Il y a plus de 2 ans, je terminais mon M2. J’ai eu de la chance, car là où le marché du travail a tendance à laisser les jeunes diplomé.e.s sur le bas côté de la route, je n’ai pas eu grand mal à trouver un premier emploi dans ma branche (même si j’ai désormais changé de boulot depuis). Vivant en région parisienne depuis petite, je n’ai pas connu la même vie étudiante que beaucoup de personnes qui quittent le nid familial pour partir vivre dans une grande ville afin de poursuivre leurs études. Non, comme beaucoup d’ami.e.s résidant en Ile-de-France, j’étais toujours chez mes parents, dormant dans la même chambre que depuis petite et ce encore après mes 20 ans. A la fin de mon M2, il a donc été temps pour moi de faire mes valises et de m’en aller.

Je suis très rapidement partie après l’obtention de mon diplôme. J’avais mis des sous de côté l’année précédente grâce à mon alternance et j’avais soif de nouveauté, de changement et envie d’un autre départ. Pas mal de choses se bousculaient, pas mal d’opportunités s’offraient à moi et des projets que j’avais en tête depuis de longs mois ont soudainement pu se réaliser. Je ne me suis pas tellement posée de questions, j’ai saisi la chance quand elle me semblait passer sous le nez et je suis partie.

Je ne regrette pas d’avoir ce côté extrêmement impulsif. Avant toute chose, il faut savoir que j’ai deux facettes de personnalité complètement contradictoires (si je fais cette parenthèse, c’est qu’elle sera plus simple pour réussir à me “situer” un peu). D’un côté, je suis une personne qui calcule tout, qui aime faire des projets, peser le taux de réussite (et se focaliser un peu trop sur le taux d’échec) : bref, j’aime la prudence, avoir l’impression de maîtriser les choses et de me préparer un minimum. De l’autre, je suis aussi une grande passionnée, qui peut vite s’ennuyer dès qu’elle a atteint son objectif : c’est pour ça que j’aime prévoir et créer pour avoir toujours l’impression de me projeter. Avoir l’impression d’avoir fait le tour de tout m’angoisse : j’ai toujours besoin de nouveau. J’aime la routine mais si je l’aime c’est pour pouvoir la casser de temps à autre… et parfois je la brise un peu trop. Savoir jongler entre ce côté un peu casanier pour une autre facette plus téméraire est très compliqué car je suis souvent plus d’un des deux côtés de la balance que dans un réel équilibre. Résultat, je suis difficilement satisfaite de ce que je vis, car toujours trop d’un côté que de l’autre (je ne sais pas si je suis bien claire…) : je hais avoir le sentiment de faire du surplace. Pourtant, c’est cette insatisfaction permanente qui m’aide à analyser les situations, à m’améliorer et à tirer des leçons pour essayer de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Les erreurs ne me font pas peur, elles ne me semblent jamais irréparables et elles sont même rassurantes car j’y vois toujours une excellente manière de se réinventer, de bâtir d’autres projets, etc.

C’est donc avec cette vision de la vie que je suis vite partie de chez Papa-Maman avec l’impression réelle que c’était le moment, que j’étais prête et que de toute manière, là était la suite logique des choses. Avec du recul, j’aurai un avis plus modéré sur la question : on part quand on se sent prête, et ce sur tous les plans. On ne part pas pour être l’héroïne d’une nouvelle vie (c’est très joli sur le papier, mais ça donne pas grand chose en vrai) et on ne part pas sans avoir bien conscience de ce que cela implique (et je ne parle pas que sur un plan financier, mais aussi émotionnel).

