je vois totalement ce que tu veux dire.
    Je ne suis pas spécialement militant mais je gravite pas mal dans le milieu militant gauchiste (tendance libertaire) de ma ville. Maintenant quand on qualifie devant moi des individus de “non-safe” c’est un signal d’alerte fort : je connais plusieurs personnes dont la réputation a été ruinée alors qu’elles avaient avant tout besoin d’aide (même si bon ces personnes étaient de fait pas évidentes à gérer) et des groupes militants occulter et nier des événements bien sales sur cette base. Globalement les gens que j’ai vu employer le terme “non-safe” étaient exclusivement des fouteur-se-s de merde qui utilisaient la non-safitude pour éviter de se remettre en question (et en particulier sur des sujets graves). Le plus problématique étant que dans mon expérience, il devient périlleux de distinguer une personne “non-safe” banale d’une personne que l’on a d’excellentes raisons d’ostraciser. Et quand on crie au loup pour rien à un moment on se rend compte trop tard que le type qui aurait dû être viré depuis 10 ans est toujours là alors que de bonnes personnes avec des difficultés sociales se trainent une réputation dégueu.

    Je vois deux types de solutions :
    – déjà individuellement il ne faut surtout pas mettre tous ses oeufs militants dans le même panier : il suffit d’une personne nuisible dans un groupe pour le retourner complètement avec des conséquences dévastatrices sur les individus vulnérables. Par conséquent si on est vulnérable, il faut pouvoir se ménager des portes de sortie, des camarades dans d’autres groupes pour avoir toujours plusieurs sons de cloche et la possibilité de se barrer illico, quitte à retourner militer avec d’autres gens : aucune cause ne vaut de se ruiner la santé dans des groupes militants où les premiers à se faire attaquer sont les membres.

    – faire au sein d’un groupe une liste précise et publique des sujets sur lesquels on n’a pas le droit d’émettre un certain type de propos (je donne pas d’exemple TW alors on va imaginer un collectif breton qui bannit toute mention d’utilisation de margarine dans le kouign-amann). Si une personne quelle que soit la situation se plaint de l’évocation d’un thème qui ne fait pas partie de cette liste, lui dire de fermer sa gueule doit être considéré comme une réponse tout à fait valable quelle que soit ses raisons (quitte à en discuter après). Cela permet d’éviter l’autocensure sans limite et les querelles pour des broutilles alors qu’on a autre chose à faire (parce que c’est hyper facile de pourrir une réunion avec un ou deux trolls bien placés : je me souviens d’une réunion dont le but était d’organiser une soupe populaire avec de la nourriture glanée, et qui a été sabotée par un végan qui refusait que de la viande soit tolérée). C’est pas très convergence des luttes, alors il faut appliquer ce principe soigneusement ceci dit.

    Et enfin, rester dans la bienveillance c’est un truc qui s’apprend (surtout que dans le milieu militant on trouve des personnes fragiles (genre dans Act Up au début des années 90 il y avait pas mal de malades du SIDA qui se voyaient avec des arguments solides comme des morts en sursis : ça peut induire des différences de comportement par rapport à une personne en bonne santé…). Un collectif militant devrait considérer l’idée d’organiser des formations à la communication non-violente. Surtout que c’est dans le milieu militant qu’on va trouver les pires désaccords (genre entre abolitionniste et anti-abolitionniste), et qu’il faut les dépasser pour aller quelque part.

    Bon je me rends compte que mon commentaire c’est très le bazar mais j’espère qu’il est quand même compréhensible, à peu près dans le sujet et qu’il pourra participer à nourrir le débat 🙂

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 20 08 02 100210

      les solutions (ou en tout cas, les pistes de réponses) sont vraiment très intéressantes, je prends note ! merci vraiment

  7. clo

    5 octobre 2017 at 11 11 44 104410

    Tu mets tellement le doigt sur quelque chose qui me travaille, même si ce n’est pas vraiment sur les mêmes points, mais c’est très lié. Enfin je crois.

