Féminisme et Instagram : incompatibles ?

Ces dernières années, Instagram s’est notamment démarqué par sa censure accrue du corps féminin, notamment concernant la nudité. Dernièrement, c’est le hashtag grosse devenu introuvable qui a suscité l’indignation. Le réseau social est également très populaire pour ces nombreux influenceurs et influenceuses aux millions d’abonnés, menant souvent une vie “de rêve” (comprenez par là que ces personnes voyagent dans des palaces et mettent en avant des produits de luxe sur quasiment toutes leurs photos) et arborant un physique “parfait” (comprenez par là, rentrant totalement dans les normes de beauté de la société occidentale). Le fitness est d’ailleurs l’un des sujets les plus prisés et n’est souvent mis en avant qu’au travers d’avant/après spectaculaire où l’on vante une métamorphose physique permettant d’obtenir un ventre très plat et un super booty. Pourtant, une voix profondément politique émerge depuis quelques temps sur Instagram. Une voix engagée, féministe, qui ne décolère pas et qui mérite d’être entendue.

Évoquer (de façon sérieuse et recherchée) le cyber-harcèlement que vivent les femmes féministes (sur Twitter par exemple) est très récent. Il y a quelques années, j’avais d’ailleurs essayé d’en dresser les contours dans un articleMême si cette plateforme n’est pas la seule à souffrir de ce genre de pratiques (des histoires sordides de photos de viol ou relayées en stories sur Instagram à la vue de tous font souvent la une de l’actualité), il est difficile de ne pas admettre que son fonctionnement (l’instantanéité, les messages à caractère limité, les RT, le fait de pouvoir commenter les RT avant de les poster) favorise une course à la popularité dont la culture de la méchanceté devient un élément déterminant.

Cette ambiance anxiogène se trouve moins facilement sur Instagram. Certes, de nouvelles fonctionnalités voient le jour comme le fait de pouvoir partager des photos et vidéos d’un feed en stories ainsi que les stories des autres dans sa propre story.. Mais, cette idée de partage de l’information en instantané, de haut parleur géant, est beaucoup moins présente car là n’est pas tellement l’utilité du réseau social. Plutôt que relayer un contenu, en créer un nouveau est plus valorisé. De plus, bloquer ces fonctionnalités est possible.

La plateforme est souvent pointée du doigt pour son injonction constante à la perfection. Et même si je partage cette critique, je remarque cependant que cette envie de beauté, de qualité, d’esthétisme, empêche de banaliser une forme de parole négative voire agressive qui est plus nuisible que réellement utile. Bien sûr qu’elle existe, tout n’est pas tout rose ou Bisounours, mais elle reste bien plus marginalisée et a beaucoup plus de mal à s’implanter durablement. Les échanges trop virulents ne sont pas monnaie courante et les discussions longues et développées (s’il y en a), sont clairement plus présentes. Cela rejoint un autre point : la bienveillance indéniable des espaces féministes sur ce réseau social. Au-delà de la reconnaissance des gens pour votre travail, il y a une envie réelle d’échanger et de participer à quelque chose de constructif.

Le but n’est pas de “rebondir” sur la dernière information mais plutôt de réfléchir à ce qu’on peut en faire. Instagram a souvent été félicitée pour son côté “inspirationnel” et sur ce genre de sujets, il trouve tout son sens. Bien évidemment, il m’arrive parfois de pousser quelques coups de gueule quand je découvre des sujets atroces qui font la une de l’actualité. Bien entendu, tout ce que je relaie n’est pas forcément toujours glamour et encourageant. Parfois, c’est un contenu qui me met en colère ou qui m’amène à me poser beaucoup de questions. Mais, Instagram offre un espace qui permet de fédérer : c’est d’ailleurs pourquoi j’y ai créé mon Club de Lecture et je l’utilise désormais comme ma première source d’informations sur le féminisme.

Chaque jour, j’y découvre de superbes projets, j’échange avec des femmes courageuses, je lis des échanges vraiment instructifs. Certes, il y a moins de débats (ce qui est sûrement pour le mieux), et j’y trouve moins de sources universitaires que ce que je pouvais trouver sur Twitter par exemple, grâce à certaines personnes que je suivais… Je vous rassure, je continue de m’informer ailleurs quand j’en ressens la nécessité. Mais, je pense que cela est une question de temps avant que ce genre d’info s’élargisse et qu’il y a là-bas, une formidable manière de démocratiser ces savoirs là pour les rendre accessible.

Je suis Sophie, j'officie sous le nom de plume Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie).

2 Comments

  1. La Nébuleuse 1 juin 2019 at 11 11 07 06076

    Je partage ton sentiment, j’ai “délocalisé” sur Instagram pour les mêmes raisons… Moins de débats pointus effectivement, mais des échanges plus apaisés, beaucoup de curiosité et de bienveillance. Et ça donne le sentiment de mieux avancer ensemble, avec moins de querelles d’ego et de rhétorique

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    1. Buffy Mars 5 juin 2019 at 13 01 14 06146

      C’est tout à fait ça !

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