Cette consultation gynécologique qui a tout changé

Jamais je n’aurai pensé écrire un tel article ! Non pas que je trouve le sujet déplacé (bien au contraire) mais parce que je n’avais jamais cru vivre une expérience aussi positive qui me donnerait absolument envie de la partager. Pourtant, depuis que j’ai une nouvelle gynécologue (enfin, en réalité elle est sage femme mais elle peut aussi faire des consultations gynécologiques) avec qui la première consultation a été géniale, j’ai envie de la raconter parce qu’à mon sens, c’est important.

Depuis quelques années maintenant, les réseaux sociaux voient affluer de nombreux témoignages de femmes sur les violences gynécologiques qu’elles ont pu recevoir tout au long de leur vie. A ce niveau là, la France semble avoir un sacré retard en termes de soin et d’accueil des patientes.. Beaucoup de personnes se sentent méprisées voire même ignorées quand elles tentent de partager leurs inquiétudes, interrogations et douleurs avec le monde gynécologique. Le Web a vu l’essor de plusieurs initiatives cruciales : le tumblr Paye ton Gynéco et le hashtag qui en découle ont longuement fait parler, l’initiative « Gyn&Co » montre qu’il y a une réelle demande de la part des patient.e.s de tomber sur des professionnel.le.s attentifs.ves et compétent.e.s. et l’émission de France Culture autour des violences gynécologiques (datant de 2015) avait eu un fort impact lors de sa diffusion.

De mon côté, je dois dire que de mes 20 ans à mes 22 ans, je suis allée voir une seule gynécologue : la même que celle où ma mère et ma soeur vont depuis de longues années maintenant. J’avais déjà eu un examen gynécologique avant ça, avec ma médecin généraliste (qui s’était bien passée même si j’appréhendais un peu). Ensuite donc, j’ai vu cette gynécologue. Ma mère avait prévenu « elle est très bien, mais elle n’a pas forcément beaucoup de tact ».

Et effectivement… le côté “humain” n’est vraiment pas son fort. Disons que son travail est très « mécanique » et qu’elle pense sûrement que s’éloigner de toute empathie et sensibilité peut faire tomber la pudeur/la gêne durant une consultation (peut être que c’était sa manière à elle de dédramatiser un moment qu’on peut juger pénible, je ne sais pas).

De mon côté, je la trouvais surtout froide, pas compréhensive face à une personne qui a des interrogations/des réticences, et je ne lui ai donc jamais partagé grand chose. En réalité, j’éludais même certaines de ses questions, préférant donner la réponse qu’elle attendait que la « vraie », parce que j’avais souvent l’impression que ses interrogations étaient plus rhétoriques, une façon de savoir si on avait bon ou faux. Bref, j’allais la voir une fois par an, je n’attendais pas ce rendez vous avec grande impatience et j’y allais un peu à reculons. Et ça ne me dérangeait pas plus que ça car elle était ni méchante, ni violente ou autre. Je sais que ça peut paraître bizarre dit ainsi mais quand vous connaissez toutes les anecdotes que les femmes peuvent vivre avec leur gynécologue, vous vous contentez vite de pas grand chose en vous disant simplement… « y a pire ». Bref, je n’avais pas d’exigence particulière.

Et puis j’ai déménagé. Et il m’a fallu trouver un.e autre gynécologue. Je me suis donc rapidement tournée vers le site Gyn&Co cité précédemment. Pour la première fois, j’étais un peu perdue : qui aller voir ? Cette fois ci, je n’avais pas ma mère pour me conseiller quelqu’un qu’elle connaissait de longue date… et cela me tracassait pas mal. Surtout que j’avais suivi avec attention pas mal de sujets sur les violences gynécologiques et je n’étais pas forcément très rassurée. Au final, j’ai hésité entre plusieurs professionnelles de santé, et j’ai pris celle disponible le plus rapidement.

J’étais très stressée à l’idée de cette première consultation et je la redoutais beaucoup. Le Jour-J, me voilà donc qui arrive dans son cabinet qui, à ma grande surprise, est extrêmement accueillant : les lumières sont tamisées, les couleurs sont chaudes et réconfortantes… Lorsque la sage-femme arrive, elle m’invite à m’asseoir dans un gros pouf très confortable avec des tas de coussins. C’est bête, mais j’ai quasiment l’impression d’être dans un petit salon de thé cosy. Si elle n’était pas installée derrière son bureau, à sortir la paperasse administrative d’usage pour cette première rencontre, je pourrai quasiment oublier pourquoi je suis ici. Je me sens déjà parfaitement à l’aise, et c’est même la première fois que je me sens aussi bien, en réalité.

Nous discutons beaucoup. Avant tout, elle veut savoir qui je suis, ce que je fais dans la vie, pourquoi je suis venue la voir, que je lui parle aussi de ma vie intime si je le souhaite, que ce soit lié directement ou non à la sexualité, et aussi de mon passé médical. Elle est très attentive, elle rebondit sur mes réponses et elle prend le temps d’écouter ce que j’ai à raconter, même quand j’hésite un peu. Elle me pose aussi des questions sur mes connaissances en matière de gynécologie, pour savoir ce qu’on a déjà pu me dire, ce que j’ai retenu, ce que je sais (ou ne sais plus trop) et elle prend le temps de me ré-expliquer, de me détailler chacune de ses réponses. Et si j’ai des questions qui surviennent sur le moment, même celles qui me semblent les plus idiotes, je sais que je peux les lui poser pour qu’elle m’y réponde et qu’elle dissipe mes doutes.

