Pourquoi (et comment) suis-je devenue végétarienne ?

Avant propos : vous me connaissez très bien, je ne suis pas du genre à faire dans la dentelle. Vous pouvez passer votre chemin si  vous pensez que je vais essayer de vous rassurer en disant “je ne veux pas être extrémiste“, “je ne veux agresser personne. Je parle de mon mode de vie, de mon alimentation, de mes choix. Je n’ai pas à vous caresser dans le sens du poil pour vous faire accepter mon alimentation qui se présente comme une alternative face à la société actuelle afin de passer pour la “bonne végétarienne de service”.

Et je n’en suis même pas désolée.


Mon rapport à la chair animale
Depuis très jeune, la viande a toujours été présente à chacun de mes repas (sauf au petit déjeuner, faut pas pousser). Il y en avait tout le temps. Pas forcément de la “bonne viande de qualité”, plutôt la “viande fourbe” comme j’aime l’appeler : poisson pané industriel, blanc de poulet en tranches, lardons sous vide, steak haché caoutchouteux. Bref, vous savez, tous ces trucs qu’on trouve au quotidien dans le frigo, qu’on ne voit même plus comme de la viande : ça coûte pas cher, on en a tout le temps sous la main, ça dépanne, c’est rapide à manger, c’est “pas vraiment de la viande” parce que ça ressemble pas au bon gigot saignant ou au poulet rôti dont on a l’habitude le dimanche.
J’ai vécu en entendant dire que les animaux ne ressentaient rien, n’avaient ni sentiment ni émotion. Que les tuer, peu importe la manière, ne les faisait pas souffrir car ils n’avaient aucune conscience. J’ai vécu en entendant dire que la viande c’était important. D’abord pour la santé, parce que c’est plein de protéines. Ensuite pour les papilles, parce que c’est bon, qu’en France on aime les bonnes choses et qu’on sait choisir les meilleures morceaux. Et puis, il y a évidemment tout l’aspect symbolique. Une famille qui n’a pas les moyens d’acheter de la viande, c’est une famille pauvre, ça veut dire qu’elle ne peut pas subvenir à ses besoins. Qu’il vaut mieux s’acheter du Fleury Michon au supermarché du coin que rien du tout.
Personne dans ma famille n’était végétarien. Cette éventualité n’était même pas évoqué. Entendre quelqu’un dire qu’il mangeait de la bonne viande à chaque repas, ça n’inquiétait pas forcément vis-à-vis de sa santé ou de l’impact que ça pouvait avoir, c’était plutôt une question de choquer par rapport au coût que cela pouvait engendrer. Bref, aucune préoccupation éthique ou écologique. J’avais dû rencontrer une ou deux fois des personnes végétariennes, le reste je les voyais à la télé, dans des pub caricaturales ou à travers des personnages stéréotypés.

Mon gros problème : je n’étais jamais d’accord avec les autres carnistes

Le fait est que ce manque d’informations n’a, pour autant, jamais été une source de mépris envers les personnes végétariennes. Je trouvais cette manière d’alimentation très très loin de mes valeurs, mais… je ne comprenais absolument pas les sources de moqueries ou de blagues que cela pouvait engendrer.
Vous le savez, depuis le temps : j’assume totalement mes choix (ou alors, sinon, je change de choix). Je ne me cache jamais derrière de fausses excuses. Il y a plus d’un an, j’ai d’ailleurs écrit cet article alors que je mangeais encore de la viande, pour pester contre ces carnistes pas foutus de faire preuve de bonne foi et dont l’attitude me débecte largement sur les réseaux sociaux sur les réseaux sociaux.
Mon problème ? J’assumais totalement de manger de la viande. Me montrer des photos horribles d’animaux ne me choquaient pas : j’avais pleinement conscience du problème. M’insulter, vouloir me mettre je ne sais quelle info choquante sous le nez ne me faisait pas forcément beaucoup réagir. Parce que j’assumais mon mode de vie, je savais qu’il était mauvais mais je l’assumais. Par conséquent, j’assumais totalement aussi les réactions qu’il pouvait engendrer.  Me faire appeler “carniste” ne me blessait pas et je me marrais en voyant les autres mangeurs de viande se mettre à chouiner : c’est un fait, on mangeait de la viande, pourquoi le prendre aussi mal?
En réalité… la mauvaise foi des autres carnistes me débectait. Je ne supportais pas de les entendre se trouver des excuses, devoir dire “oui, c’est mal mais c’est bon”, parce qu’ils étaient pas foutus de simplement s’arrêter à “oui, c’est mal“. Je réalisais que 90% des carnistes n’étaient pas fichus d’assumer leur mode de vie non-éthique et mauvais sans monter sur leurs grands chevaux. Il fallait que ça se termine par dire que les végétariens étaient extrémistes parce qu’on les poussait dans leurs retranchements. Les autres carnistes n’étaient pas capables de ne pas culpabiliser, d’assumer pleinement ce qu’ils faisaient en assumant toutes les conséquences. Il fallait surtout ne pas leur expliquer tous les dangers, ne rien dire, les dorloter afin de les laisser en paix. Et moi là, j’étais au milieu de ces gens et je comprenais pas comment ils pouvaient avoir autant de mal à assumer leurs choix.
 