Pour être tout à fait honnête, les premiers mois de vie seule ont été assez compliquées. Il y a plein de choses de l’ordre du privé qui ont joué et qui n’ont pas aidé (et je ne vais pas m’étendre là-dessus) mais vivre seule, subitement, ce n’est pas forcément si simple que ça. Vivre seule c’est apprendre à faire face à pleins de petites choses qu’on pouvait auparavant contourner : des choses qu’on ne sait pas faire, des tâches qui nous angoissent, des craintes irrationnelles qui nous reviennent en pleine figure. Vivre seule, c’est apprendre à cohabiter avec soi-même sans vraiment pouvoir se tourner le dos. Moi qui aime la solitude, qui suis très autonome, j’ai aussi compris qu’être seule constamment ce n’était pas forcément une partie de plaisir. Alors bien entendu, je relativise cette solitude, je vous rassure : j’ai des ami.e.s, j’ai un amoureux, et j’ai toujours ma famille (qui a su me rappeler qu’ils étaient présents, même -et surtout- dans les moments difficiles). Je ne suis pas chez moi, à me morfondre, avec l’impression que tout est vide et que je n’ai personne. Au contraire, je vis, je bouge même si j’apprécie aussi de me retrouver à m’occuper de mes petites affaires sans interruption.  Le temps me semble d’ailleurs passer à une vitesse hallucinante et j’ai parfois du mal à réaliser que 2 années se sont déjà écoulées (et en même temps, j’ai tellement l’impression d’avoir grandi).

Non, ce que je veux dire c’est que cette solitude qui me fait parfois peur, elle est plus liée à cette idée (dont je n’arrive pas à m’extraire) qu’elle est inhérente à la vie d’adulte. Être adulte, c’est faire face à de nouveaux obstacles auxquels je ne m’étais pas préparés, parce que personne ne nous y prépare en fait. Quand on est plus jeune, on assimile vachement l’idée d’adulte à une vie de liberté, de droits et de possibilité. En le devenant moi-même, je n’arrive pas tellement à ce constat. Pourtant, j’ai l’impression de plutôt bien m’en tirer en tant qu’adulte. J’ai la chance de ne pas dépendre de qui que ce soit et cette autonomie est un véritable privilège surtout par les temps qui courent, j’en ai bien conscience. Mais je lui trouve un petit goût amer, je ne sais pas. Est-ce l’époque actuelle et notre génération qui veut ça ? Est-ce que le monde adulte rime forcément avec la perte de l’insouciance ? J’en ai aucune idée. Je crois que je me faisais une autre idée de ce monde là, justement.

Cela fait 2 ans, et je commence à peine à m’y habituer. A prendre mes marques. A rêver de nouveau sur pleins de choses, à construire ces petites rêves en me disant qu’ils sont possibles, qu’ils peuvent prendre du temps à se réaliser mais qu’ils peuvent voir le jour. 2 ans, c’est long. Peut-être moins que toute une vie, mais quand même.

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

2 Comments

  1. . 21 novembre 2018 at 11 11 24 112411

    J’ai toujours une phrase dans ma tête depuis l’enfance : la vie, on en fait ce qu’on veut.
    Rien ne doit empêcher de rester insouciant, de conserver une âme d’enfant… au contraire, on doit tout faire pour la conserver.

    Vous êtes à un âge où vous vous cherchez, la vingtaine n’est pas une mince affaire (et n’oublions pas que nous sommes dans la case “adolescent” à 24ans encore !), c’est un moment où on a un pas de plus dans la vie d’adulte alors que nous sortons à peine de ce qu’il reste de l’enfance finalement.
    On parle beaucoup de l’adolescence comme ce moment de transition, mais la vingtaine est la prolongation de cet état.

    Puis viendra le moment où il sera plus facile de faire cohabiter ces deux personnalités, mais aussi, de gérer de mieux en mieux cette “solitude”, ce face à face avec soi, où l’on s’unit et savourons ces instants.

    En réalité, c’est plus à 30ans que nous trouvons cette stabilité avec soi-même, les expériences ont eu le temps de solidifier toutes ces choses que l’on démarre à la vingtaine (à savoir vivre seul, le renforcement de l’identité qui se créée à l’adolescence, les tests, les voyages, la découverte des autres et de soi).

    La vie est un beau voyage qui nous apprend à vivre avec nous-mêmes, mais aussi avec les autres, toutes ces choses prennent du temps car elles nous remuent au plus profond de nous, et il faut savoir s’écouter et respecter chaque moment dont nous avons besoin pour nous stabiliser, nous accepter, trouver l’équilibre parfait.

    Mais diantre ! Gardons notre âme d’enfant et cette insouciance qui y est liée !

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    1. Buffy Mars 2 décembre 2018 at 20 08 24 122412

      merci beaucoup pour ton commentaire, il m’a beaucoup aidé 🙂

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