Apparue en juillet 2013 sur Netflix, la série compte désormais trois saisons, de treize épisode, d’une heure environ. Créée par Jenji Kohan  qui avait déjà travaillé auparavant sur une, série du nom de Weeds. OITNB est inspirée du roman autobiographique de Piper Kerman, ayant passé un an en prison pour blanchiment d’argent.

Dans la série Piper Kerman est devenue Chapman et cette dernière se retrouve emprisonnée pour quinze mois pour avoir été impliquée dans une histoire de trafic de drogue. Et tout comme la vraie Piper, elle est blanche, blonde bisexuelle, a fait des études et vient d’une famille plutôt aisée.

Oui bon d’accord, c’est une femme et elle est bisexuelle. Mais hormis ça, elle reste plutôt banale par rapport à ce qu’on voit déjà dans les séries télévisées, non? Effectivement, surtout que le début de la série se focalise essentiellement sur le personnage de Piper sur son intégration à la prison. Une critique ayant déjà été faite et à raison à de multiples reprises à la réalisatrice.

Mais justement la série évolue petit à petit et aujourd’hui, j’ai très envie de revenir avec vous, sur les quelques points qui me font adorer cette série par dessus tout. Car si Orange is the new black est acclamé par la critique et reçoit autant de prix, c’est qu’elle est parvenue à innover là où la plupart des shows sont encore très à la traîne.

  • Mais revenons d’abord sur le sujet de la série. Les oeuvres culturelles parlant de femmes en prison, sont très rares et celles qui existent n’ont jamais réellement connu de véritable succès.

Déjà parce qu’aux Etats-Unis on compte à peu près 109 000 femmes en prison contre 1 400 000 pour les hommes. A côté de ça les premières oeuvres culturelles et audiovisuelles portant sur les femmes en prison sont apparues à la fin des années 60 et étaient.. de la pornographie. Autant dire que lorsqu’on parlait de femmes incarcérées immédiatement cela renvoyait à des fantasmes masculins et à des mises en scène complètement érotisées.

C’est pas dans ce genre de programmes qu’on parle de misère sociale ou autre, ça c’est certain. Et ensuite, car il y a encore cette idée très tenace qu’une série qui met en scène essentiellement des femmes visent forcément les femmes. Alors qu’un programme où il y aurait surtout des hommes parleraient aux femmes et aux hommes car ils seraient un point de vue neutre et universel.

Au niveau des séries, on a eu des shows qui ont parlé du système judiciaires comme New York Police Judiciaire ou alors qui mettaient en scène des criminels. Comme Weeds, Dexter, ou encore Breaking Bad. Mais, disons que les personnages principaux étaient toujours assez similaires physiquement et au niveau de leur milieu social.. On peut éventuellement citer Prison Break, mais ce n’est pas forcément une série réaliste. Elle a plutôt cherché à nourrir un fantasme sur l’idée de ce que l’on fait d’une prison en se déroulant dans une prison de haute sécurité avec des criminels très dangereux. Et en plus de ça, là encore, niveau diversité, on a connu mieux. Et c’est extrêmement dommage de voir qu’un vrai panorama de ce à quoi ressemble une prison aux Etats-Unis n’avait jamais été fait.

  • En réalité, certains critiques pensent même que si la série a aussi bien marché c’est à cause du contexte dans lequel elle est apparue. En 2011, aux Etats-unis, les débats autour des prisons se sont multipliés à cause de rapports constants alarmants.

Les prisons étaient insalubres, surpeuplées et surtout aucun réel suivi n’était proposé aux incarcérés. Il y a eu aussi la mort de Trayvon Martin en 2012, puis toutes celles qui ont suivi qui ont rappelé à ceux ayant la mémoire un peu courte que les problèmes raciaux sont encore très présents et qu’en terme de justice, tout le monde n’est pas traité de la même manière. Et effectivement, il y a de fortes chances que cela ait joué un rôle dans l’intérêt porté à ce show.

Cette série est un véritable microcosme de la société américaine. Pourtant, comme dit précédemment, le premier personnage qui apparaît à l’écran est celui de Piper. En termes de diversité, on a connu mieux. Un choix stratégique que Jenji Kohan a d’ailleurs expliqué dans une interview.

Habituée au monde de la télévision, elle savait pertinemment que proposer une série sur des femmes criminelles, parfois âgées, latinos, afro-américaines, et non hétérosexuelles ne serait jamais pris, au sérieux. Or, le personnage de Piper, est apparu comme son cheval de Troie, c’est-à-dire comme une héroïne rassurante qui conforterait les acheteurs. Puis lorsqu’elle a eu le feu vert et surtout lorsque la série a gagné en popularité on voit bien que l’importance de Piper diminue peu à peu. Plus les saisons passent et plus les autres saisons gagnent en importance. Et c’est ainsi qu’on se retrouve avec un casting incroyablement riche, un casting qui a permis de révéler de nombreuses
actrices comme l’a très justement fait remarquer Uzo Aduba durant les Emmy Awards de 2014.

