Pourquoi je ne vote pas

(et pourquoi vos arguments anti-absentionnistes me font (vraiment) chier.)

Quand j’ai eu 18 ans, j’ai été super heureuse, parce qu’en plus de devenir majeure, d’être une “adulte” (je mets ça entre guillemets parce que la réalité me semble siiii éloignée – mais ça fera l’objet d’un autre article-), j’avais enfin ce précieux sésame : le droit de vote. J’y croyais dur comme fer, surtout que c’était l’année des élections présidentielles : chouette, j’allais faire mon devoir de citoyenne!

Malheureusement, j’ai très vite déchanté et dès ces premières élections j’ai décidé de voter blanc. J’ai fait l’effort de me déplacer pour insérer dans l’urne ce petit bulletin, qui n’allait pas changer grand chose tant le vote blanc est profondément ignoré en France (on se demande bien pourquoi).

Depuis ces premières élections, un long et douloureux mandat présidentiel s’est écoulé. La première année, je suis retournée voter pour d’autres choses, avec cette conviction que le vote est utile s’envolant peu à peu. J’avais cette impression très forte que j’avais été flouée, trahie, manipulée, que mon vote n’avait servi qu’à conforter une élite dans sa tour d’ivoire et à lui filer un passe-droit pour appliquer ses lois anti-démocratiques. Voter blanc me semblait déjà “trop”.

Et plus le temps est passé, plus je me suis politisée, plus j’ai foutu mes tripes dans le climat politique actuel et, paradoxalement, plus l’idée de vote comme solution s’est évaporée. Je ne saurai pas vous dire quand est-ce que cela est apparu : après tout, mes parents ne votent pas mais sont bien loin de mes considérations politiques actuelles. Dans mon entourage, une grande partie de mes proches votent. Et pourtant, d’un coup, j’ai décidé de tourner le dos à cette pratique politique.

Et plus que de lui tourner le dos, j’ai décidé de la revendiquer ouvertement, de me déclarer explicitement abstentionniste et de montrer que ce choix est un choix ouvertement politique. Je me suis retrouvée dans ce camp “ingrat” où ceux qui ne votent pas seraient responsables de tous les maux, des “traitres”, des incapables, des personnes indignes. Bref, j’en ai vu passer des vertes et des pas mûres: les mêmes arguments grotesques revenant sans cesse.

Et certes, si vous avez envie de voter, faites comme bon vous semble mais pour une fois, j’ai envie de changer la donne et de démonter point par point ces arguments complètement faux qu’on entend constamment sur les méprisâââbles abstentionnistes et qu’il est grand temps d’arrêter de nous bassiner avec. C’est parti ?

Note importante : cet article va peut-être vous donner une impression de “déjà vu” si vous avez visionné ma vidéo sur Mr Robot où je sème mes convictions anarchistes et abstentionnistes tout au long de la vidéo. Ici, je vais apporter une vision plus approfondie mais en tout cas, ne soyez pas étonné.e si vous retrouvez des arguments similaires… après tout, c’est logique ! Et d’ailleurs, n’oubliez pas d’aller voir ma vidéo 😉

L’argument facile : Si tu ne votes pas, c’est que tu n’es pas politisé.e

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Celui-ci a tendance à me gonfler plus que les autres. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les personnes qui ont tendance à le mettre sur la table sont les mêmes qui, en dehors de se déplacer dans un bureau de vote, n’ont pas l’air de participer plus que ça à la vie politique du pays. Mais, visiblement, décider d’aller mettre un bulletin dans une urne leur donnerait cette immunité et leur permettrait directement d’être dans la case “politisé”. C’est marrant mais si toutes les personnes qui votent avaient conscience de tous les véritables enjeux derrière les partis qu’ils élisent; si toutes les personnes qui votent étaient militantes, ça se saurait.

L’argument culpabilisant : Si tu ne votes pas, tu fais le jeu du FN

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Celui-ci, c’est le plus cocasse. A entendre les anti-abstentionnistes, il est primordial de faire “barrage au Front National”. D’ailleurs, avez-vous remarqué que cet argument est souvent rattaché au fait de devoir voter pour le “moins pire”. Tout le monde s’accorde donc pour admettre qu’il y a un sérieux problème et qu’on nous demande de choisir entre la peste et le choléra. Mais cela ne semble pas inquiéter grand monde.

En 2015/2016, le PS a quand même prouvé à de multiples reprises toute la violence dont il était capable : Loi Renseignement, débat sur la déchéance de nationalité, Loi Travail, état d’urgence qui s’allonge, répression policière particulièrement violente… On a connu mieux. A l’heure actuelle, se permettre de nier que leurs positions politiques ont des goûts d’extrême droite est faire preuve d’une bêtise navrante.

