Petit rappel : notre travail militant est gratuit

 

Avec les élections qui arrivent et le regain d’intérêt pour la politique (pas forcément pour le vote pour autant *hum hum*), on entend de plus en plus de personnes nous faisant part de leurs avis sur tel ou tel débat ou proposition de loi. Parmi toutes ces personnes, on retrouve bien entendu les militants, qui n’attendent pas spécialement les élections pour se faire entendre mais qui profitent de l’intérêt suscité pour essayer de mettre certaines idées et valeurs plus en avant que d’autres selon leurs propres “affinités” politiques.

Le militantisme est un travail nécessaire à partir du moment où on a des convictions politiques que l’on cherche à défendre. Ce militantisme prend plusieurs formes : descendre dans la rue pour manifester, distribuer des tracts, participer à des débats, des tables rondes, des rassemblements, des AG, des réunions de groupe, créer/faire vivre une association. Et depuis l’essor des nouvelles technologies, la création de contenus militant à but pédagogique, informatif, est très populaire. On vulgarise, explique, démontre certains concepts, on réagit face à l’actualité, on essaie d’aborder sous un angle précis une problématique/un sujet de société, on relaie, on essaie de rendre visible ce qui a été longtemps ignoré et qui nous tient à coeur.

Tout ceci est bel et bien du travail. Ici, je ne parle pas de certains partis qui peuvent donner de l’argent certains de leurs membres pour certaines tâches*, je parle bien de ces micro tâches faites par  l’ensemble des militants, membres de partis ou non, et qui permettent de faire vivre l’ensemble d’un mouvement. C’est un travail gratuit, fait sur son temps libre, pour défendre les convictions qui nous animent et que nous jugeons nécessaires.

*n’y voyez rien de forcément péjoratif, ce n’est juste pas de ça dont je parle

Mais cela est bel et bien du travail. Et gratuit.

Tout le monde n’a pas forcément de “conscience politique”. On peut avoir des idées politiques mais ne pas être militants, parce que le militantisme ne nous intéresse pas, qu’on trouve ça dangereux, fatiguant ou qu’on n’a pas spécialement le temps. Et on peut tout simplement ne pas avoir réellement de conviction ou de propos politique formé parce qu’on n’a pas tellement les outils nécessaires pour réussir à aborder des sujets parfois complexes, et ce sous plusieurs axes. Mais, même en ne participant pas à ces problèmes de société, on joue un rôle politique. Passif, certes, mais dont cette passivité a des conséquences.

Le militantisme cherche souvent à contre-carrer cette inactivité pour donner des “clés”, quelques bases afin de comprendre certains enjeux. Il faut donc faire preuve de pédagogie, simplifier le propos tout en aidant à avoir un début de réflexion. Bref, ce n’est pas toujours aisé surtout que tout le monde n’est pas sensible de la même manière à un même message : d’où la nécessité d’avoir plusieurs stratégies militantes.

J’ai parfaitement conscience de ça et peu importe mes convictions politiques affirmées, il y a des sujets que je ne maîtrise pas forcément, des questions politiques où je suis bien contente de croiser d’autres militants pour comprendre les enjeux soulevés. Et je sais aussi qu’on attend de moi d’expliquer certains sujets où j’ai pris le temps de m’informer.

Cependant, je crois qu’il va falloir réaliser quelques éléments importants à l’heure où l’on semble bien décider à pouvoir tout avoir gratuitement et dans un claquement de doigts :