Le déclic
Je connaissais les études sur les impacts écologiques catastrophiques, sur la torture animale. Je connaissais tous les arguments (justes) des végétariens. Je savais totalement que j’étais en tort, que leurs revendications étaient légitimes. La plupart du temps, je me retrouvais donc dans les débats à défendre les autres végétariens face aux conneries que les carnistes déblatéraient constamment (par mauvaise foi ou juste par manque d’informations).
 
Et ça a commencé à vraiment, vraiment, vraiment me blaser.
Le temps est passé et là où je cuisinais parfois des plats végétariens voire végétaliens par passe-temps est devenu quasiment une habitude sans que je me rende compte. Fin décembre, je lisais les tweets d’une mes blogueuses préférées (coucou Marina), qui proposait juste une chose: limiter sa consommation à 2 fois par semaine de chair animale. Je lisais ça d’un oeil, le gardant dans un coin de ma tête mais en me répétant mollement “oui, oui, un jour, on verra“. Et puis… une fille débarque et l’agresse à moitié “AU PIRE ON MANGE CE QU’ON VEUT“. Le débat commence. Marina, toujours calme et diplomate, qui dit juste qu’elle encourage les gens dans cette voie, qu’elle propose une alternative, rappelle que tous les efforts du monde pour être écolo sont réduits A NEANT rien qu’en consommant de la viande à cause des énormes ressources naturelles que cela demande. Comme d’habitude, elle explique.
Et là, je les vois. Les mêmes. Encore et encore, se débattre dans des faux arguments, se mentir à eux-mêmes, ne pas juste vouloir assumer de faire quelque chose de “mauvais” pour la planète (alors qu’ils en auraient le droit, parce qu’on est humain et qu’on a chacun nos propres failles). Je les lis, dépitée. Et je lis Marina.
Et je me dis…
je me dis simplement que je peux pas. Je peux pas continuer à la soutenir et à la défendre en n’enjambant pas la barrière. Que c’est lâche et hypocrite. Que c’est fourbe. J’ai plus envie. J’ai plus envie de tous les écouter répéter les mêmes choses. J’ai plus envie de les voir sauter sur tous les végétariens comme des cons en ayant l’impression que “c’est la même chose quand un végétarien vient remettre en cause leur mode alimentaire” (alors que pour eux les enjeux sont tellement plus cruciaux). J’y arrive pas. Ils me font franchement honte, à être les premiers à dire “oui mais je mange moins de viande !” sans vouloir avouer que le militantisme végétarien explique le fait qu’ils aient décidé de consommer moins de viande.

>J’ai plus envie de les valider en permanence, d’être de “leur côté”. Je me sens mal à l’aise. Plus en phase. Pas tellement bien dans mes pompes. Je commence enfin à me poser des questions sur moi et mon rapport à toute cette bouffe et sur cette place que cela me donne dans la société. Sur ce que je provoque. Et sur qui je soutiens en mangeant ça.

Le 01er janvier 2016, je décide de réduire ma consommation de chair animale après un énième Noël où il y avait beaucoup trop de victuailles pour que j’arrive à en détourner le regard et à manger avec indifférence. Ca m’a collé à la peau durant toutes les vacances. Que les autres en mangent, je m’en foutais. Mais moi, c’était toutes ces questions que j’accumulais qui revenaient.
3 mois après, j’arrêtais définitivement la viande. Plus envie d’en manger. L’impression constante de ne pas trouver ça bon, souvent de qualité médiocre. Toujours ce sentiment pénible de ne pas réussir à voir au-delà des conséquences écologiques. Alors, à force d’être fatiguée par ces contradictions, à force de ne plus éprouver de manque particulier à ne pas commander des makis au saumon…. J’ai tout simplement décidé d’arrêter.
Et vous savez quoi ? Merci, ça va très bien.
Et vous, quand est-ce que vous essayez ?
(ben quoi?)
Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.
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Written by Buffy Mars
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