Quel comble d’écrire cet article quand on tient un blog, une chaîne Youtube, qu’on possède un compte Twitter, une page Facebook, un compte Pinterest ainsi qu’un compte Instagram… ah et même un compte Mastodon ! Non vraiment, croire que je peux donner des leçons, ce serait tout de même être assez contradictoire ! Et pourtant, j’avais envie de discuter avec vous d’un cheminement entamé il y a un petit moment désormais.

Plus jeune, j’ai eu une consommation des réseaux sociaux assez excessive. Ils sont apparus durant mon adolescence et au-delà d’y voir un aspect purement pratique pour tout ce qui avait trait au relationnel, j’adorais la créativité que ces réseaux offraient et m’en servir comme un moyen d’expression. Comme beaucoup, j’ai laissé les mots glisser sur le papier et retoucher bien trop de photos, dans un but sûrement très auto-centré mais aussi (et surtout), pour me trouver un peu. A cela, s’est aussi ajouté les belles rencontres qu’on fait avec les réseaux sociaux : l’impression d’enfin trouver des gens “comme nous”, et d’être comprise. Sur ce dernier point, j’exagère tout de même un peu car même si pour beaucoup, les réseaux sociaux ont été un moyen crucial de se trouver des ami.e.s, je n’ai jamais trop eu à me plaindre de mes relations “hors ligne”, même si j’ai mis du temps à me constituer un groupe de proches en qui j’avais confiance. Mais globalement, les personnes que je rencontrais grâce au Web se rajoutaient à mes autres ami.e.s du quotidien sans venir les détrôner ou autres. Je n’avais pas besoin de combler un manque, c’était juste différent (et pas trop en même temps).

Plus les années ont passé et plus je me suis sentie à l’aise sur le Web pour l’utiliser comme un terrain à la fois d’expression et d’expérimentation qui s’est développé en même temps que ma politisation. Et c’est étrange mais là où avant je m’en fichais un peu de supprimer mon ancien contenu pour laisser la place à du tout neuf (on se cherche beaucoup étant ado et je n’ai jamais été très attachée à mes propres réalisations), j’ai commencé à mettre de la valeur sur ce que je produisais en ligne. Non pas dans une sorte de satisfaction prétentieuse (en réalité je suis bien contente de voir les progrès que j’ai fait dans ma manière d’écrire, réfléchir ou même monter des vidéos en quelques années) mais bien pour garder une trace de quelque chose qui faisait sens. Plus le temps est passé, plus cet archivage m’était précieux.

Malheureusement, j’ai aussi connu le revers de la médaille à la fois particulièrement odieux et injuste. Sans renier comment je suis me construis et qui je suis, je me suis rappelée qu’il n’est jamais bon de mettre ses oeufs dans le même panier, et qu’il est important d’apprendre à s’épanouir de différentes manières. Tout simplement parce que la vie est faite d’obstacles, très souvent violents, mais qu’il faut continuer d’avancer et avoir d’autres portes qu’il nous est possible d’ouvrir pour fuir vers elles (même si ce n’est que temporairement). Je me suis peu à peu éloignée des réseaux sociaux et même si j’y revenais toujours, le plaisir et l’intérêt n’était plus le même. Parce que je pense aussi, qu’en évoluant, je ne trouvais plus ce que je cherchais au début… tout simplement parce que mes envies avaient aussi changé en chemin.

Je n’arrive plus du tout à “consommer” autant du contenu qu’avant. Je ne peux plus m’enchaîner des dizaines de vidéos l’une après l’autre, et scroller tous les feeds de mes réseaux sociaux pour connaître la dernière shistorm/le dernier buzz ou ragot de mauvais goût. Et si je n’y arrive plus, c’est que je me sens très éloignée de tout ça car j’apprends également, en grandissant, à me satisfaire d’une vie plus calme et paisible qui avant, me faisait peur. N’allez pas croire que je ne lis plus l’actualité ou ne lis pas le dernier papier qui décortique un sujet sensible ou même que je ne me tiens pas au courant des sujets “chauds”. C’est faux, je reste aussi connectée, animée des mêmes envies et espoirs. Mais, si je participe moins, si je ne suis pas avec du pop corn la moindre embrouille, la moindre parole qui aura fait bondir, c’est que je n’ai plus envie de mettre mon temps là-dedans. Je ne dirai pas que c’est une perte de temps, mais juste un choix éclairé sur la manière dont je souhaite avancer.

En vieillissant, je réalise que le temps est précieux et surtout, que notre temps libre n’est pas à gâcher. Créer des projets constructifs, essayer d’apprendre, de s’instruire et d’apporter des réflexions à d’autres personnes, cela demande un travail considérable qui ne peut être brouillé par des choses qui rentrent plutôt dans le spectaculaire voire le voyeurisme. Il y aurait beaucoup à dire sur ce que les plateformes en ligne encouragent comme pratiques et exacerbent comme comportements mais cela fera peut-être l’objet d’un autre article.

Depuis que j’agis ainsi, je n’ai jamais autant savouré chacune de mes lectures, chacune de mes découvertes de séries et l’inspiration me vient nettement plus vite.

Je suis donc là mais en même temps moins là. Là sans être là.

En attendant, portez-vous bien.

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

6 Comments

  1. La Nébuleuse 18 octobre 2018 at 0 12 04 100410

    J’ai un parcours très similaire. J’ai des rechutes parfois mais je suis aussi arrivée à saturation d’une certaine forme d’utilisation des réseaux sociaux… J’essaie de me souvenir de prendre du temps pour créer, pour poser des idées et sortir de l’effusion de l’instantané, du buzz

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    1. Buffy Mars 21 octobre 2018 at 23 11 04 100410

      tu as bien raison 🙂

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  2. Lybertaire Bibliolingus 18 octobre 2018 at 10 10 20 102010

    Coucou ! J’avais remarqué que tu étais très présente et “intime” sur les réseaux sociaux. Ça fait du mal aussi, les retours peuvent être très violents, en plus d’être une activité chronophage. Ça fait en effet un moment que tu as l’air de ne garder que le meilleur des réseaux, et je te le souhaite sincèrement ! Pour ma part j’ai un blog depuis 7 ans mais je me suis toujours tenue en marge des réseaux sociaux. Je butine de temps à autre, je m’en sers presque exclusivement pour la diffusion et le partage d’idées, pour la politisation, mais je reste très prudente quant à ma vie privée et au temps que j’y passe. Ma vraie vie est toujours passée en priorité en réalité, déjà parce que j’ai un smartphone depuis pas longtemps et que je n’ai pas d’abonnement internet dessus 😉
    P.S. : j’attends toujours de pouvoir récupérer Backlash à la bibli, mais il a été emprunté par quelqu’un·e d’autre avant moi^^
    Au plaisir de te lire,
    Lysiane
    (Petite coquille je pense dans le paragraphe qui commence par “Malheureusement”, 2e phrase)

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    1. Buffy Mars 21 octobre 2018 at 23 11 03 100310

      je suis heureuse que tu aies remarqué cette évolution !
      (et bonne lecture)

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  3. . 20 octobre 2018 at 11 11 03 100310

    Voici une belle chose. Il est important d’abandonner la sphères des réseaux sociaux qui est chronophage, mais surtout très addictive et fait rentrer dans des mécanismes très complexes d’un point de vue psychologique et cognitif. Qui plus est, la surcharge d’informations, le flux constant, et le besoin de notification sont très anxiogènes.
    Alors bravo pour cette démarche et cette avancée dans la vie. : )

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