    Ce n’est pas vraiment une réponse, plutôt ce à quoi ça fait écho dans mes réflexions perso.

    Déjà pour que tu connaisses la position dans laquelle je suis : je ne me considère pas comme militante. Je m’en tiens à moi et ma sphère privée, des fois je peux prêter main forte, IRL ou en ligne, mais c’est rare. Le fait d’avoir peur de dire de la merde (en toute bonne foie ou en m’exprimant mal), même avec toute la bonne volonté du monde, n’y est pas pour rien, et la trouille face à la haine que peuvent se prendre les militant.es aussi…

    J’en suis à un point de mon niveau d’information sur différents sujets où des fois je sais que certains trucs sont problématiques, mais j’aimerais aller plus loin dans le pourquoi ça l’est ou le en quoi les autres options, même positives, soulèveraient d’autres questions. et je ne trouve pas de ressources à ce sujet (je ne dis pas qu’elles n’existent pas, mais je ne sais pas trop où chercher)

    Et je n’ai pas de gens avec qui je pourrais vraiment en discuter dans mon entourage perso, sur ces sujets c’est plutôt moi qui essais de répondre aux questions d’habitude… donc je ne sais pas vers qui me tourner.

    Et comme ce sont des sujets que je sais sensibles, je ne saurais pas non plus comment formuler mes questions. Blesser les gens est vraiment une hantise pour moi, surtout quand ils morflent déjà bien assez de base…
    Et pour ce qui est de les poser en public, par exemple sur twitter, ma formulées elles seraient forcément mal interprétées par certains (comme un taunt par exemple) qui du coup risquent de mal réagir, je vois régulièrement des gens se faire envoyer sur les roses alors qu’ils ont sincèrement l’air de vouloir comprendre…
    En même temps, vu la proportion de vrais cons, et même juste le nombre de gens bien intentionnés mais blessants malgré tout, je le comprends totalement…

    D’un autre coté j’ai vu des personnes qui ont l’air de vraiment essayer de faire de leur mieux, sans avoir jamais prétendu être particulièrement informées ou militantes faire (ou laisser faire) de la merde dans une situation complexe donnée (qu’elles n’avaient pas provoquée et/ou qu’elles ne comprenaient pas) et s’en prendre plein la gueule, avec une violence incroyable, même quand elles demandent après coup où elles ont merdé, comment elles auraient pu faire au mieux si elles n’avaient pas été débordé.es par les évènements, même quand qu’elles prennent la critique de façon plutôt exemplaire…

    j’ai l’impression que c’est important de ne pas oublier les fois où les gens merdent, mais pour se rendre compte de si c’est récurant et s’ils n’évoluent pas, pas pour leur en tenir rigueur jusqu’à la fin des temps…

    et pareil, je comprends la colère. Je suis souvent, de plus en plus en colère… mais face à quelqu’un qui fait vraiment l’effort d’écouter et d’évoluer ? Pas quelqu’un qui fait juste semblant ?

    Voila, voila. J’espère que ce n’est pas trop fouillis ^^’

    Toi aussi, prend soin de toi et continue 🙂

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 20 08 03 100310

      je comprends tout à fait tes questionnements, je suis passée par là aussi. si tu penses que je peux t’aider à trouver la réponse sur certains de tes questionnements (en lien avec le féminisme par exemple) n’hésite pas à m’envoyer un mail. je ne réponds pas forcément de suite mais je suis bcp plus disponible par ce moyen de contact pour les requêtes de ce genre

      1. clo

        6 octobre 2017 at 8 08 59 105910

        oh merci c’est très gentil ♥

        Un jour je prendrais le temps de faire ça alors, mais tu risques de te retrouver avec d’énormes pavés ^^

  8. Osford

    5 octobre 2017 at 15 03 06 100610

    C’est un problème qui est peu surprenant. La prise de conscience et de recul par rapport à certaines situations/phénomènes, même associée parfois à des lectures riches et complexes (je pense notamment aux sciences sociales qui irriguent beaucoup de ces luttes) n’empêche hélas pas des réflexions et comportement étroits, caricaturaux, pavloviens, égocentriques, grégaires etc.

    Particulièrement vis à vis de ce cas, vu comment les réflexions et les concepts étaient conduits à l’arrache, c’était à peut prêt évident qu’une course à l’échalotte sur le mode de la Distinction allait s’enclencher afin de savoir qui allait être le « plus dominé » (ou le moins dominant ), le plus « concerné », le pas trop ci, le bien comme ça. Toujours dans la distinction, on sait bien que le militantisme se pratique d’autant plus fort et plus passionnément que l’ennemi à combattre, le « eux » et le « nous » sont bien identifiés. Twitter en tant que dispositif joue aussi à mon avis à fond dans le process car il implique de facto, à la fois une instantanéité à la fois un effet de diffusion concentrique accentuant le couple ré-action épidermique / phénomène de cour. Toutefois pour ceux qui fréquente un peu le groupe FB Blocus Paris, c’est un festival à ce niveau là, et chaque prise de parole est oscultée, sous pesée dans les moindres recoins pour débusquer toute forme de langage oppressif caché. Asphyxiant.

    Ca fait quelques années qu’on observe et discute avec des amies de ce phénomène d’hygiénisation du langage (je n’ai en aucun cas dit qu’il n y avait pas de réflexion à avoir sur le langage hein) et du « check » permanent des personnes selon leurs attributs sociologiques visibles.
    C’est assez triste car pour revenir aux sciences sociales, ces dernières disent certes que l’environnement social d’une personne crée chez elle des « dispositions à » mais tout en soulignant extrêmement fort que le processus n’est jamais ni total ni automatique et qu’il faut être capable d’envisager les individus dans leur singularité, leur nuance, leur imprévu. Au fond on touche aussi au vieux problème de la mise en pratique de réflexions, études et concepts riches, percutants, nuancés, complexes à travers un militantisme parfois assez bourrin et qui, emporté par la fougue (compréhensive) de la lutte, ne s’emmerde plus trop de penser contre lui même. Donc merci pour ton texte qui est le bienvenu Buffy.

    Pour répondre à la question « que faire? », modestement: peut être qu’il est temps de mettre un peu moins l’accent sur une analyse structuro-matérialiste souvent caricaturale et laisser un peu plus de champs à des considérations compréhensives sur les perceptions ou l’intersubjectivité (sans abandonner la grille matérialiste bien sur). Et surtout, surtout, essayer de faire comprendre aux gens que le but de ces travaux, du militantisme, de l’émancipation, c’est quand même d’être un peu moins con, un peu plus libre dans sa tête, un peu moins soumis à l’arbitraire du groupe, de ses à prioris, de ses pulsions, bref rendre sa place à la complexité de la vie. Remplacer un procès en “déviance” par un procès en “dominance” ou “oppression”, purifier chaque espace de ses nécessaires marques d’altérité, de ses possibles dissonances, imprévus, me semble pas particulièrement nous amener dans une direction bien reluisante. On aura changé les mots, mais les mécanismes et les phénomènes seront resté les mêmes.

    1. Buffy Mars

      5 octobre 2017 at 20 08 06 100610

      hmm, je ne serai pas aussi sévère que toi dans l’analyse que tu fais des comportements militants, puisque je pense qu’on se débrouille plutôt pas trop mal face aux limites des outils que nous avons mais je conçois ton point de vue

      pour en revenir à cette partie de ton message
      “Pour répondre à la question « que faire? », modestement: peut être qu’il est temps de mettre un peu moins l’accent sur une analyse structuro-matérialiste souvent caricaturale et laisser un peu plus de champs à des considérations compréhensives sur les perceptions ou l’intersubjectivité (sans abandonner la grille matérialiste bien sur).”
      c’est intéressant mais où trouves tu le juste milieu ? que laisserais tu de côté et que remettrais tu en “place centrale” ? cela m’intrigue.

      1. Osford

        6 octobre 2017 at 0 12 10 101010

        Oui j’ai parfois tendance à voir davantage ce qui dysfonctionne et pourrait être amélioré que le positif, my bad.

        Le juste milieu n’est justement pas à définir à priori. Je crois d’ailleurs qu’il est nécessaire de vraiment essayer de dépasser les catégories/schèmes/boîtes/réflexes automatiques, pas simplement en créer des “alternatives” ou “subalternes”. Il me semble que Butler avait une réflexion qui allait en ce sens, tout comme certaines réflexions critiques intéressantes vis à vis de la multiplication infinies des catégories et marqueurs identitaires (notamment vis à vis de l’orientation sexuelle). Peut être que je suis trop optimiste car je sais que cognitivement beaucoup ont besoin de “balises” clairement identifiées et d’un groupe auquel se rattacher. Hélas ça produit parfois des durcissement et des réifications, activés en + de façon réflexe, qui pourrissent la compréhension et les interactions.

        Concrètement vis à vis de l’analyse structuro-matérialiste (qu’on trouve souvent raccourcie sous la formule “un élément X fait système”) autant c’est un outil macro puissant et pertinent pour tout un tas de choses, et notamment prendre conscience de certains phénomènes (inégalités salariales, parcours scolaires, discriminations etc) et tenter de les corriger à l’échelle sociétal/macro (à travers des politiques publiques qui traitent du problème), autant c’est vraiment pas une grille à appliquer de façon brutale à l’échelle micro/individuelle et surtout dans les relations interpersonnelles. On ne sait jamais l’individu à qui l’on a à faire, peut être qu’il correspond effectivement à l’idéal type de ses caractéristiques sociologiques, peut être pas. Ca me semble absolument nécessaire de toujours laisser à l’autre la capacité d’affirmer sa singularité (quitte à lui en mettre plein la tronche après hein), à la fois d’un point de vu épistémologique mais aussi éthique et politique.

        Epistémologique parce que le modèle structuraliste a quand même été considérablement affiné depuis une trentaine d’année, à travers la sociologie pragmatique ou les travaux de Lahire entre autre. Nous sommes des individus pluriels qui sommes capables d’une certaine reflexivité et d’ajustements dans l’action, pas des machines computationelles régies intégralement par nos dispositions et devant impérativement être systématiquement “déconstruites”. D’autres part le matérialiste, même si il est un outil puissant, n’explique pas tout, beaucoup d’autres variables sont à l’oeuvre dans l’organisation du réel.

        Ethique car réifier les individus à partir de marqueurs sociologiques mènent nécessairement à condamner à priori des catégories entières de personnes (et à ce moment là pourquoi ne pas suspecter préventivement les personnes d’origines musulmanes puisque 95% des actes terroristes sont le fait de personnes issues de cette communauté?). Ou alors on agit selon des doubles standards avec des “bons” et des “mauvais” stéréotypes. Très peu pour moi.

        Politique car la politique c’est tout de même à un moment donné la création d’un monde commun avec d’autres, et que ce dernier doit nécessairement se forger dans la confrontation avec l’altérité, la divergence, ce qui déstabilise et potentiellement peut gêner. On ne pas “pacifier” intégralement l’espace publique. C’est également vis à vis de cette altérité qu’il me semble toujours bon de se poser la question “pourquoi l’autre est il ce qu’il est ? pourquoi pense-t il ce qu’il pense? quel est son univers mental que je ne parviens pas à comprendre?”, et on retombe sur l’intersubjectivité. Evidemment c’est un horizon ambitieux mais que je trouve plus enviable que la “lutte” qui ne se résoudrait que dans la soumission de l’autre à sa vision du monde.

        Alors à la question de savoir ce que je remettrais in fine au centre ? Probablement la complexité, prise avec sérieux et pas simplement comme mot fourre tout. Soyons déterminé-es, soyons exigeant-es, mais soyons aussi bienveillant-es, rigoureux-se, humbles, ouvert-es, curieux-se, avec toutes et tous.

        Après toutes ces exigences peuvent elle se couler dans la pratique du militantisme. J’ai pas de réponse clairement…

        1. Buffy Mars

          6 octobre 2017 at 18 06 27 102710

          Je te rejoins tout à fait et je pense qu’au fond, tu as raison, une réelle mise en pratique (impliquant forcément des erreurs au début) nous aiguillera toujours plus qu’un surplace constant .. et je suis d’accord avec toi, Lahire mériterait tant d’être bien plus lu par les militant.e.s !

          1. Osford

            9 octobre 2017 at 19 07 16 101610

            Petite mise à jour : Mon propos un peu critique vis à vis du structuralisme ne s’inscrivait pas dans la lignée du travail/pensée de Gerald Bronner qui vient de sortir un bouquin sur le sujet qui fait beaucoup de bruit en ce moment (et je ne suis pas non plus dans le “camp” de ceux qui le critiquent). Ce serait trop long d’entrer dans les détails et je n’ai pas lu le livre, mais au cas où d’autres lecteur-rices passeraient par là et seraient intéressés par le sujet, sachez qu’il existe un petit monde entre l’enclume de de l’explication uniquement sociétale et le marteau du (neuro)individu rationnel/responsable, ne vous faites pas écraser ! Bises

          2. Buffy Mars

            9 octobre 2017 at 19 07 56 105610

            j’espère bien ! 😉

  9. enryaa

    6 octobre 2017 at 10 10 48 104810

    J’ai aussi toujours tiqué sur cette application du terme safe aux personnes et non aux espaces, pour les raisons que tu cites, mais aussi parce que sans tomber dans le relativisme extrême, certains *propos* et *comportements* seront plus ou moins “safe” en fonction de… l’interlocuteur.

    Déjà, personne n’est complètement déconstruit, ouvert, cultivé et bienveillant sur tous les sujets, et les personnes qui le prétendent me font très peur : quelle dangereuse méconnaissance de leur propre part d’ombre…

    Ensuite il me semble assez évident que certaines personnes seront plus ou moins armées que d’autres à certains moments de leur vie pour faire de la (nécessaire) pédagogie sur certains sujets. Par exemple, quand on essaie de panser un traumatisme, on a pas nécessairement besoin de faire face à des propos ou opinions violents qui vont s’y rapporter. Alors qu’une personne émotionnellement plus détachée du sujet aura peut-être moins besoin de sécurité (safety). De même, une personne qui fait face à une certaine discrimination et cherche de l’empowerment peut avoir d’un espace safe pour y trouver une respiration et des stratégies. Mais qui dit espace safe dit simplement que les personnes qui s’y rassembleront feront un effort particulier de sensibilité au sujet problématique, pas qu’elles seront parfaitement lisses, diplomates, compréhensives et empathiques.

    L’interaction humaine et sociale comporte forcément des frictions, peu importe les intentions des interlocuteurs, et à partir du moment où on définit l’existence même de ces frictions comme problématique, on met le pied dans un espace dangereux : celui où les leaders définissent subjectivement qui a le droit à une oreille bienveillante et à la clarification des malentendus, et qui doit être exclu de facto au moindre signe de comportement “déviant”.

    1. Buffy Mars

      6 octobre 2017 at 18 06 31 103110

      merci 🙂 tellement d’accord avec ton dernier paragraphe !

  10. Safeworld | Erulelya

    6 octobre 2017 at 13 01 32 103210

    […] en réponse a Buffy Mars du blog Tout est politique et un peu parce que je me questionne beaucoup sur le sujet en ce moment, parlons […]

  11. Lou

    6 octobre 2017 at 16 04 01 100110

    Coucou! 🙂

    J’ai laissé un com hier mais je ne le vois pas. je sais que tu valides à la main (ce que je comprends) mais je crois qu’il est passé à la trappe par accident (firefox me fait souvent des bizarreries) ^^ si c’est le cas, tu peux me dire et je le reposte ? merci ^^

    1. Buffy Mars

      6 octobre 2017 at 18 06 25 102510

      coucou Lou ! ah oui en effet j’ai rien eu de ta part 🙂

      1. Lou

        6 octobre 2017 at 20 08 18 101810

        Ok ^^ Je vais essayer de le refaire. Désolée ça risque d’être brouillon. ^^

        Je vois de plus en plus de personnes sur le net qui remettent en cause certains outils militants en ligne, et tant mieux! (ici aussi ça t’intéressera pê https://coupsdegueuledelau.wordpress.com/2016/12/18/de-lobligation-de-perfection-au-silence-radio j’avais laissé un long com sous le même pseudo )
        perso, je suis contre les termes “safes” ou “problématiques” quand on parle d’espaces ou de personnes, à plus fortes raison, carrément xD ça peut paraître exagéré mais voilà:
        -les gens ne sont pas figés, étiqueter qql comme safe, c’est la meilleur manière de lui créer une aura et donc un “pouvoir” pour foutre la merde tranquille (cfr les pro fems qui s’avèrent être des agresseurs, ou dans une moins mesure Laci green qui fait ami ami avec des anti-SJW maintenant –“)
        -un espace peut évoluer très vite, pour le meilleur comme pour le pire. lui conférer une étiquette safe est exactement ce que ferait un abuseur !
        cfr ceci : https://paranormaltabou.wordpress.com/

        perso cette étiquetage jugé absolu par certain-e-s et pourtant peu rigoureux est une des choses qui m’empêchent de débattre de certains sujets ou d’affirmer mon opinion dessus : j’ai peur de me faire shitstormer sévère par des gens qui déforment mon propos (ou qui pensent que hurler virtuellement sur qql qui s’est trompé est intelligent…) surtout avec mon anxiété sociale, je vais pas aller aggraver mon cas xD
        (d’ailleurs, en note.. je trouve ironique que parler de santé mentale, entre autre dans les milieux militants, soit à la mode, mais les gens ont pas l’air de capter que harceler qql pour une connerie qu’iel a dit il y a deux ans ça peut créer des problèmes psychiques!!)

        je crois aussi que l’usage de termes comme safe/ problématiques/ déconstruits s’est vachement répandu à cause d’internet. Je veux dire, j’ai que 20 ans, mais j’ai l’impression qu’avant le web 2.0, tu te fiais à la réputation des milieux militants de ton coin et puis basta (même dans une grande ville, c’est vite assez limité si tu veux faire un activisme particulier).

        La magie d’internet (mais aussi son côté terriblement chiant lol) c’est que c’est le CHAOS : il y a de l’infos partout, tout le temps, faut tweeter maintenant sans faire de gaffes sinon t’es une mauvaise alliée, mais si tu dit rien ça prouve aussi que tu fais mal ton taff de militante, bref c’est la course. Donc il faut (pour ne pas perdre de temps en tant que militant-e-s et pour notre santé mentale, aussi!) étiqueter les endroits recomendables, et les ‘lieux’ virtuels pourris idéologiquement.
        Je conçois que cette distinction a du sens, mais ça vire rapidement au sectarisme et au copinage idiot.
        il y a aussi le côté individuel d’internet : on essaie volontairement ou non, de se créer une “brand” de militant-e-s parfait (entre autre pour éviter les shitstorms) et on tombe dans la démagogie pour gagner des cookies de bon-nes allié-es.
        ex : Unpopular opinion : tout le monde fait la guerre aux TERFs sur Tumblr et les gens ont bien raison (c’est de la merde leur rhétorique pseudo féministe au service de la transmysoginie on est d’accord) mais j’aimerais voir une telle lutte contre d’autres choses tout aussi problématiques !!(ex : les féministes pro-capitalistes ou pro-impérialistes)