Mais aussi, un panel de personnages incroyablement diversifiés, ce qui est du jamais vu à la télévision. Chaque personnage est unique en soi, avec sa propre histoire, son propre caractère mais la série va plus loin en permettant d’aborder le point de vue de chacun des prisonnières sur sa conception du monde et de la société qui l’entoure. Or ce point de vue va changer en fonction de là d’où l’on vient. Cela comprend notre classe sociale, notre religion, notre âge, notre genre mais aussi notre couleur de peau. Toutes ces différences font que nous ne sommes pas traitées de la même manière par la société et surtout pas de manière égalitaire et on perçoit donc la société différemment. Un moment particulièrement éloquent est sans aucun doute celui de l’arrivée de Piper dans la prison. Quand elle voit que les prisonnières se retrouvent sous forme de clan basé sur la couleur de peau de chacune, elle est choquée, ces clans existent déjà à l’extérieur de la prison, les filles ne font que reproduire ce qu’elles connaissent déjà. Mais Piper n’a aucune notion de ce qu’est le communautarisme, puisqu’elle ne l’a jamais subi. La société l’a toujours acceptée, elle jamais eu de mal à s’intégrer puisque la société est en grande partie faite pour des personnes comme elles.

Ce qui est innovant, c’est que ce sont des points de vue de femmes, qui ne sont pas forcément blanches et qui aussi, ne sont pas forcément hétérosexuelles. La représentation de la féminité et du genre féminin a une place très importante bien sûr. Tout d’abord il y a Sofia, personnage transgenre afroaméricain et en plus de ça interprété par une actrice transgenre, un fait encore très rare! Les hommes sont présents dans la série mais n’ont pas forcément les beaux rôles rôle et surtout ils sont essentiellement perçus par le regard des personnages féminins.

Effectivement, ils restent une figure d’autorité très importante puisqu’ils contrôlent en grande majorité la prison alors que celle-ci est essentiellement composée de femmes mais ils sont en grande majorité stupides, incompétent et peu appréciés, notamment parce qu’il se permettent de contrôler les détenus comme bon leur semble en fonction de ce qu’ils jugent moral ou non.

C’est le cas de Healy lorsqu’il met Piper au trou parce qu’elle a couché avec Alex et qu’il ne supporte pas de savoir qu’elle a eu des relations homosexuelles. Dans un registre encore plus dramatique, il y Coates dans la saison 3 qui va violer Doggett, parce qu’il considère que l’autorité qu’il a sur elle lui permet d’avoir trous les droits et même celui de commettre un crime.

  • Enfin, le dernier point essentiel, est sans aucun doute le traitement de la sexualité. On est dans une série qui fait ce que l’on appelle.. l’hétéronormativité.

C’est-à-dire le fait de penser que l’hétérosexualité est une orientation sexuelle dans la norme tandis que les autres seraient déviantes et donc à reléguer au second plan. Ici on a affaire à une série très queer c’est-à-dire qui cherche justement à s’éloigner de cette norme pour proposer d’autres visions plus alternatives.

On nous présente donc des femmes bisexuelles mais aussi homosexuelles et qui vont avoir pour la plupart des relations au sein de la prison. Comme j’avais dit au tout début de ma vidéo, les premières oeuvres audiovisuelles portant sur les femmes en prison étaient des oeuvres pornographiques qui visaient un public majoritairement masculin.

Dans OITNB, on a des scènes très érotiques, on a beaucoup de scènes de nudité, mais la mise en scène ne cherche jamais à satisfaire un public ou regard masculin. Très souvent dans les séries, on est encore habitué à n’avoir qu’un couple homosexuel parmi des tas de couples hétérosexuels, il est alors difficile d’innover ou d’avoir un large choix. Pour une fois c’est justement totalement inverse. Sans passer par le côté visuel il ya aussi beaucoup de dialogues autour de la sexualité. Même par la parole ces filles parviennent à avoir contrôle sur ça, sur leur corps, et nous offre leur point de vue, leur vision de la sexualité, leurs expériences et de manière parfois complètement différente et c’est extrêmement enrichissant.

  • C’est pour ça qu’OITNB est une série qui selon moi mérite de devenir culte.

J’ai commencé cette série en ayant beaucoup d’à priori sur chacun des personnages. Je voulais absolument savoir pourquoi elles étaient en prison, ce qu’elles avaient fait de mal. Inconsciemment, je les jugeais et en mal car on nous apprend souvent à mépriser les personnes incarcérées. Ici, justement on découvre peu à peu tous ces personnages, les flashbacks, nous aident à en apprendre plus sur elles. Ce qu’il faut comprendre c’est comment elles en sont arrivés là. Peu à peu je suis passé de la méfiance à la compassion je me suis réellement attachées à elles et j’ai moi aussi arrêté de me demander ce qu’elles avaient bien pu faire pour se retrouver derrière les barreaux,

La représentation des femmes y est particulièrement juste, le casting est incroyable, les thèmes abordés et surtout la manière dont ils sont abordés surtout reste sans aucun doute du moins pour le moment encore bien trop rare à la télévision.

📚 SOURCES 📚

  1. A hymn to Taystee on racist stereotypes in OITNB” : un excellent essai !
  2. The prison system and the media : How OITNB engages with the prison normalizing agent” : un très très bon mémoire sur la série et le système carcéral US
  3. Constructed realities in Women’s Prisons : from beyon Scared Straight to OITNB” : un très très bon mémoire également!

 

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

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