Suite à mon dernier article sur le féminisme

(copie de mon statut FB à ce sujet) 

 

J’avais pas prévu d’écrire un post au sujet de mon dernier article mais finalement je vais le faire. Parce qu’après la colère, maintenant place à la tristesse, sûrement une émotion bien mieux légitimée vis-à-vis de mon genre et qui sera donc mieux reçue, je ne sais pas trop, et je crois que je commence à m’en moquer un peu.

(Je pense que je vais finir par être anesthésiée de tout, ce sera peut-être mieux ainsi.)De la tristesse donc, parce que c’était sûrement le deuxième sentiment qui devait arriver. Peut-être parce qu’en vrai, c’est ce que je ressens depuis le tout début. Peut-être qu’au final ce n’est pas la rage qui m’a poussé à écrire mais bien ça : une profonde peine que beaucoup d’ami.e.s féministes partagent et éprouvent.

Parce que venir parler de “provoc” et de “bad buzz” est une chose, mais montre bien que l’étendue du problème est complètement occulté. Inutile de me dire que mon article aurait pu porter sur ça pour être plus “efficace”, il y a un moment où les mots sortent comme ils peuvent, et parfois difficilement.

Moi, pour une fois j’ai voulu écrire ce que je ressentais vraiment.

Là où certaines personnes ont débarqué pour dire que tout mon article n’était pas rationnel, il était peut-être justement le témoignage d’un vécu de militante qui avait besoin d’être partagé. Vous savez, les mots font beaucoup de bien par moments et nous aident à aller mieux, surtout quand on les jette sur le papier.

J’ai toujours été “sans filtre”, profondément honnête et sincère. On me dit souvent plus gentille et douce “en vrai”, je pense surtout que je déploie déjà assez largement toute ma palette d’émotions sur la toile pour savoir me poser un peu quand je le sens nécessaire.
Mais parfois, je considère que gueuler est bien plus nécessaire. Et cela se retrouve aussi dans ma manière d’écrire. Cet article était peut-être pour vous un post très sympa sur lequel débattre autour d’un verre en terrasse; moi, après l’avoir écrit, je me suis foutue au lit, j’ai lu vos réponses, j’ai pas fait grand chose à part fixer le plafond et à me dire qu’enfin, j’avais peut-être balancer sur la table quelque chose que j’avais au fond des tripes depuis un moment.

J’occulterai les personnes un peu pompeuses qui ont essayé de me faire croire que je n’étais qu’une petite sotte ne sachant pas vraiment de quoi elle parle. Ceux qui vous disent d’ouvrir un bouquin avant d’écrire sont souvent les mêmes qui n’ont pas lu grand chose, qui font des abus de langage en employant des mots comme “censure”, “fascisme”, “ségrégation” à tort et à travers sans connaître réellement ces notions. (et je rappellerai à nouveau qu’essayer de me contacter sur mon compte privé montre toute l’étendue de votre stupidité, puisque mon avis de petite idiote semble tout de même bien primordial à vos yeux)

Si je n’ai qu’une chose à retenir de mon article, c’est qu’il a reçu bien plus de réponses positives que négatives. Peut-être que les réponses négatives ont été bien plus violentes pour équilibrer le côté abrupt de mon message, peut-être que les avis ont été plus tranchés, je ne sais pas. Mais en tout cas je ne regrette aucunement de l’avoir écrit.

Je ne le regrette pas parce que cet article il est pour tout.e.s les copines/ains féministes que je rencontre, qui me partagent leur vécu de militant.e, leurs projets, leurs histoires. Cet article il était pour ces frères, ces soeurs, cell.eux, qui ont parfois arrêté de fréquenter certaines associations, certains groupes, parce qu’il y avait eu trop de coupage de paroles, d’interventions déplacées, insultantes, sexistes, où on remettait constamment en cause ce qu’ils/elles voulaient. Et toujours par les mêmes personnes.
Cet article il est pour tou.te.s ces camarades qui ont ont fini par préférer retourner à leur quotidien, qui ont préféré à nouveau se taire, parce que d’autres personnes, illégitimes, n’étant pas victimes de ce système sexiste, arrivaient pour se réapproprier, organiser, choisir et prendre la parole à leur place sur des problématiques qu’ils maîtrisent à peine (ou carrément pas), avec toujours cette même excuse “ah mais j’ai aussi mon mot à dire, moi je fais partie de cette société“.

Cet article il est donc pour elles/eux, qui devraient être au centre des discussions, qui devraient justement être les premières personnes écoutées parce qu’il y a urgence sur leur condition mais l’espace qu’ils/elles avaient trouvé pour s’exprimer n’étaient à nouveau plus le leur.

Cet article c’est pour tou.te.s les ami.e.s qui ont mal parce qu’untel a eu un comportement profondément sexiste, verbalement ou physiquement, parfois même violent, que tout le monde le sait un peu, que tout le monde le chuchote sans vraiment le dire à haute voix, mais qu’on le laisse continuer de faire sa vie, parce que “boys will be boys“.
Parce qu’il est facile de dire “attention à ne pas faire de généralités” mais comme le dit cette jolie citation “Not All Men but All Women“. Parce que ne pas se sentir concerné est une chose, mais il serait temps de se souvenir que nous faisons chacun.e partie de groupes sociaux, avec des dynamiques d’oppression et des mécanismes de domination différents (oui, la lecture c’est sympa pour comprendre ce genre de trucs).

Parce qu’on sait très bien que si on commence à rassurer tout le monde en disant “non, non, ils ne sont pas tous comme ça“, il n’y a aucune remise en question qui se réalise puisque vous partez directement du principe que vous êtes une bonne personne, qui n’a jamais fait quelque chose de mal. Alors être un peu remué et repoussé dans ces retranchements ça fait pas de mal vu les choses graves qui se passent de notre côté.
Parce que certain.e.s en arrivent à déserter ces espaces et à fuir parce qu’ils/elles ne se sentent plus protégé.e.s là où justement, on devrait faire en sorte de les préserver.

Parce qu’on se retrouve à passer plus de temps à rattraper toutes ces conneries qu’à pouvoir s’occuper de problèmes plus fondamentaux. 

Parce qu’il est bien facile de critiquer le ton particulièrement virulent d’un article, de dire que c’est pas très gentil de ne pas considérer les hommes cisgenres comme un besoin pour le féminisme (à souligner qu’il a été dit à plusieurs reprises dans le texte qu’ils n’étaient pas exclus mais essentiellement là pour seconder, et qu’ils étaient une ressource plus qu’une finalité; d’où le fait de ne pas être un “BESOIN”, le terme besoin étant quelque chose de très spécifique) mais y a un moment, va falloir aussi se demander : Pourquoi on en arrive là ?
Pourquoi autant de femmes (et pas que) militantes féministes ont relayé ce texte et pourquoi aussi, d’ailleurs, autant d’hommes cisgenres plus ou moins actifs également, l’ont relayé? Parce qu’i.elles voient les dérives de ce qui se passe très régulièrement dans les mouvements, avec la réappropriation de notre lutte. Parce que lorsqu’on ne devient pas spectateur/trice mais acteur/trice de ce mouvement, parce que lorsqu’on fait partie de ces personnes qui prennent la parole, qu’on crée des projets, du contenu autour du féminisme, on a accès à des coulisses qui ont besoin d’être visiblement bien rénovées.
Ouais, je crois que je suis pas en colère.
Mais plutôt très triste.
Et profondément fatiguée.

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