  • Les militants ne sont pas là pour vous tenir la main en permanence. J’ai encore des tas de sujets que je souhaite aborder et qui sont sur le feu, parce que j’ai d’autres choses sur lesquelles je souhaite me pencher en priorité (projets militants ou non). Cependant, Internet ne m’a pas attendu pour parler de certains sujets (et ui) et il vous suffit d’une petite recherche Google à partir des interrogations que nous pouvons soulever chez vous pour trouver quelques réponses. Alors, si vous hésitez entre deux sources, deux articles contradictoires etc., je veux bien en discuter éventuellement avec vous mais demander en permanence à ce qu’on vous explique des concepts vulgarisés sur une multitude de blogs, de sites, d’articles (universitaires, de presse) etc., je pense que c’est au mieux de la paresse et au pire de l’irrespect. Si je prends mon blog par exemple, j’ai fait l’effort de concentrer déjà pas mal de ressources et de les organiser assez clairement pour que cela se trouve aisément. Je ne peux pas prendre chaque personne une par une et lui indiquer sur quel lien cliquer etc. A partir du moment où les ressources sont là, c’est à vous de prendre du temps pour faire le reste. Il faut aussi se rendre compte que vous n’êtes pas la seule personne à demander à avoir accès très rapidement et facilement à telle information ou à ce qu’on lui réponde expressément  sur une question de vocabulaire ou autre. Bref, rappelez vous : il n’y a pas que vous.
  • Pensez aussi “stratégie” : vous êtes nombreux.ses à nous poser ces questions et de notre côté, nous sommes seul.e.s. Navrée de vous décevoir mais nous n’avons pas d’assistant pour ce genre de micro-tâche ! D’un point de vue stratégique, cela n’est pas bien efficace de mettre autant d’énergie à vous aider sur ces petites tâches faciles à faire puisqu’on a déjà pris le temps de vous mettre entre les mains les outils “de base”. Si on commence avec une personne, il faut ensuite le faire avec toutes les autres… vous vous doutez que ça devient vite une catastrophe! Si vous commencez du “début début début”, le moyen le plus efficace d’apprendre est simplement : d’observer, de se taire, et de prendre le temps d’intégrer toutes les informations qui tombent au fur et à mesure. Au début, c’est assez dense, mais avec le temps, vous y verrez plus clair. Et non, si on vous dit de vous taire ce n’est pas pour vous prendre de haut, mais qu’il faut justement apprendre à avoir cette humilité de se dire “je ne connais rien sur un sujet, croire que je détiens LA question ultime qu’on ne leur a jamais posé n’est pas très malin, il y a plus de chances que le sujet ait déjà été abordé et étudié“. Vous aussi, vous y gagnerez du temps de votre côté. Je ne connais pas tout et je me tais souvent pour lire d’autres personnes s’exprimer sur des sujets… et je le vis bien ! :).
  • Enfin, je sais qu’il est très à la mode et apprécié de parler “de liberté d’expression”  à tort et à travers et de dire qu’on veut juste “discuter”, “débattre”, mais il faut là encore peut-être se dire qu’il y a des espaces privilégiés pour certaines discussions et certaines situations. Dans un premier temps, toutes les plateformes ne sont pas faites pour tous les types de débat. Ensuite, réclamer qu’une personne militante vous instruise là maintenant de suite, comme si elle devait passer l’instant précis à s’échiner à vous expliquer un point de vue où vous avez décidé sciemment de ne pas aller vous renseigner sur ce qu’il a déjà pu se dire, c’est assez agaçant.

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’accès à l’information et à la compréhension de certaines notions. Si c’était le cas, cela ferait belle lurette que nous aurions arrêté tout ce travail que nous faisons, vous vous en doutez ;).

Je n’ai aucun problème à discuter. Je suis quand même contactable sur pas mal de réseaux sociaux en plus d’avoir une adresse mail où je réponds à tout le monde (là encore, cela me prend du temps !). J’admets avoir un peu plus de lassitude à répondre à quelqu’un qui me prend pour Google ou sa bibliothèque de service. Parce que quand la question revient pour la énième fois, que les explications sont facilement trouvables, souvent relayées, j’ai l’impression d’être juste au service de la personne comme si j’étais une brave bonniche sensée faire le tout boulot alors que j’essaie de créer pas mal de trucs (et j’en relaie aussi) pour aider, justement.

Je pense que c’est tout de même compréhensible et je ne suis pas la première militante à soulever ce problème. Il y en a sûrement qui vont dire que je chouine et que je me plains, que le militantisme est animé par la passion et que si je ne suis pas foutue de répondre à tout le monde et de prendre chaque petite question passive agressive (“source?” “et tu tiens ça d’où?” “heu c’est quoi ce terme tout inventé?” “pourquoi t’as pas parlé de ça et de ceci et de machin?”*) avec le sourire, alors je ne suis pas faite pour ça. Mais bon, hein, on sait généralement ce que ces personnes font au quotidien pour se permettre de s’offusquer dès qu’on les “mute”, ou bloque ou envoie balader pour la énième remarque agaçante (et je reste respectueuse en utilisant le terme “agaçant”).