Vouloir faire barrage au FN juste par “mesure symbolique” ne m’apparaît pas comme une véritable solution, au mieux un argument hypocrite. Nous avons vu les habitants de ce pays, d’origine arabe et parfois de confession musulmane, subir l’islamophobie la plus décomplexée de plein fouet. Et nous n’avons pas eu besoin du FN au pouvoir pour ça.

L’argument tiède : Tu peux au moins voter blanc

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Je l’ai fait, pendant longtemps. Et même si, magiquement, le vote blanc était enfin réellement pris en compte, je ne me déplacerai pas pour autant. Tout simplement parce que ce n’est pas contre les partis actuels que je suis contre mais contre la simple idée de démocratie représentative qui est, selon moi, le coeur même du problème. Je milite pour la démocratie participative, pour un système faisant du citoyen (et pas que) un acteur politique central.

L’argument archi-faux : On ne change les choses qu’en votant

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Les lois ont permis d’encadrer des tournants majeurs dans la société, ça je ne le nie pas (et d’ailleurs il serait temps de ne plus confondre anarchie et anomie, ce dernier définissant “l’absence de lois”). En tous les cas, ce sont les manifestations, les contestations, les révolutions qui ont changé la société, qui ont déclenché des changements, mais pas le fait d’aller voter pour un nouveau président. Just sayin’

L’argument anti-démocratique : Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre

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Comme je l’ai dit précédemment, je ne suis pas une “moins bonne citoyenne” que vous, que cela vous plaise ou non. Je suis énormément intéressée et impliquée politiquement parlant. Mon engagement et encore moins le militantisme n’ont besoin d’un tel système pour exister. Bien au contraire. Des tas de gens qui votent me posent souvent des questions sur tel point économique, tel débat ou autre. Je lis souvent des choses fausses, mal comprises par des personnes qui votent dans des articles, des forums, des commentaires.. Ces personnes qui votent donc “par erreur”, auraient visiblement plus de poids que moi pour se plaindre. Et, alors qu’elles ont participé activement à ériger un modèle auquel je n’adhère pas, je ne pourrai pas m’en plaindre ? Ben voyons.

L’argument pseudo-héroïque : Des gens se sont battus pour que tu puisses voter !

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Ah oui, ils se sont battus pour que je puisse voter, mais je ne crois pas qu’ils se soient battus pour que je laisse perdurer un système aussi absurde. Ne même pas songer à une alternative politique, ne même pas essayer de revendiquer un autre modèle, d’aller à l’encontre d’un mode de vote que je ne valide pas me semble comme une insulte pour les gens qui se sont battus, en fait.

L’argument limité : Il n’y a pas d’alternatives

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Je me demande vraiment s’il est utile de revenir dessus. Si pour vous “les choses sont telles qu’elles sont“, “c’est la vie et pas autrement“, “c’est comme ça“, “on peut rien changer”, “faut faire avec“, “t’es trop idéaliste” sont des arguments recevables, je ne peux plus rien pour vous. Pour moi, ce sont des arguments de personnes souvent aigries qui ont pas trop réfléchi au problème. Quand vous nous appelez “Bisounours”, je vois surtout des gens qui comprennent pas grand chose à tout ça et qui se cachent derrière des phrases toutes faites pour éviter la confrontation et l’argumentation. Spoiler : je n’aime pas ce genre de personnes.

L’argument absurde : Le problème c’est pas le système, mais les gens au sein du système

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La limite de cet argument est qu’on décide donc de ne pas réfléchir au problème d’une manière structurelle ou de façon approfondie en prenant en compte les institutions actuelles. C’est percevoir les limites de notre démocratie représentative comme une question “d’individus”. En gros, il y aurait au pouvoir des gens méchants, opportunistes et corrompus mais ce serait une question de “personnalité” quoi. Il suffirait de changer magiquement les personnes en place pour que ces problèmes disparaissent… ce qui nie que le système actuel même nourrit, favorise, créé, reproduit ce genre de comportements.

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Je ne vous apprends rien : vous avez le droit de voter. C’est même un devoir, il paraît. Mais quand je refuse le vote, quand je ne veux pas m’y soumettre, quand je dois prendre sur moi pour ne pas céder à votre pression culpabilisante où vous essayez de faire croire que je suis responsable de tous les maux, je suis dans mon droit.

Je ne juge pas les personnes désintéressées de la politique, qui ne votent pas par “paresse”, qui trouvent tout ce cirque chiant et ennuyeux, qui disent “tous des pourris”. Je ne les juge pas parce que je comprends totalement que rien ne donne actuellement envie de s’y intéresser. Ce serait mauvaise foi que de ne pas comprendre ces raisons qui ne donnent même pas envie de “faire semblant”, de faire un effort.

Et même si mon abstention ne prend pas ses racines dans les mêmes causes, elle existe pour une raison rejoignant mes convictions politiques. Et il serait temps de l’admettre.

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.
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Written by Buffy Mars
Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.