Cela fait près de 2 ans que je suis végétarienne… et on me demande depuis à peu près ce même temps quelques conseils pour pouvoir “gérer” ce changement auprès de son entourage. C’est un peu bizarre dit ainsi, puisque les modes d’alimentation considérés comme “alternatifs” sont tout de même monnaie courante en 2018. Mais pourtant, certains clichés peuvent encore avoir la vie dure et certains membres de notre entourage ne peuvent pas forcément se montrer bienveillants sur ces sujets. Je ne pense pas être une professionnelle du sujet, je pense même que certaines personnes peuvent être vachement plus calées que moi mais bon, je partage ici ma petite expérience (si elle peut être utile, j’en suis ravie).

Pour information, j’avais déjà écrit un article où j’expliquais le “déclic” m’ayant fait devenir végétarienne, puis un autre où j’expliquais les étapes progressives pour le devenir et un autre où je donnais quelques idées de repas simples et faciles afin de se motiver à le devenir. Cela fait un petit moment que je n’ai pas écrit de post à ce sujet. Tout simplement parce qu’il n’y a pas eu tellement de changement alors je ne voyais pas quoi d’autres vous raconter (je vous en reparle plus en détails en bas de l’article pour info) !

Je n’ai jamais trop parlé sur mon blog de la manière dont j’ai annoncé que j’étais végétarienne. D’un point de vue amical, j’évoluais déjà dans des milieux où il y a beaucoup de personnes végétariennes, végétaliennes voire même vegan. Je n’ai donc jamais été confrontée à des propos malveillants. C’était pas quelque chose qui sortait de la norme.

Et pour le travail ? A ce moment-là, j’étais en alternance et c’est durant ce CDD que je le suis devenue. Je n’ai pas eu de commentaires particulièrement désagréables, du moins pas directement. J’ai simplement entendu quelques remarques particulièrement stupides (du genre “ah les végétariens ils sont tous maigres et secs !”… de la part d’un type dont les mollets et les bras devaient faire la moitié des miens) mais je suis passée au-dessus car j’allais partir dans quelques mois. Par la suite, j’ai eu d’autres boulots, et hormis 2-3 blagues (sur lesquelles je ne me suis jamais formalisée parce que très sincèrement, ça me passe au dessus), il n’y a jamais eu de soucis. Effectivement, il arrive qu’on me pose toujours les mêmes questions et qu’on entame des discussions sur mon mode d’alimentation alors que j’en informe ladite personne d’une manière purement pratique et informative mais en vrai… ça ne me dérange pas. J’y vois souvent plus de la curiosité qu’une envie de débattre. 😉

La seule fois où j’ai ressenti une position clairement réfractaire, c’était au sein de ma famille. J’étais en train d’expliquer la différence entre végétalien et vegan (puisqu’on me l’avait demandé) et d’un coup, on m’a aboyé dessus en me disant que tout ça c’était des conneries complètement absurdes. Pour le coup, j’admets avoir été assez perplexe car j’étais dans une discussion purement formelle (on m’avait posé une question !) et j’ai ressenti un vrai rejet en face de moi alors que je n’avais même pas abordé le sujet de moi-même. Sur le coup, on va pas se mentir, ça refroidit un peu l’ambiance (et on peut pas s’empêcher de culpabiliser).

Hormis ça, ma famille s’est fait petit à petit à cette idée. Je crois qu’au début, mes parents ont un peu pris ça comme une posture qui n’allait pas s’éterniser. D’ailleurs, ma mère avait levé les yeux au ciel un jour où je lui rappelais que j’étais végétarienne (ce qu’elle ne faisait pas quand je disais ne pas manger de viande, de poisson, ou de fruit de mer). En gros, c’était le mot, l’étiquette “végétarienne”, qui semblait l’agacer. Il y a eu quelques moments de tension (je ne vais pas rentrer dans les détails car ce n’est pas forcément utile), où mes parents semblaient avoir un peu de mal à comprendre l’importance de certains gestes pour moi. Mais, après quelques échanges fermes et sérieux sur ce sujet, c’est rentré dans l’ordre. Je crois que là est la clé de cette acceptation : je n’allais pas faire marche arrière, j’étais végétarienne, je ne leur demandais pas de le devenir mais de respecter ce choix-là, au moins. J’avais toujours essayé de rendre les choses le plus facile possible (quand je le suis devenue, je me suis cuisinée chacun de mes repas moi-même) pour tout le monde, l’effort devait donc être réciproque.