*point totalement HS d’un article ou d’une vidéo ou alors remarque faite sur un article faisant près de 15 pages et ayant demandé des heures de boulot à une ou plusieurs personnes (fonctionne aussi pour les vidéos de +20 minutes).

Vous savez, à l’heure où on alerte de plus en plus sur les dangers de la société capitaliste ultra-consommatrice, avide du “tout maintenant de suite et pas cher” ainsi que du travail gratuit (ou précaire) créé avec les plateformes Web, il est peut-être temps de nous (je m’inclus donc aussi dedans) interroger sur notre mode de consommation même quand il est question de sujets politiques, d’actualité et de notre rapport avec les gens qui nous fournissent du contenu (entre autre).

Note : Certains d’entre vous m’ont déjà encouragé à me créer un Tipeee parce qu’ils voulaient me remercier à leur manière pour tout le travail militant que je fais. Même si je suis salariée à temps plein et que je ne veux pas dépendre d’un financement participatif, j’ai déjà hésité à mettre ce genre de financement en place parce que je craignais que certains internautes se sentent encore plus autorisés à me faire n’importe quelle requête, comme si je devenais un produit mis à disposition.

  1. Anonyme

    7 avril 2017 at 18 06 22 04224

    je suis d’accord avec tes arguments et tous les points que tu soulève. c’est effectivement un travail gratuit qui prend énormément de temps et qui n’est pas reconnu.
    un léger bémol cependant: au passif agressif “source?”, il faut éviter le méprisant “go google”: internet est bourré de faux sites et d’infos volontairement tronquées (cf sites contre l’avortement). on peut très bien tomber naivement sur un site que l’on croit fiable alors qu’il est de l’extrême droite.
    merveille de la technologie: copier/coller un lien quand on parle d’un sujet, c’est quand même sypa

    1. Buffy Mars

      7 avril 2017 at 23 11 18 04184

      “copier/coller un lien” : faire ça à toutes les personnes qui me le demandent donc y passer du temps 😉 alors qu’en vrai … ben le sujet est facilement retrouvable. et puis de mon point de vue, pour parler de sujet dont je file parfois les sources sur le moment, y a quand même des gens qui viennent réclamer de quoi je parle parce qu’ils ont la flemme de remonter ma TL. donc on en revient au même 🙂 c’est bien de se rendre compte qu’un “go google” est pas forcément méprisant mais plutôt très agacé, et qu’il y a beaucoup de mépris pour les créateurs de contenus dont on attend constamment une réponse parce qu’on veut pas trop se bouger. personnellement je parle aussi avec plein d’autres personnes sur le net, je leur pose des questions, je me suis jamais fait envoyer chier avec un “go google” (peu importe mon nombre de followers, si j’étais en anonyme ou pas) ou alors je trouvais pas ça méprisant qu’on m’dise d’aller sur google… p’têtre parce que j’avais une manière respectueuse de contacter et de questionner la personne ? p’têtre.

      1. Anonyme

        8 avril 2017 at 1 01 44 04444

        mais reste qu’aller sur google, quand on connait rien au sujet, c’est prendre le risque de tomber sur un truc nul / faux.
        d’où l’intérêt de guider par un lien… imagine un.e personne qui cherche des infos sur un sujet et qui tombe sur un site confusionniste, égalité et réconciliation ou autre, et qui connait pas, qui a pas les armes critiques pour comprendre le problème du site. il va se passer quoi?

        ça me rappelle la vidéo de Naya qui s’appelait “est ce mon devoir de vous éduquer?” éduquer peut être pas, mais si tu choisis d’avoir une parole publique est d’évoquer des sujets de société c’est effectivement nécessaire de donner les moyens de comprendre et d’approfondir à ceux qui n’ont pas été aussi loin dans la réflexion. et y a un peu de mépris dans le “go google”, qui signifie clairement “débrouille toi pour chercher”, alors que chercher correctement ça s’apprend, par les études notamment, et tout le monde n’en fait pas.

        et puis quand on aborde un sujet c’est quand même un peu mieux de l’étayer avec des études sérieuses, car effectivement elles existent. autant se distinguer des confus par la citation aussi

        1. Buffy Mars

          9 avril 2017 at 18 06 40 04404

          ce qui est marrant c’est que je dis bien dans mon article que quand on connait rien de rien y a aussi une phase de “un peu d’humilité, je me tais et j’écoute” avant de se mettre à chercher. mah bon. bon dimanche

      2. Anonyme

        9 avril 2017 at 13 01 58 04584

        et sur le risque de tomber sur des sources non fiables? t’as pas de problème avec ça?

