5 arguments (idiots) contre l’écriture inclusive

L’écriture inclusive est une écriture qui cherche à mettre en avant les deux genres (homme et femme) de la société afin d’effacer le masculin comme élément dit “neutre” dans la langue française. Actuellement, le masculin reste encore le genre utilisé par défaut comme s’il était universel et que la femme n’était qu’une extension de l’homme, arrivant en seconde place. Après tout, ne dit-on pas que “le masculin l’emporte” lorsqu’un homme et plusieurs femmes (ou alors un sujet genré au masculin et plusieurs femmes) sont évoqué.e.s dans une phrase ? Là où l’écriture inclusive semblait encore nébuleuse il y a quelques années, elle sort désormais du cadre universitaire et du milieu militant jusqu’à intéresser et interroger les médias… Et bien entendu, un certain nombre de personnes semble bien décidé à ne pas laisser cette pratique se démocratiser.

Si vous cherchez des explications concrètes sur l’écriture inclusive, il y a des tas d’articles sur le sujet et vous les trouverez en bas de mon post (avec de très bonnes sources). N’oubliez pas non plus que Google peut être une formidable source d’informations… Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de revenir sur quelques arguments vraiment pas très malins (et qui montrent beaucoup d’a priopri/d’ignorance) qu’on voit passer dès qu’on parle d’écriture inclusive.

“C’est moche”

Cet argument avait déjà été sorti l’an dernier pour parler de la réforme de l’orthographe qui avait tant fait débat… Oui, mais une langue n’est pas là pour être jolie !  La langue peut être utilisée à des fins artistiques, bien entendu (je pense à la poésie) mais la langue nous permet avant toute chose de communiquer et de réfléchir. Ce que vous trouvez moche (quelque chose de bien subjectif par ailleurs), n’est en réalité qu’une question d’habitude. C’est grâce à l’utilisation du langage que vous structurez votre pensée, et que pouvez mettre des mots… sur vos idées ;). Je lis beaucoup de gens expliquer que la lecture de l’écriture inclusive n’est pas agréable voire même difficile… là encore, tout est une question d’habitude. Plus vous pratiquez, plus cela vous semblera fluide… tout simplement (je parle en connaissance de cause).

“C’est un faux problème”

Oui, on commence à avoir l’habitude de ce pseudo argument… Pour certaines personnes visiblement, il semble toujours de rigueur de sortir certaines cartes pour passer sous silence les problèmes sexistes. Selon elleux, les féministes ne devraient s’occuper que du viol et des femmes battues (des “vrais problèmes” donc).. Ironiquement, dès qu’on parle précisément de ces problèmes, les chiffres officiels que nous mettons en avant sont remis en cause ou les femmes sont sous-entendues être les coupables comme je pointais du doigt dans ce thread. En réalité, ce genre d’arguments ne cherche qu’à instrumentaliser les violences faites aux femmes pour faire taire les féministes.

Il est grand temps de comprendre que le sexisme n’est pas une succession de cas isolés mais un système qui englobe plusieurs éléments. Invisibiliser les femmes dans la langue française, les faire passer en seconde position, faire du genre masculin celui qui “l’emporte” montre toute l’étendue du sexisme et de comment les femmes sont considérées dans notre société à l’heure actuelle. Vous ne pouvez pas vous étonner des chiffres alarmants sur le viol et les agressions sexuelles puis ne pas hausser les sourcils quand on les invisibilise entièrement et les relègue au second plan comme si elles étaient des êtres humains de seconde zone.

“Je ne vois pas en quoi l’écriture actuelle est sexiste”

Peut être parce que vous en avez l’habitude, tout simplement. En réalité pourtant, la langue française telle que vous la connaissez puise ses règles dans un contexte plus que sexiste. Si vous voulez en savoir plus je vous renvoie à la puce n°5 en bas de mon article et je me contenterai de vous le résumer brièvement ici. Au XVIe siècle, des termes comme “poétesse”, “médecine”, “philosophesse”, “autrice” (et j’en passe) existaient : la féminisation des professions dans la langue française était logique (il en existait une version masculine et féminine, donc). C’est à partir du XVIIe siècle qu’une réforme (instituée par des hommes, bien sûr) modifie la langue française et gomme la féminisation de ces professions parce qu’il est décidé que les femmes ne sont pas assez nobles pour pouvoir les pratiquer. Nous continuons donc d’appliquer cette règle profondément sexiste et haineuse envers les femmes sans même le savoir. Et cette règle a encore de vastes répercussions.

Vous savez ce qui est ironique (ou plutôt très triste), d’ailleurs ?

(je peux continuer comme ça beaucoup trop longtemps, vous savez…)

La langue française actuelle est représentative de ces discriminations et de cette domination sur les femmes dans la sphère publique et surtout, elle renforce cette dynamique.

“Ce n’est pas inclusif mais excluant”

Ca, c’est parce que vous avez toujours eu l’habitude de voir le genre masculin considéré comme neutre.. mais rassurez vous, des militantes féministes ainsi que des linguistes réfléchissent souvent à un pronom dit “neutre” qui permettraient d’inclure tout le monde sans grande difficulté ;).

“On se croirait dans 1984 avec la novlangue !”

Alors déjà, il va falloir arrêter d’instrumentaliser Orwell à tort et à travers et de déformer ses propos. D’ailleurs, avez vous vraiment lu et compris Orwell ? Ensuite, nous sommes bien loin de la novlangue, justement. La novlangue dans 1984 avait pour but de fortement diminuer le nombre de mots utilisés par les habitant.e.s pour leur fournir un vocabulaire moins riche et moins précis… afin de les empêcher de réfléchir grâce à une simplification totale du langage. Vous ne pouvez pas dire d’un côté que l’écriture inclusive est trop compliquée et confuse et ensuite la comparer à de la novlangue alors qu’elle fait précisément tout le contraire, en proposant une vision plus riche, nuancée et complète de la langue française. C’est contradictoire… et de mauvaise foi.

Mais si cela vous pose tellement de problèmes, je vous propose donc de régler cela très simplement : féminisons absolument tout et vous verrez, tout sera réglé 😉

A lire ou relire : 

6 Comments

  1. Skyler

    27 septembre 2017 at 22 10 31 09319

    Coucou !
    J’imagine que tu as déjà lu “non, le masculin ne l’emporte pas sur le feminin ! Petite histoire dès résistance de la langue française ” par Eliane Viennot. Si ce n’est pas le cas… fonce !

  2. Pauline

    29 septembre 2017 at 14 02 22 09229

    Merci pour cet article vraiment clair et que je vais garder sous le coude pour le sortir si besoin.
    J’ai lu il y a un ou deux ans Ne suis-je pas une femme de bell hooks aux éditions Cambourakis, et l’essai a été traduit en utilisant l’écriture inclusive… bah franchement niveau lisibilité sur un long texte il n’y a aucun souci (c’est même bien plus clair et précis).

    Le bémol en fait c’est surtout le souci de lisibilité par les logiciels pour malvoyant•e•s, l’utilisation des points bas (.) rend les textes moins fluides et clairs (et comme c’est plus intuitif à l’écrit que la puce ou le point médian…)

  3. oursebibliophile

    2 octobre 2017 at 18 06 49 104910

    Merci pour cet article ! Clair, efficace et tellement vrai !

  4. Féminisme : ressources faciles et utiles – Buffy Mars

    4 octobre 2017 at 14 02 48 104810

    […] Au sujet de l’écriture inclusive : mon article à ce sujet avec, en bas de page, tout un tas d’articles […]

  5. La Nébuleuse

    12 octobre 2017 at 14 02 19 101910

    Tu avais lu l’entretien paru dans la revue Ballast avec une féministe et linguiste, Maria Candea ? (en plus il s’intitule “le langage est politique”, ce qui fait bien écho au blog :D) https://www.revue-ballast.fr/maria-candea-langage-politique/

    1. Buffy Mars

      12 octobre 2017 at 14 02 29 102910

      non mais je vais vite lire ça !!

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