Depuis, j’ai offert le fameux livre “Faut-il manger les animaux ?” à mon père. Il l’a lu, l’a fait lire à ma mère et tous les deux ont réduit leur consommation de viande. Je sais qu’il s’est déjà essayé au steak de lentilles (un franc succès) et qu’il en était très fier. Ma mère a déjà cuisiné des repas vegan lors de ma venue à la maison : en plus de me toucher énormément, c’était délicieux. Enfin, ma petite soeur est également devenue végétarienne. Forcément, je lui ai un peu ouvert la voie (et mes parents préparent plus des repas VG car c’est plus simple pour tout le monde) et tout se passe très bien à la maison. Je sais aussi que durant un échange linguistique, elle a finalement dû héberger une correspondante allemande qui était vegan et qui ne mangeait strictement rien dans sa famille d’accueil (car la famille se contrefichait de son mode d’alimentation). La prof avait donc contacté ma mère pour savoir si elle pouvait finalement la faire dormir chez nous car elle savait que ma mère connaissait ce mode de régime alimentaire, savait cuisiner en conséquence et que cela ne poserait pas problème. Bon, on reste quand même choqué de voir que la première famille n’avait même pas fait un petit effort pour cette petite lycéenne qui était littéralement affamée…

Je n’ai donc pas de consignes précises à vous transmettre. Je pense que cette démarche est avant tout personnelle et qu’on ne peut pas tellement vous forcer à remanger de la viande et du poisson. Le grand avantage, c’est que ces modes d’alimentation deviennent de plus en plus courants et sont acceptés (on peut remercier les militant.e.s anti-spécistes qui les ont démocratisés au fil des décennies…!). De mon côté, ce qui a marché est de montrer que je savais me débrouiller seule (quand je le suis devenue durant mon M2, je vivais encore chez mes parents et je me suis mise à cuisiner tous mes repas et je faisais mes propres courses avec mon propre argent) pour satisfaire ce changement. Ensuite, j’en ai jamais vraiment discuté sans qu’on mette le sujet sur le tapis (bon, comme expliqué précédemment, ça n’a pas toujours amené des réactions positives même si je n’y étais pour rien). Enfin, je n’ai pas hésité à partager de manière “furtive” cette démarche en offrant des livres sur le sujet. Juste pour montrer que je partageais quelque chose sur un sujet qui me plaît.  Je pense que les gens ne peuvent que s’y faire, s’y habituer et s’adapter en conséquence au fil du temps. Faites les choses dans votre coin, n’espérez pas forcément susciter d’engouement mais au moins, vous montrerez à quel point ça vous tient à coeur. Voilà 🙂

Grosse parenthèse toujours utile : 

Je suis désormais végétarienne depuis 2 ans. J’ai eu une période où j’avais quasiment réussi à arrêter les oeufs, le fromage et le miel (j’en étais pas mal fière). Force est de constater que même si je ne consomme plus de lait… le reste est clairement au point mort. Je n’ai pas de justifications particulières à ça, juste le simple constat que je n’y arrive pas (encore) et que chaque moment d’arrêt est ressenti comme une sorte de privation par mon corps. Je finis par devenir obsédée par certains aliments au point d’avoir envie de les acheter juste parce que j’ai décidé de me les refuser. Bizarre, non ? Je ne m’explique pas tellement ce phénomène psychique (la frustration, peut-être ? si c’est ça, elle est sacrément coriace et malsaine) et si quelqu’un a 2/3 conseils à me donner (car je ne perds pas espoir), cette personne est la bienvenue.

Je pense vraiment qu’il faut apprendre à écouter son corps et comprendre sa propre alimentation. Je me suis forcée à me préparer des plats comportant 60g de ceci, 60g de cela, blablabla, pendant des lustres… pour au final devoir finir des assiettes bien trop remplies pour moi et qui m’écoeuraient au bout d’un moment. Je suis certes très gourmande mais au quotidien, je n’ai pas un très grand appétit. Résultat : impossible de voir certains ingrédients en peinture ou même de les manger car cela me filait immédiatement la nausée (je pense notamment à de nombreuses légumineuses pourtant essentiels dans une alimentation végétarienne et très bonnes). J’avais fini par me réfugier dans de la “comfort food” en guise de solution de repli.. qui au final, ne me plaisait même pas.

Je sors donc d’une plus ou moins longue période où à part manger essentiellement des fruits, des légumes (et du fromage) ou des plats avec beaucoup trop de féculents… le reste n’était pas bien glorieux. J’ai ressenti une petite fatigue et je savais parfaitement qu’il me fallait plus de protéines végétales et de fer dans mon alimentation. Je me suis mise un bon petit coup de pied aux fesses afin d’avoir des repas plus équilibrés mais surtout, qui conviennent à mon appétit !

Tant pis si mon assiette ne ressemble pas à une photo Instagram ultra colorée, que je n’essaie pas tous les derniers ingrédients issus de la “super food” et tous les machins à la mode. Tant pis si je ne cuisine pas trois plombes, avec des proportions parfaitement pesées pour au final, préférer du simple, de l’efficace mais qui me satisfait au quotidien. Je n’ai pas forcément le temps et l’envie, mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas “bien manger”, et j’ai un peu eu l’impression que ces temps-ci je suis passée d’un “extrême” à l’autre.  😉

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

6 Comments

  1. Tinhy 11 juin 2018 at 21 09 54 06546

    Très intéressant ton article ! Je suis végétarienne depuis le début de l’année. Cela me trottait dans la tête depuis bien 2 ou 3 ans et j’avais pas mal diminué ma consommation de viande. Mais habitant encore chez mes parents, il a en effet fallu “imposer” mon végétarisme, ce que j’ai donc fait officiellement en début d’année. J’ai ri quand tu as dit que ta mère avait “levé les yeux au ciel”, parce que c’était exactement la même chose pour moi ahah. Je pense qu’elle s’est dit “Encore une lubie…”. Finalement, elle l’a très bien accepté et j’en suis très agréablement surprise ! J’ai toujours le droit à des petits débats à chaque repas de famille, mais elle m’achète beaucoup d’aliments végétariens et elle réfléchit toujours à une alternative pour moi :).

    A bientôt 🙂
    https://ta-pote-reloue.blogspot.com/

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    1. Buffy Mars 14 juin 2018 at 21 09 54 06546

      merci pour ce témoignage 🙂 ! je crois qu’on est tous passé par là effectivement 😉 (c’est cool qu’elle essaie de s’adapter au mieux en tout cas)

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  2. La Nébuleuse 13 juin 2018 at 9 09 09 06096

    Coucou ! Je réalise que cela fait longtemps que je ne suis pas passée par ici, et j’ai raté les derniers articles dis donc 🙂 Je rebondis sur le passage où tu constates que certains aliments deviennent obsessionnels à l’idée qu’on ne pourrait plus du tout les consommer un jour… Je ne suis pas psychologue, donc pas grande expertise à apporter dessus, mais je comprends très bien cette sorte d’angoisse pas entièrement consciente. Cela fait cinq ans que j’ai arrêté la viande (un peu plus même), et un an que je suis devenue végétalienne (disons très majoritairement, exceptions rares en voyage par exemple). Mais lorsque cela faisait seulement deux ans que j’étais végétariennes, j’étais bien loin de penser que j’arrêterai un jour les produits laitiers et les oeufs.. le fromage, inimaginable même ! Je disais même régulièrement à des amis que “ça,je ne pourrais pas”. Un grand classique. Et bien paradoxalement, ce qui m’a permis d’avancer là dessus, c’est précisément de ne pas en faire un projet. J’ai digéré (^^) tranquillement les infos, fait mon deuil de l’idée qu’il y avait des produits laitiers cruelty free, ce qui est une tentation… Et je me suis simplement dit “réduit tant que tu peux en découvrant d’autres aliments, tu verras bien”. J’en suis arrivée à un point où il était devenu évident que j’étais quasiment végétalienne dans mon mode de vie, je faisais juste des entorses chez les autres. D’un seul coup sauter le pas n’avait plus la même dimension effrayante. Ensuite le dernier déclic a été la lecture de Planète Végane d’Ophélie Véron, qui est un bouquin super complet et surtout très bienveillant. Il insiste d’ailleurs sur ces aspects, se laisser le temps, mettre l’accent sur le fait de découvrir plutôt que d'”enlever”. Alors ne te mets pas la pression, deux ans ça passe vite, et il n’y a pas d’examen ou de diplôme du “bon végé qui est allé assez vite et est maintenant irréprochable” 😀

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    1. Buffy Mars 14 juin 2018 at 21 09 55 06556

      oooh oui je vois de quel livre tu parles ! merci en tout cas d’avoir pris le temps de me rassurer et de me motiver à nouveau, je pense que j’en avais besoin !

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  3. ifeelblue 4 août 2018 at 22 10 59 08598

    Je suis végétarienne depuis environ 10 ans, et après tout ce temps, mes parents ne “soutiennent” toujours pas vraiment mon choix. Enfin ils me connaissent suffisamment pour savoir qu’il ne vaut mieux pas me faire de réflexions, mais ça s’arrête là. Du coup, je trouve que tu as vachement de chance d’avoir des parents si ouverts à la discussion 🙂

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    1. Buffy Mars 12 août 2018 at 14 02 13 08138

      Oui c’est vrai 🙂 !

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