C’est tout bête, voyez-vous, mais durant cette petite demi heure où on a discuté ensemble, nous sommes revenues sur mes consultations gynécologiques passées et elle m’explique très clairement ce qu’il n’était pas forcément utile de m’imposer à tel moment de ma vie car cela n’est absolument pas recommandé ou conseillé. J’étais au courant pour certaines choses mais j’avais toujours accepté de mauvaise grâce en me disant “on n’est jamais trop prudent”, “mieux vaut trop que pas assez”.

Ensuite, elle m’a aussi demandé (avec le plus de tact possible) si j’avais déjà été victime de violences dans ma vie. Elle n’a pas précisé quelles formes mais je savais que cette question n’était pas anodine. En effet, il n’est pas un secret que les femmes ont un risque élevé de subir des violences physiques, psychologiques ou sexuelles durant leur vie. Cette question était pour elle un moyen de savoir si je risquais d’être mal à l’aise voire même complètement crispée durant la consultation.

Une fois notre discussion terminée, elle m’a demandé si je me sentais suffisamment à l’aise pour pouvoir m’examiner. Et même après avoir dit oui, au moment de commencer, elle m’a demandé si j’étais d’accord pour qu’elle me touche et durant toute la consultation, elle a toujours pris le temps de me demander si j’étais à l’aise. Elle a été vraiment très attentive, bienveillante et au final, elle m’a totalement rassuré (puisqu’à la base, je venais quand même pour quelque chose qui m’inquiétait et pas seulement pour un check up de routine).

Je suis sortie de cette consultation hyper sereine, quasiment heureuse. C’était la première fois de ma vie que j’avais l’impression qu’une relation d’égal à égal se nouait entre moi, la patiente, et elle, la professionnelle de santé… et c’était tout nouveau! C’est tout bête hein, mais je me suis sentie tellement en confiance et rassurée et tellement prise au sérieux que c’était vraiment très marquant. Si je vous raconte ça c’est qu’il y a parfois un tel tabou sur le corps des femmes dans le milieu médical que nous n’osons pas parler entre nous de ce qui nous met mal à l’aise voire nous angoisse lors d’une consultation. Or, il me semble plus que jamais important de le rappeler : oui, nous avons le droit de désirer être totalement à l’aise durant une consultation et aussi, de se sentir respecté.e, écouté.e et rassuré.e !

Et je pense que ça devrait toujours être ainsi.

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.

5 Comments

  1. Lison

    26 décembre 2017 at 20 08 12 121212

    C’est vraiment cool que tu sois tombée sur une gynéco comme elle! Pour ma part je me suis dirigée sans trop me poser de questions vers le gynéco familial, celui qui m’a fait naître… Je ne m’en plains pas, je n’accroche pas particulièrement mais je n’ai rien à signaler pour autant, après, je n’en ai jamais consulté d’autres alors comment savoir s’il est vraiment bien pour moi…

  2. kReEsTaL

    31 décembre 2017 at 18 06 17 121712

    Oh, comme ce billet fait écho en moi ! Quand j’ai quitté Paris pour la Bretagne, un des aspects les moins rigolos était de « quitter » tou·te·s les médecins que j’avais trouvé·e·s au fil des années, notamment ma gynéco et ma kiné.

    À mon arrivée à Rennes, j’ai eu la chance de tomber assez rapidement sur le site Gyn&Co, grâce auquel j’ai trouvé ma gynéco actuelle. Un des aspects qui compte le plus pour moi est son écoute et la précision de ses réponses, toujours sans jugement quant à mes choix. J’apprécie aussi beaucoup qu’elle ne fasse aucun commentaire sur mon poids : c’est fou le nombre de médecins, hommes ou femmes d’ailleurs, qui font des remarques totalement inutiles et déplacées à ce sujet ! C’est très infantilisant. J’aurais un paquet d’anecdotes désagréables à raconter à ce sujet, hélas.

    Bref, je trouve ça vraiment bien que tu aies parlé du sujet des séances gynéco sur ton blog, je pense vraiment que Gyn&Co est un site à mettre entre toutes les mains. Cela a permis à nombre de mes amies de changer de gynéco et de ne plus redouter ces examens pourtant bien nécessaires (et rassurants, quand ils sont bien faits).

    1. Buffy Mars

      2 janvier 2018 at 21 09 22 01221

      tellement d’accord avec toi !!

  3. Clémence / Livana

    19 janvier 2018 at 1 01 25 01251

    Je ne connaissais pas du tout Gyn&Co mais je le note, ça pourrait me servir un jour. Notamment si je déménage le jour où je pourrai enfin être indépendante, je sais que c’est effectivement ce qui me fera peur de devoir trouver de nouveaux professionnels pour ma santé sans connaître personne. Pour ma part je vois la même que ma mère depuis quelques années et elle me convient bien donc pas de souci. Par contre je n’ose plus y aller depuis l’an dernier parce que trauma + vaginisme = idée du frottis (encore jamais fait) terrifiante. J’ai découvert très récemment que des sages femmes pouvaient faire des examens, grâce au blog d’une fille toute douce que je suis et qui fait ses études pour le devenir, ça m’a surprise dans le bon sens de le savoir car j’ai l’impression des retours que je vois (et encore que je n’ai encore pas eu la curiosité et le courage de lire de témoignages à ce sujet) qu’elles sont souvent plus bienveillantes qu’un-e médecin. Ce que tu nous raconte ici est rassurant en tout cas, on aurait presque envie d’y être aussi, je suis contente pour toi 🙂

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