        Autre aspect pas lié en soi au safe mais qui fait partie du problème des shitstorms etc.. : une certaine vision tronquée de l’intersectionnalité, où une personne opprimée/concernée a forcément raison. ça crée des situations cheloues où une personne en désaccord se voit sommer de “check ses privilèges” même si elle n’a rien dit de mal, ou encore, comble du comble, même si elle est elle-même concernée!

        et puis, (à nouveau, décidément )! unpopular opinion mais les personnes concernées n’ont pas la science infuse sur leurs propres oppressions, elles peuvent se tromper, et les allié-es font bcp de merde ok mais parfois ya de la critique constructive (un article pas mal ici : https://redguardsaustin.wordpress.com/2017/04/10/on-identity-opportunism/ )

        Enfin bref, j’ai pas de solution universelles, mais deux pistes :
        -encourager les gens à se rencontrer IRL après s’être connu sur le web. C’est en luttant ensemble qu’on sait qui sont nos amis et ennemis politiques.
        -abandonner l’idée que l’identité est l’alpha et l’oméga de la politique (ok je caricature Tumblr mais à peine xD) encore une fois c’est lié à la logique d’internet je pense : les gens ont commencé à écrire “je suis une femme blanche neurotypique cis hétéro mais pauvre” (ou autre) dans leur profil parce qu’il fallait bien un système informel de classification de la parole, pour savoir quel crédit y accorder. Une lutte doit être menée par les 1° concernées, oui, mais ça ne veut pas dire qu’il faut prendre tout leur propos comme paroles d’évangile non plus. Au bout du compte ce qu’il nous faut c’est une révolution communiste (et aussi féministe, anti raciste etc) mais pas en croyant tout ce que dit la 1° personne qui s’exprime bien et a le “crédit militant” nécessaire.

        Voilà, désolée c’est un peu long, au plaisir de parler de tout ça ^^

        1. Buffy Mars

          9 octobre 2017 at 10 10 27 102710

          Lou, merci pour ton message. Cependant, il y a quelques points sur lesquels je ne me retrouve pas dans ce que tu dis :

          il ne faut pas oublier que les espaces dits “safe” ont à la base émergé dans les milieux militants queer et LGBT, ils ont eu une réelle raison et se permettre de décider que les espaces safe sont un non sens me semblent tout de même bien exagéré, reniant ainsi une grande partie de l’histoire de cet activisme

          je suis clairement d’accord avec ce que tu dis sur le “self branding” causé par les réseaux sociaux et le web en général parmi les militants, cependant je ne suis absolument pas d’accord avec ton propos sur les TERFs car j’ai l’impression que tu sous entends qu’il faudrait hiérarchiser les luttes. or, il est tout à fait possible de lutter contre les TERFs et ce que tu dis ensuite (les féministes libérales), sans avoir besoin de prioriser.

          🙂

          1. lou

            9 octobre 2017 at 11 11 03 100310

            Je me suis mal exprimée je pense ^^ en soit je pense qu’il faut des espaces d empouvoirement pour les femmes et LGBT (j’en sais qqc j’ai rejoins une association LGBT récemment^^) ce que j’aime pas c’est le terme “safe. A l’heure actuelle c’est comme “problématique ” on sen sert autant pour des trucs graves (agressions physiques…) que pour des trucs criticables mais moins graves (écrire un tweet problématique) du coup on ne sais plus ce qu’on attend d’un safe space (un endroit de soutien avec ,c’est inévitable, des problèmes aussi ; ou un endroit où il n’y a jamais le moindre heurt , ce qui malheureusement ne me paraît pas atteignable ?et pourtant je suis le genre de personne qui fuit le conflit dans sa vie personnelle x) mais je suis consciente que ça a des limites dans le militantisme )
            Pour les TERF: je ne pensais pas hiérarchiser, ce qui m’agace c’est que justement Bcp de personnes ont hiérarchisé et décidé que combattre les TERF étaient plus important que combattre le féminisme libéral (alors que les deux vont de pair je pense^^)

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