        1. Buffy Mars

          9 avril 2017 at 18 06 39 04394

          toa t’as bien tout lu l’article didonk

  2. citizencrane1

    7 avril 2017 at 18 06 55 04554

    Je confirme pour ta dernière note, ayant déjà participé à des financements participatifs, j’ai vu des contributeurs parler comme si leur don leur donnait un droit sur la vie de l’artiste à squatter la page facebook ou le compte twitter comme si c’était le leur et invoquer leur contribution comme justification, c’était violent. Je comprends que tu veuilles éviter ça.

  3. Cestdoncvrai_Tat

    9 avril 2017 at 10 10 37 04374

    Oui, militer est un travail. Un travail non rémunéré (bénévole donc) fatigant et, de l’extérieur, cela semble un travail assez ingrat. Peu reconnu, méprisé et pas très bien compris, il me semble ^^ De mon côté, je n’ai pas la force de militer, j’admire d’autant plus ceux qui le font. Merci 🙂

    “Et non, si on vous dit de vous taire ce n’est pas pour vous prendre de haut, mais qu’il faut justement apprendre à avoir cette humilité de se dire “je ne connais rien sur un sujet, croire que je détiens LA question ultime qu’on ne leur a jamais posée n’est pas très malin, il y a plus de chances que le sujet ait déjà été abordé et étudié””
    => je suis tellement d’accord 🙂 Globalement avec tout l’article de toute façon, mais cette phrase en particulier. C’est également ce que j’essaye, sur d’autres domaines, d’amener comme automatisme. J’encadre pas mal d’ateliers (plutôt Tech : Arduino, AppInventor, iot…), et, dans leur majorité, les personnes qui suivent l’atelier attendent que les réponses leur tombent dans le bec. Dans chaque session, je pose “Vous n’aurez pas toujours quelqu’un pour vous épauler. Si vous rencontrez un problème, dîtes-vous que quelqu’un a déjà eu le même avant vous et que la réponse est sur Internet. Si vous avez un projet, dîtes-vous qu’au moins une partie est déjà sur Internet. Et si vous avez une question, dîtes-vous qu’Internet à la réponse. Il suffit de savoir chercher. Alors on va apprendre à chercher”
    Et c’est ce qui manque, je pense : la capacité à chercher quand, avec les réseaux sociaux, on a l’habitude que l’information vienne à nous 🙂

    @ANONYME : “Internet est bourré de faux sites et d’infos volontairement tronquées (cf sites contre l’avortement). on peut très bien tomber naivement sur un site que l’on croit fiable alors qu’il est de l’extrême droite.”
    => Ce qu’il manque, ce n’est pas les pointeurs de liens, c’est l’esprit critique 🙂 Différencier les sources dangereuses, fiables, fallacieuses et acceptables n’est pas quelque chose de naturel, mais quelque chose qui doit s’expérimenter. Oui, on peut tomber sur ces sites, mais s’ils sont pris au sérieux, alors c’est que le travail à faire n’était pas de “donner les bons liens”, mais d’amener à une réflexion plus globale sur Internet, ce qui ne passe pas par les mêmes procédés. Je suis heureuse de voir que cela entre peu à peu au programme dans les écoles, d’ailleurs.

    @Buffy : “d’avoir une adresse mail où je réponds à tout le monde (là encore, cela me prend du temps !)”
    => Je suis vraiment désolée (et gênée) de passer par les commentaires… Je t’avais envoyé un mail (en décembre). Le mail est signé “Cestdoncvrai”, mon (notre, nous sommes deux derrière ce nom de plume) nom d’autrice. Comme nous avons rencontré quelques problèmes avec l’adresse utilisée, je ne sais même pas s’il est bien arrivé dans ta boîte mail. Tu n’as peut-être pas eu le temps d’y répondre ?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :