La jupe, émancipatrice ou oppressive?

Il y a un petit moment déjà, j’avais écrit un long texte sur l’importance, pour moi, de porter des mini-jupes. Adorant ça, c’est avec ce genre de vêtements que je me trouve la plus jolie. Mais il n’est pas forcément celui vu d’un bon oeil aussi bien en entreprise que dans la rue. Au final, face à tous les emmerdements qu’il m’arrive de subir rien qu’en arborant une mini-jupe, c’est quasiment devenu un acte militant : une manière de me réapproprier mon corps et de montrer que j’emmerdais les gens, que je m’habillais pour moi, comme je veux, et que je n’avais pas à avoir peur car j’ai le droit de me vêtir comme bon me semble.

Comme on m’a judicieusement fait remarquer sur Twitter, cet article était peut-être très intéressant car personnel, un véritable cri du coeur où j’essayais de comprendre toute la symbolique que je mettais dans ce vêtement, il ne prenait néanmoins pas forcément en compte toutes les problématiques liées à la mini-jupe et la diversité de positions par rapport à ce vêtement. On pourra dire que cet article était très personnel, j’essaie tout de même de traiter certaines problématiques sous un prisme assez large et j’ai donc décidé de réfléchir à nouveau sur mon propos par rapport à la jupe.

 

 

Afin de creuser un peu plus le sujet, j’ai également lu “Ce que soulève la jupe” de Christine Bard (écrit en 2010), une sociologue féministe s’intéressant beaucoup à la mode mais surtout à la portée/la signification sociale du vêtement voire d’un vêtement en particulier, notamment attribué au genre féminin.

Je trouvais que c’était une bonne entrée en la matière pour me familiariser un peu plus avec ce vêtement que je porte quasi quotidiennement.  Dans cet article, je vais donc partir de l’ouvrage de Christine Bard, développer les points principaux de sa pensée et les agrémenter de mes réflexions (personnelles, critiques du livre, là où mon avis diverge etc.)… et j’espère que cela pourra vous intéresser 🙂 !


  • Premiers avis (au début de la lecture)

Je me suis sentie assez en phase avec Bard, puisqu’elle revient sur quelques éléments pour expliquer l’importance de se questionner sur nos vêtements et le rapport que nous entretenons avec. Je considère que tout est politique et par conséquent, le vêtement l’est aussi. J’ai toujours été sidérée par ces gens expliquant que ceux s’habillant de manière excentrique essaient bêtement de revendiquer quelque chose alors que les gens en simple jean/basket ne revendiquent rien et n’embêtent pas leur entourage en attirant l’attention.

C’est complètement faux : le simple fait de porter un jean/basket est une revendication à un attachement à une certaine norme, un certain mode de vie voire même à une appartenance à une classe sociale (en fonction de la marque) ou d’un genre (en fonction de la coupe du vêtement, du modèle de chaussures etc).

Alors ce n’est pas mal de revendiquer le fait de rentrer dans “les cases”, mais il ne faut pas oublier que c’est prendre position : celle d’adhérer aux valeurs prescrites par la société. Si je parle de ça, c’est parce que Bard est également en accord avec cette idée :

« Les vêtements et leur genre – féminin, masculin, neutre – sont politiques. Ils facilitent notre identification comme homme ou femme, avec toutes les conséquences que l’on imagine dans une société réglée par la domination masculine.  »
Cela me rappelle d’ailleurs cette citation que j’aime beaucoup, et avec laquelle j’avais commencé mon mémoire de M1 sur La Mode : We should treat all the trivial things of life seriously, and all the serious things of life with sincere and studied triviality.”  Je me suis aussi beaucoup retrouvée face à ses premiers constats, qu’elle développe tout au long de son ouvrage et qui sont très justes:

L’existence des femmes s’inscrit dans une logique de lutte, elles doivent marquer et confirmer leur pouvoir et leur position constamment.

Défendre le droit de porter une mini-jupe ou le droit de porter un pantalon, on en revient au même: il a fallu à chaque fois gagner cette légitimité à se vêtir. Dans le cas du pantalon (et je reviendrai à ce sujet dans un prochain article, lorsque j’aurai enfin terminé “Une histoire politique du pantalon“, toujours écrit par Christine Bard et offert par mon cher Maxime ♥), il a été question d’une “élévation” sociale : le pantalon était un habit porté par les hommes. Le monopole était détenu par le genre dominant. Il y avait donc une symbolique énorme à pouvoir enfin se le réapproprier.

 

Il faut réfléchir à la jupe de manière inclusive : prendre en compte toutes les personnes désirant porter la jupe et donc les hommes, les personnes trans etc.; mais aussi avoir une approche féministe queer pour bien cerner tous les enjeux hétéronormatifs (c’est-à-dire s’inscrivant dans un monde où l’hétérosexualité est la norme sociale en termes de sexualité et de rapports de gens).

J’ai beaucoup apprécié ce “défi”, cette manière de vouloir appréhender la jupe sous un prisme très large et remettant en cause une certaine vision binaire.
  • L’Histoire de la jupe en Occident

Dans son ouvrage, Christine Bard relate plusieurs époques historiques et trace un long portrait du XXe siècle, époque qui m’intéresse le plus (les goûts et les couleurs, vous savez..). La manière d’aborder l’Histoire de la jupe y est intéressante car elle ne se contente pas d’une stricte chronologie des évolutions de ce vêtement mais elle y cherche des liens avec des phénomènes sociaux.

Avant le XXe siècle et réflexions sur la jupe à l’heure actuelle

Comme l’autrice le rappelle, la vision binaire que nous avons de la société n’est pas si ancienne que ça et surtout, elle change au fil du temps (ce qui en révèle, je trouve, toute son absurdité): on oublie par exemple qu’ à la fin du XIXè siècle, les jeunes garçons portent des robes, et qu’avant 1910, la couleur rose était dite “masculine”, et la couleur bleue dite “féminine”. Il y a donc bel et bien eu des périodes où les distinctions de genre se montraient différemment et parfois même, de façon moins binaire.

A ce sujet d’ailleurs, Bard fait une parenthèse intéressante en rappelant que cette posture (jambes croisées) fait prendre à la femme moins de place, là où l’homme a souvent les jambes largement écartées quand il s’asseoit. En sociologie, quand on s’intéresse à l’hexis corporelle (c’est-à-dire toutes les postures que notre corps peut prendre en intégrant des normes liés à notre rang social, à notre genre etc) on parle de “manspreading” pour qualifier la posture des hommes qui ont tendance à “s’étaler” dans l’espace public juste à contraindre les femmes à se faire encore plus petite.

En réalité, là où la mode masculine ne fait que très peu parler d’elle, on passe un temps incroyable à juger les vêtements féminins, à se pencher sur les “tendances” de la mode féminine. On commente, on donne son avis, jusqu’à en créer de fortes controverses. D’ailleurs, dans les règlements scolaires, nous l’avons toutes et tous remarqué: c’est souvent les vêtements féminins qui sont régulés et dont il est question. On nous parle parfois brièvement des caleçons ne devant pas dépasser du jean, oui..

Ce n’est pas nouveau et ceci existe depuis la Révolution Française : gage d’émancipation pour le peuple français, le pouvoir est tout de même resté entre les mains des hommes et a renforcé cette domination masculine. Cette régulation du vêtement féminin en est un des résultats. Même lorsque les femmes, au début du XXe siècle, commence à se délivrer des corsets et de leurs multitudes de jupons, ce n’est pas forcément par “émancipation”: on essaie de relancer la natalité en France et pour que le corps féminin semble plus “disponible”, le pouvoir masculin conseille de simplifier l’uniforme féminin.

De la Belle Epoque jusqu’au Régime de Vichy

Oui, le fait qu’il y ait eu des évolutions sociales intrinsèquement liées comme:

  1. L’accès des femmes au sport qui a influencé ces nouvelles normes vestimentaires (le vélo, l’équitation, la natation, l’alpinisme..)
  2. Les femmes ouvrières des milieux populaires qui se sont soulevées afin de revendiquer ces contraintes vestimentaires alors qu’elles travaillaient.

a eu un rôle prépondérant (la jupe culotte, la jupette dès la Belle Epoque, la tenue à la plage apparaissent alors, enfin). Mais il y a bien eu un double mouvement, avec toujours une emprise du patriarcat cherchant à se réapproprier ces désirs de liberté à son avantage. Et forcément, ces nouvelles normes n’étaient pas non plus validées par tous.

 

Certains hommes, eux, sont restés totalement réfractaires, même face à une éventuelle politique de natalité (comme c’est étonnant) :

« Et cette affaire provoquera des déluges de commentaires annonçant la dissolution de la différence des sexes, et donc la fin du monde. Mais on s’habituera. »

La féminité et comment elle est représentée a une symbolique importante. Déjà à cette époque, il fallait que les femmes restent de “vraies femmes“. Les habits féminins avaient une grande revendication coloniale à but universaliste (la féminité à la française serait une féminité “éduquée”, “civilisée” qu’il faut faire rayonner dans le monde entier) et qui se construit bien entendu sous un regard masculin et hétéronormatif :

« En cette époque bouillante de nationalisme et d’orgueil colonial, l’ostentation féminine dénote aussi un certain chauvinisme qui veut que les Françaises soient les arbitres du goût et de l’élégance. »

L’exemple le plus parlant reste sous le régime de Vichy où les pressions autour de la féminité étaient particulièrement fortes à cause d’un regain des valeurs chrétiennes (et par conséquent de la pudeur, de la “sobriété”, une division des genres fortes etc). D’ailleurs, la garçonne (celle assumant de porter des pantalons) a longtemps été mal vue, c’était une affabulation, une provocation pour la société voire même une hérésie. Intéressant quand on sait que désormais c’est la jupe qui est souvent perçue comme une “provocation”, non? 😉

L’élégance à la Française (dont nous aimons aujourd’hui encore beaucoup l’imaginaire), l’importance de la jupe à l’époque, n’étaient donc pas anodines et s’inscrivaient dans une culture dominante à la fois masculine et raciste.


L’impact de la haute couture sur le vêtement féminin pendant les fifties

La Seconde Guerre Mondiale prend fin et les normes changent. Dans les années 50, Christian Dior veut “re-féminiser la femme” après cette période difficile. Preuve en est que OUI, la jupe (comme n’importe quel vêtement) s’adapte à la société, ses moeurs et ses évolutions.

Il imagine des robes avec des jupes cintrées à la taille. Les robes corolles sont ultra féminisées. On veut des femmes aux formes contrastées et charnues. L’intention est belle mais ce sera les grands débuts de la haute couture, de la prescription de tendances, des Maisons de luxe… tenues par des hommes et qui prescrivent aux femmes ce qu’elles doivent porter, ce qui est beau pour et sur elles.

La robe corolle par Christian Dior
L’arrivée de la mini-jupe dans les années 60

Les années 60 seront marquées par un tout nouveau modèle de jupe qui fera grand bruit et beaucoup parler… encore jusqu’à maintenant 😉 : la mini-jupe (oui, celle que Coco Chanel trouve si saaaale). Dans le livre de Bard, on apprend d’ailleurs que Mary Quand est bien LA créatrice de la mini-jupe, celle-ci datant de 1955 même si elle sera réellement popularisée durant les 60’s. Courrèges (celui qu’on estime créateur de la mini-jupe en France), ne l’incorporera à ses créations qu’à partir de 1964.

Mary Quant


A elle seule, la mini-jupe cristallise alors bien des paradoxes :

  1. En dévoilant les jambes des femmes et en leur laissant montrer plus de peau, sont-elles vraiment libérées ?
  2. La mini-jupe n’a-t-elle pas été simplement créée pour le regard masculin ? (on notera les premières pub américaines qui mettaient en scène des femmes en mini-jupe se faisant harceler dans la rue..)
  3. Le marketing qui entoure la mini-jupe est particulièrement violent : il faudrait remplir certains critères pour la porter (être grande, avec de longues jambes, être mince et aussi, être jeune !)

Sans étonnement, cette mini-jupe apparaît en même temps qu’une autre tendance qui va s’accroître au fil du temps : les régimes. En 1963, c’est le début de Weight Watcher aux Etats Unis : les femmes se doivent de mincir.  La symbolique est également forte : on hypersexualise les jambes dès qu’on cherche à la vendre, tout en surfant sur une image de femme-enfant Lolita.

Les premiers avant/après Weight Watcher 

Tout cette période sera marquée par un fort questionnement sur la tenue des femmes et sur la façon dont il serait légitime de limiter leur accoutrement. Bard revient d’ailleurs sur le cas très intéressant de Noëlle Noblecourt, licenciée en juin 1964 et dont le (faux) prétexte fut qu’elle aurait dévoilé ses genoux à la télévision !

Noëlle Noblecourt raconte <

Car sans étonnement, en 1960, le slut-shaming* et les idées puritaines autour de la jupe vont bon train. Durant la décennie, les policiers insinuent que la porter serait une manière de tenter le “mâle”, dans la rue. On s’interroge également sur le fait de pouvoir en porter à l’école. Oui, les garçons se pliaient également à certaines contraintes (interdiction de porter un blouson noir, d’aborder les cheveux longs) mais cela s’inscrivait dans une logique élitiste  – qu’on peut désapprouver, certes – (ça fait trop “rebel” etc).
 (*le fait d’être traité d’allumeuse si on porte une jupe et tout l’imaginaire qui incite à penser que ce n’est qu’en portant des jupes qu’on se fait agresser et qu’on l’aura par conséquent, bien mérité. lolilol)  

Pour les femmes, c’est encore une question d’hypersexualisation, de leur corps qu’on objectifie, du fait de dire qu’elles aguicheraient etc. On notera aussi que les débats actuels autour d’une  “renonciation” à porter des jupes en 2000 (on reviendra là-dessus) ne sont donc que la suite de débats qui existaient déjà il y a maintenant plus de 50 ans.
L’influence des féministes radicales sur le vêtement 
Durant ce fameux “bra-burning” dont je te parle ci-dessous

Dans les années 70 d’ailleurs, alors que les mouvements féministes radicaux s’intensifient (et nous reviendrons là-dessus, là encore), beaucoup de militantes rangent la jupe afin de ne porter que des pantalons (dont la symbolique est forte là aussi, comme je l’ai expliqué précédemment). Cette initiative met d’ailleurs en lumière un certain nombre de questions:

    1. Faut-il dévaloriser le genre féminin et ne vivre qu’à travers le prisme du genre masulin ?
    2. Est-ce que “l’empowerment*” passe forcément par une “virilisation” du genre féminin ?
    3. Faut-il légitimer à ce point le genre masculin, lui donner encore plus d’importance et se plier à ses normes ?
*essayer de se réapproprier une partie du pouvoir pour pouvoir réussir à s’émanciper et se libérer de ses oppressions

Ce n’est pas la première fois que les féministes militent au sujet d’un vêtement. Le soutien-gorge, a lui aussi, suscité beaucoup de question. D’ailleurs, elles ne l’ont pas brûlé, comme on aime le raconter : des féministes américaines ont jeté des tas de soutien-gorge avant le début d’un concours Miss America. Cette prise de position a bien évidemment été perçue comme inutile, parce que les vêtements, hein, c’est secondaire :
« Le braburning, ce non-événement, va servir la cause anti-féministe. Il sollicite l’imaginaire de l’enfer et de la sorcellerie, mais surtout il ridiculise les militantes. Leur cause paraît bien triviale quand tant de problèmes graves préoccupent la planète… Et leur geste indécent parce qu’il exhibe ce qui doit rester caché. Ce n’est pas la première fois que le féminisme se trouve ainsi déprécié par sa réduction à un problème vestimentaire.. »


Le triomphe de la glamourisation : l’exemple du girl power

 

L’ouvrage se poursuit ensuite sur le “girl power“, un phénomène culturel reprenant les codes du féminisme. Basé sur différentes valeurs (“be yourself”, “self confidence” etc), ce courant reprend des éléments souvent perçus comme issus de la domination patriarcale pour les détourner (hypersexualisation revendiquée comme le droit à disposer de son corps en tant que femme émancipée etc).

Plusieurs personnalités vont y être associées : Madonna, icône de la pop music notamment dans les années 80 qui essayait, par son comportement sulfureux, de se démarquer de sa famille catholique ultra religieuse et puritaine.

Mais surtout, dans les années 90, les Spice Girls, une bande de copines montrant leur nombril et portant des jupes arrivant sous les fesses. Jouant sur la provoc en prononçant parfois des jurons, très je m’enfoutiste, leurs tenues ne passent pas inaperçues. Leur argument ? Un besoin de s’habiller comme elles veulent, pour elles, et se moquant du regard des garçons dont l’avis sera toujours secondaire comparé à leurs “besties”.

C’est le triomphe de la glamourisation, des apparences sexys présentéds à outrance pour en faire un signer de pouvoir, agressif à l’oeil, ouvertement gueulard. 

Dans une autre forme de “girl power” arrivée bien plus tard, on peut également prendre le cas de Ségolène Royal. Durant toute sa campagne aux présidentielles, les remarques sexistes à son sujet ont eu bon train. Il est vrai que nous sommes habitués à ce genre de jugements quand on parle des femmes politiciennes : on s’arrête sur leur physique, sur leur tenue (Edith Cresson, femme 1er ministre dans les années 90 en a fait les frais), on présente leurs réunions comme des “déjeuners entre copines”, les femmes sont facilement jugées, raillées, moquées sur autre chose que leurs positions politiques.

Certaines d’entre elles choisissent d’arborer un style “neutre”, ce qui signifie en fait un look ressemblant plutôt à ce que porte le genre masculin. L’arrivée de Ségolène Royal va amener un vent nouveau : celui d’une féminité revendiquée qui semblait pourtant inadéquate avec la notion de pouvoir.

On remarque depuis que, de plus en plus de femmes qui abordent des sujets sérieux dans les médias ou en politique font ce choix, celui de porter des jupes sans honte ni peur des regards. 

  1. Est-ce parce qu’une femme “agréable à regarder” vend plus ?
  2. Est-ce parce qu’on légitime de plus en plus le fait de pouvoir être ouvertement féminine ?
  3. Prend-on enfin au sérieux les femmes, même en talons hauts et maquillées ?
Les années 2000, renonciation de la jupe ?
Cet angle historique du sujet pris par Bard découle peu à peu sur le fait que ces revendications s’est transformé dans les années 2000 (voire plus tôt?) à une impossibilité à pouvoir porter des jupes pour les jeunes femmes:
  1. A cause du harcèlement de rue
  2. A cause d’une dépréciation encore existante du genre féminin 
  3. A cause du slut shaming
La jupe portée à l’école serait devenue particulièrement rare. On n’oserait plus la porter, ni même l’assumer dans la rue. Les femmes auraient peur et y renonceraient. Et Bard décide donc de se pencher sur cette renonciation et surtout, s’il y a bien une renonciation de la jupe ou si elle n’est qu’un mythe.
  • Stratégies, symboliques et enjeux : la jupe vue par les adolescentes

Ce qui me frappe le plus dans la manière de raconter le port de la jupe, c’est que l’autrice montre à maintes reprises que ce sont des choix conscients. Même quand cela s’inclut dans le quotidien, dans une norme de genre, on peut voir que la jupe fait parler, questionner mais qu’aussi, les femmes qui la portent savent l’adapter en fonction des situations.

J’aime beaucoup ce rappel parce qu’il est pour moi une manière de comprendre que le fait d’être socialement dominée ne sous-entend pas forcément une aliénation qui empêcherait de se “déconditionner”, de se questionner ou de ne pas avoir conscience des enjeux. Et ce qui est amusant, c’est que cela s’éloigne un peu de la pensée de Pierre Bourdieu dans La Domination Masculine, qu’elle cite cependant pour appuyer certains élément de sa pensée.

Dabord, le fait que le corps de la femme ne justifie pas une position sociale comparée à l’homme: quand on regarde un corps féminin, on y cherche des traces de séduction, une invitation à être attirée physiquement. Pour Bourdieu, les femmes avaient intégré cette norme et sans, le vouloir, se montraient partisanes de ce mode de fonctionnement. Alors effectivement, nous intégrons implicitement des normes et nous nous y plions, parfois sans le réaliser, parfois par simple commodité, mais l’idée de Bourdieu balaye tout de même toutes les formes de réappropriation des codes du genre féminin par ledit genre… et aussi que les femmes elles-mêmes (comme le fait ici Christine Bard), voient parfaitement les paradoxes et problématiques des oppressions qu’elles vivent.
Si les femmes se plient parfois au fait de porter des jupes, c’est qu’elles n’ont pas le choix ni les moyens de refuser:
  1. Certaines entreprises imposent encore un uniforme et demandent aux femmes de porter des jupes, jusqu’à souligner que porter une jupe est une manière de représenter l’identité politique de l’entreprise voire la “femme à la française”. Rien que ça.
  2. L’autrice raconte même que dans une grande école prestigieuse, au moment de changer l’uniforme féminin il avait été demandé aux hommes comment ils préféraient voir les femmes habiller. Et ils avaient répondu.. la jupe, qui avait donc été conservée. Un comble !
Or, même si les femmes arrivent parfois à prendre sur elles pour porter une jupe “quand il le faut”, cette pression sociale ouvertement assumée amène à un véritable mouvement de résistance. Car cet habit reste profondément excluant puisqu’il met en lumière d’autres préjugés sexistes:
  1. Ne pas en porter, ce serait manquer de féminité, les butch par exemple, des femmes lesbiennes cherchant à s’éloigner du genre féminin se retrouvent donc immédiatement prises pour cible puisqu’elles ne répondraient pas aux diktats imposés (et en plus de ça, elles s’éloignent de l’hétéronomartivité dominante) : on est clairement dans une lesbophobie assumée.
  2. Porter une jupe, c’est souvent être contrainte à des regards et des remarques : il faudrait s’épiler, il faudrait être mince. Bref, il faut apporter un contrôle total sur son corps (un contrôle selon les codes de la masculinité)

Mais le fait de s’arrêter sur les “jeunes fille” pour avoir leur avis à ce sujet m’a beaucoup plût. Déjà parce que j’apprécie toujours quand on se penche sur la génération des adolescentes qui est une période de la vie complexe mais passionnante, mais aussi parce que leur avis et leur point de vue est intéressant et est souvent médiatisé pour être récupéré afin d’amener des propos plutôt puants.

 

L’angle choisi par Bard
Pour parler de la mini-jupe vue par la “jeunesse”, Bard va s’arrêter sur 3 points différents :
  1. La position de Ni Putes ni Soumises sur la Jupe 
  2. Le voile
  3. La jupe portée à l’école 
J’ai été un peu surprise de voir une si longue partie sur l’association NPNS même si les éléments sont tout de même bien contextualisés : on revient sur les événements tragiques qui ont amené à la création de l’association mais le “background” de l’association n’est cependant que peu relevé.
NPNS est souvent vu comme “the” association ayant mis en lumière ce que les femmes vivent au quotidien dans les cités: leur impossibilité à assumer la féminité qu’elle souhaite à cause d’un fort contrôle masculin voire une radicalisation religieuse des moeurs qui viennent influencer leur vie etc. Le propos est nécessaire et important, mais la manière dont il a souvent été présenté et relaté par les médias a été une véritable récupération politique cherchant à stigmatiser les cités:
  1. Le sexisme n’existerait plus que chez les pauvres car ils seraient moins éduqués
  2. D’ailleurs, ce serait les gens des cités (cf: les hommes noirs et les hommes arabes) qui seraient sexistes
Christine Bard souligne cette vision profondément classiste et raciste en rappelant que Fadela Amara avait plusieurs fois rappelé que c’était “partout pareil”. A juste titre.
Cela me rappelle d’ailleurs Clémentine Autain qui avait souligné à la télévision (face à Elisabeth Levy) que les “tournantes” ne se passaient pas que dans les caves des cités mais aussi dans les rallyes mondains, les écoles militaires, les lycées agricoles et que les premiers viols collectifs médiatisés dataient des années 60, à l’époque des blousons noirs.
Je m’interroge donc sur la pertinence à parler si longuement de Ni Putes ni Soumises alors qu’il n’y avait pas forcément besoin de ça pour traiter le sujet. Le fait de vouloir souligner que porter la jupe devient un acte assumé voire militant dans l’espace public est fondamental, mais ici, il est totalement occulté par une association pas toujours très éthique, avec un discours qui a su bien se vendre et nourrir l’islamophobie et le mépris des classes populaires.
Et si tu veux, c’est cadeau. 


Le cas du voile 
Une affiche éditée par le 5ème  
bureau d’action psychologique de 
l’armée française (1957- 1960)
Bard poursuit ensuite son travail en se demandant justement quelles alternatives existent face à la jupe. Elle parle alors du voile. J’ai été un peu surprise par ce choix puisque pour moi, il alimente une distinction factice et essaie de trouver un rapport entre deux vêtements différents. Je trouve que la déconstruction du discours politique autour du voile est un peu occulté, d’ailleurs.
Le discours est nuancé, ça je ne dis pas le contraire. Bard prend plusieurs pages pour expliquer que dans certains pays, le voile se porte très bien avec un pantalon. Dans d’autres, cela est formellement interdit et on imposera le voile avec une jupe longue. Elle montre à quel point, on en revient à la même chose : d’autres diktats, de nouvelles formes de contraintes en fonction des valeurs d’un pays.
En France, un pseudo-athéisme, un faux regard laïque incapable de remettre en question l’organisation structurelle et coloniale de sa politique va décider d’imposer son emprise aux femmes voilées.
Pour plus de libertés, on se met à exclure, à museler la parole des concernées, on rejette. On oublie que le fait de vouloir “dévoiler” les femmes s’inscrit dans une stratégie de propagande coloniale durant la Guerre d’Algérie (“Dévoilez-vous!”). Et surtout, on oublie que le sexisme systémique en France est une résultante d’une histoire chrétienne, de l’empreinte du catholicisme sur les valeurs du pays. Il n’y a pas besoin de signes ostentatoires religieux pour que la religion perdure.
L’Europe semble visiblement rechigner à remettre en question le poids de sa christiannisation de la sécularisation du corps féminin en Occident et en Europe.
 
Mais, il n’y avait pas besoin de prendre le voile pour parler de tous les paradoxes français! On l’a bien vu avec ce fait d’actualité datant en  2015 : une jeune musulmane s’est vue refuser l’entrée de son école à cause de sa jupe longue, jugée comme un “signe ostentatoire religieux”. Le livre de Bard date de 2010, mais les jugements sur les vêtements des femmes non blanches et musulmanes dépassant les critiques sur le voile datent tout de même d’un moment.

« J’aimerais vraiment qu’on arrête de se faire une idée de la femme à travers l’habit qu’elle porte. »,
« Selon moi, le féminisme consiste à défendre la liberté de choix de la femme, quel que soit le choix qu’elle a fait. »
Bard revient sur des arguments fondamentaux :
  1. La récupération totale et constante de la parole des concernées, le fait que les rares endroits où elles peuvent s’exprimer se passent dans des lieux hostiles, de dominants, ultra contrôlés qui ne donnent pas envie aux intervenantes de débattre sur le sujet.
  2. L’essentialisation des femmes voilées rattachées à tous les mouvements extrémistes musulmans, vu comme un groupe “uni” à travers le monde entier.
  3. Le fait que beaucoup d’hommes expliquent trkl pépouz ne pas aimer le voile car cela montrerait que la femme est ouvertement “indisponible” (OBVIOUS SEXISM RIGHT HERE)
Mais jouer à cette opposition voile/jupe est, à mon sens, dommage.
 « Ces vêtements véhiculent également des visions du genre et de la morale sexuelle, mais il faut sur ce point avancer avec prudence : souligner la diversité de significations du voile pour celles qui le portent, dire que l’amalgame entre voile et burqa n’est pas admissible, ne pas se laisser berner par le « choc des civilisations »
Mais alors, faut-il porter une jupe ou ne pas en porter? 
  1. D’un côté les femmes racisées musulmanes qui n’en porteraient pas sont jugées comme non désireuses de s’intégrer.
  2. De l’autre côté, les filles portent bien moins de jupes qu’avant, preuve en est que le fait d’en porter n’est pas forcément approuvé par la société !
Pour expliquer ce “non-choix” par les jeunes filles, Bard raconte l’histoire d’un éducateur venu parler au sein d’un établissement scolaire avec des adolescentes de pourquoi elles ne voulaient plus porter de jupes. On se rend vite compte que cela n’est pas forcément dû à un détachement du genre féminin mais plutôt à une impossibilité d’en porter :
  1. Les comportements sexistes se banalisent (insultes verbales, agressions sexuelles loin des regards)
  2. Les jeunes filles ne se sentent, par conséquent, pas en sécurité
  3. Le rappel à l’ordre et la “décence” touche plus marginalement les hommes, la grande question de la vulgarité concerne ce que porte les femmes (ce sont leurs vêtements qui sont le plus souvent traités dans les règlements scolaires et on en vient même à leur demander d’éviter de s’habiller d’une certaine manière pour ne pas perturber les garçons)
  4. Les jeunes filles en viennent donc à moduler leur quotidien par rapport à ce qu’elles portent et inversement.
  5. Le fait d’avoir amené un éducateur à l’école pour en parler a été tourné en dérision, perçu comme un faux problème, du “faux-sexisme” : comme d’habitude, parler des vêtements portés par les femmes semblent quelque chose de très secondaire.
«  L’hypocrisie demeure : être sexy, c’est bien et c’est mal en même temps. Comment faire un peu « tepu » mais pas trop ? Ces injonctions contradictoires, ces nuances subtiles sont difficiles à gérer pour les jeunes filles à la recherche de leur look. Si peu de centimètres séparent la minijupe de la micro-jupe…»
Au final, on se rend compte de toute la subjectivité qui entoure ce problème. La “décence”, la “vulgarité” changent en fonction des moeurs, des normes intégrées de chacun et de chacune… qui restent largement guidés par un regard masculin et hétérosexiste semblant avoir le dernier mot.
Enfin, Bard termine par parler du film “La Journée de la Jupe“, sensé traiter de ce problème. Un film, qui, comme il a été relevé à plusieurs reprises, se penche sur problème d’une manière particulièrement raciste: en effet, les personnes sexistes du film ne sont que des personnes racisées. La parole autour de la jupe se retrouve à nouveau instrumentaliser pour laisser place à des sous-entendus nauséabonds.. et à une énième séparation Orient/Occident.
On se retrouve alors face à un film qui semble se retrouver plutôt du côté des idées de féministes comme Elisabeth Badinter : le sexisme en Occident n’existe pas de la part des blancs, le problème vient des personnes racisées (ben voyons).
Dé-binarisation de le jupe ?
Tout ce propos s’inscrit dans une vision très binaire qui occulte les personnes transgenres. Bard en parle alors brièvement dans son ouvrage mais va surtout se pencher sur ce qu’elle appelle “la jupe au masculin“. Je ne vais pas pouvoir trop m’épancher sur ce sujet puisqu’il n’est pas forcément approfondi.
Bard explique que tout ce travail sur le port de la jupe par des personnes transgenres est difficile à faire, au même titre que pour les personnes appréciant de se travestir (elle ne compare cependant pas les deux, je précise) parce que ces personnes sont souvent pourchassées, jugées, et doivent se cacher.
La jupe “masculine”
Le styliste Marc Jacobs
Des exemples de jupes “masculines”, il y en a : Marc Jacobs par exemple, durant ses défilés. Cependant, quand on parle de vêtement mixte (par exemple), on a souvent eu tendance à supprimer la jupe. En effet, “mixte” signifie souvent que tout ce qui a attrait au genre féminin est oublié, pour ne laisser perdurer que les éléments propres au genre masculin, devenant neutre et universel (comme on a pu le voir avec les dernières collections “neutres” Zara).
Porter une jupe serait donc un signe de manque de virilité, une absence de masculinité qui serait péjorative. Ici, on est loin de parler des kilt, des soutanes ou encore des toges, qui restent souvent des vêtements “traditionnels”. Ou encore des jupes propres aux subculture (punk, gothique, grunge..) Mais, de plus en plus d’hommes (quoique cela reste rare), décident de revêtir la jupe afin de transgresser la vision conservatrice du code vestimentaire genré.
 


« Militant de la jupe masculine, Dominique Moreau juge les sociétés occidentales « intégristes sur les questions vestimentaires». Il reste encore à balayer les restes d’un imaginaire colonialiste qui opposait l’indigène et son vêtement « féminin », aux yeux des Occidentaux, au vêtement viril du colonisateur.  »

Ne pas porter une jupe pour un homme donc, irait au-delà du fait de se revendiquer homme mais plutôt un homme occidental.

« On peut dès lors comprendre la dimension identitaire et revendicative que peut prendre la robe masculine en contexte postcolonial. Elle peut exprimer une sorte de fierté des origines, et bien évidemment une réaction à la volonté d’assimilation.»


D’ailleurs, Bard interroge aussi des canadiens ayant une vision bien plus pro-féministe dans le fait de vouloir porter la jupe, et expliquant aussi que le fait de vivre au Canada où les gens sont moins conservateurs, facilitent ce choix.

Néanmoins, même parmi ceux revendiquant vouloir porter des jupes au quotidien, tous n’ont pas forcément une sensibilité au féminisme. Par exemple, Bard interview un créateur de jupes masculines et celui-ci passe alors un temps fou à vouloir expliquer qu’il n’est pas homosexuel et bien hétérosexuel mais aussi son sentiment de trouver dans le fait de se réapproprier un vêtement genré féminin une forme de pacifisme (comme si porter une jupe vous faisait magiquement devenir “doux”, parce que c’est un truc de filles).
Le fait de vouloir montrer que le genre est quelque chose de très brouillé et fluctuant permet également de bien cerner tout le problème des propos tenus par le créateur de jupes dans le paragraphe au-dessus. Pour lui, il n’y aurait que 3 choix possibles: on est soit totalement fille, soit totalement homme, ou un peu des deux. Or, le fait de vous approprier des vêtements genrés féminins ne vous ajoute pas un “côté fille”. Dire ça, c’est renforcer les stéréotypes de genre mais aussi renforcer sa binarité alors que le prisme du genre est très large.
La conclusion 

Enfin, l’ouvrage de Bard se termine par une conclusion que j’ai, personnellement, trouvé assez perturbante. Elle commence en expliquant que:

 « S’habiller n’est pas anodin. Le vêtement nous marque, nous étiquette. Les femmes et les hommes le savent, chacun à sa manière. La contrainte n’a toutefois pas le même poids ni les mêmes conséquences pour tous. »

… pour finir par cette phrase :

« Il n’y a pas d’équivalence entre la femme en pantalon et l’homme en jupe.» 

Effectivement, non, il n’y a aucune équivalence entre les deux. Mais je suis restée assez pantoise devant une telle fin qui, pour moi, n’avait rien à faire là-dedans. On parle de la jupe, on a passé notre temps, au fil des pages, à expliquer tout le poids de ce que les femmes vivent en la portant ou en ne la portant pas. On nous a même expliqué que de manière générale, jupe comme pantalon, cela reste dans un schéma de domination masculine.
On nous a d’ailleurs expliqué que le non-port de la jupe par les hommes étaient, au final, un refus de s’abaisser à ressembler à une femme puisqu’il n’y a aucun intérêt (aussi bien politique que social) à se mettre à leur niveau. On nous présente également quelques hommes qui portent la jupe en Occident, là où cela est rare, et qui semblent plutôt bien le vivre (& qui sont sacrément sexistes comme le fameux créateur de jupes).
Bref, en porter pour un homme cis est rare, mais cela ne semble pas en faire souffrir beaucoup, à la différence des personnes transgenres par exemple, donc le cas n’est pas plus développé que ça à l’intérieur de l’ouvrage.
Et de manière assez surprenante, Bard décide que s’il y a bien un cas sur lequel il faut se focaliser c’est celui… des hommes. Il est décidé que le port d’une jupe pour une femme qui est quand même quelque chose de fréquent (même si beaucoup de femmes n’osent pas en mettre) et qui peut amener à un harcèlement de rue décomplexé, est une problématique secondaire au regard des hommes qui ne peuvent pas en porter.

Enfin, pun autre extrait a retenu mon attention :

 « Certaines l’ont fait et le font encore en prenant des risques : la jupe sexy peut être interprétée comme un signal de disponibilité sexuelle et celle qui la porte, « pute », « salope » ou « allumeuse », peut en conséquence être punie par la violence et le déshonneur. Il serait absurde de nier pour autant que des femmes cherchent à provoquer ainsi l’excitation du voyeur et qu’elles y trouvent du plaisir. Des pans entiers de la culture dominante les incitent d’ailleurs à le faire, mais le passage à l’acte n’est pas un long fleuve tranquille. Le problème n’est pas la jupe : les violences sexuelles seraient-elles moins nombreuses si les femmes étaient toutes vêtues de sacs en toile de jute ? » 

Je reste un peu surprise face à l’évocation de ce mythe : celui de la femme allumeuse. Ce mythe me rappelle celui du “détraqué prédateur” incapable de contrôler sa libido : on n’en connait pas vraiment, mais selon les dires des gens, il y en aurait qui court. Des femmes séductrices j’en connais, des mecs qui voient les femmes comme des proies aussi. Mais ces 2 extrêmes (allumeuse VS prédateur incontrôlable) sont, selon moi, des mythes. Bard finit par rappeler  que cela ne justifie pas les agressions sexuelles; mais était ce pertinent de parler des femmes aimant séduire ainsi, comme des allumeuses ?
Si la tenue ne veut rien dire, pourquoi laisser perdurer ces mythes sexistes dont on essaie de se détacher avec vigueur? J’avoue être restée un peu interloquée face au choix de ces mots (et je le rappelle, les mots sont importants) et je m’attendais, compte tenu de la certaine rigueur de l’ensemble de l’ouvrage, à un propos plus nuancé plus subtil et clairement moins racoleur.
  •  Mon avis après la lecture de l’ouvrage 
Etant passionnée de mode et de féminisme, j’étais déjà particulièrement sensible à certains sujets abordés et je n’ai, globalement, pas appris grand chose en termes de symbolique (même si historiquement, j’ai appris beaucoup). Le fait que porter ou ne pas porter de jupe reste toujours un enjeu politique et social, est vu favorablement ou défavorablement était intéressant. Les allusions au harcèlement, slut-shaming et injonctions aussi.
Comme j’ai expliqué, certains sujets auraient pu être laissés de côté car sans pertinence au sein de ce bouquin même s’ils renvoient à l’actualité.. je pense qu’il aurait fallu un peu plus déconstruire tout le discours autour.
Par contre, j’ai compris qu’il y avait un mythe fort autour du fait de “s’être battu pour porter des mini-jupes” qui n’est pas spécialement vrai. Personne ne l’a défendu, personne ne l’a légitimé, bien au contraire (et c’est pourquoi elle est encore souvent mal vue). C’est un simple faux-argument qu’on balance à sa guise pour servir un discours islamophobe.
Même si j’ai été un peu moins enthousiaste dans ma lecture lors de certains passages, c’est un livre que je conseille car il reste très bien documenté et avec pas mal de références. Et je pense qu’il est également important de l’étayer par des lectures complémentaires plus généralistes (par exemple des ouvrages sociologique sur la mode, les tendances et les femmes, de manière générale etc.).

7 Comments

  1. La Jeune Etudiante

    30 avril 2016 at 23 11 05 04054

    Depuis quelque temps j'avais vu sur twitter que tu voulais reparler de la jupe et je t'avoue que j'attendais beaucoup cet article. Bref, quand j'ai commencé ma lecture, rien qu'au, premier paragraphe un grand OUI a été hurlé dans mon cerveau, ” c'est quasiment devenu un acte militant “, mais, totalement. Quand on voit tout ce qu'implique le port de la jupe, quand on me demande pourquoi je continue d'en porter la première réponse qui me vient à l'esprit c'est: “pour faire chier tous ces cons qui sous prétexte que j'ai une jupe partent du principe que j'en deviens sifflable, insultable et pas respectable.” Puis merde, j'ai envie de porter une jupe, pour un tas de raisons, je vais certainement pas arrêter d'en mettre pour un tas de cons! Oh!
    Bon je ne vais pas reprendre point par point tout l'article, de toute façon ça reviendrait juste à de la redite pour finalement dire que je suis d'accord avec toi… on a vu plus pertinent ^^
    Pour faire court, j'ai beaucoup aimé cet article et je trouve intéressant le faite d'avoir pris comme base la lecture d'un livre. D'ailleurs, je viens d'aller vérifier, ce livre est disponible dans la BU de ma fac dès la semaine prochaine je vais aller le chercher tiens. J'avoue que les citations de la conclusion m'ont beaucoup intrigué, j'ai bien envie d'aller lire tout ça et de voir ce que je peux en penser à la suite d'une lecture complète. Je voulais d'ailleurs te demander, tu dis à la fin d’étayer la lecture de ce livre par d'autres ouvrages sociologiques tournés sur la mode etc, je voulais savoir, tu en aurais pas quelques-uns à me proposer par hasard. J'aimerais beaucoup enrichir un peu mes connaissances sur tout ça d'un point de vue un peu plus “scientifique”.

    Pour en finir avec ce pavé, quand je suis arrivé à l'histoire du règlement dans le collège à la suite d'une agression, j'ai failli vomir, sans déconner je suis resté bien 30 secondes devant mon ordi en mode “MAIS C'EST QUOI CE MONDE BORDEL?”. Bref, merci pour ton travail Sophie.

    Alice.

  2. Buffy Mars

    9 mai 2016 at 8 08 12 05125

    Hello Alice, merci pour ton commentaire 🙂
    Pour ce qui est de la mode, je te conseille tous les livres PUF “Que sais-je?”
    Celui sur la mode, celui sur la sociologie de la mode et celui sur les tendances sont vraiment pas mal !

    A très vite 🙂
    Sophie

  3. jo rwa

    12 mai 2016 at 13 01 21 05215

    Vive les jupes et les shorts. Sans réel rapport mais les hommes devrait être autorisé à porter un short au travail

  4. Plastic Fizz

    25 mai 2016 at 12 12 42 05425

    Aaah, merci pour cet article !
    Tou·te·s en jupes o/

    Comme toi j'aime bien mettre des jupes parce que je ressens une sorte d'injonction de la société censée me pousser à porter des pantalons dans l'espace public, et le fait que je porte une jupe c'est un peu faire de la résistance contre l'ordre établi (rebelZ inside) !

    Par contre, je résiste aussi contre la norme de l'épilation, mais là c'est super dur de s'afficher publiquement avec assez de confiance en soi pour assumer pleinement… :-/
    (j'y arriverais un jour, j'y arriverais)

  5. Anonyme

    1 juin 2016 at 9 09 39 06396

    Salut Buffy Mars !
    Première fois que j'atterris sur ton blog.
    J'ai trouvé ton article super intéressant. Le seul point qui me chiffonne c'est qu'il n'est pas fait mention de la praticité du vêtement dans notre choix de nous vêtir. Personnellement, si je porte des pantalons (et des chaussures plates) c'est parce que c'est bien plus pratique pour courir ou grimper. J'ai l'impression que mon choix de vêtements est affranchi de toute cette symbolique genrée. Je dis bien l'impression, hein, parce qu'on m'a bien dit petite que j'étais “garçon manqué”.
    En tout cas, merci pour ton article et je continue à me balader sur ton blog 😉

  6. Lunjei Teohmacl

    9 septembre 2016 at 22 10 04 09049

    Un grand merci pour cette article, je ne discute pas assez de ça au quotidien et du coup je ne suis pas trop au courant de “l'actualité”.
    Je ne savais pas trop comment faire bouger les lignes de démarcation homme femme, mais l'idée de porter la jupe est séduisante. Oserai-je vraiment le faire, faut le temps que ça murisse dans mon esprit. En tout cas avant ce soir je savais pas que quelques uns avaient commencé à le faire. (même si c'est très marginal, ça ne change rien)
    Ho je me doute bien que je m'exposerai a des critiques démesurés. Mais pouvoir casser la gueule à des connards sans se sentir coupable, ça n'a pas de prix. Je ne suis pas terminator non plus, y a plus de chances que je me fasse rosser (voire pire) si je tombe sur un groupe. Mais bon j'arriverais bien à en choper au moins un.
    Enfin… j'ai matière à réflexion pour le moment.

    D'autres l'on déjà dit avant moi, mais le problème ce n'est pas le vêtement (en théorie) que porte les femmes, le problèmes vient des hommes et de leur bites.
    Comme tu l'as déjà évoqué, des règlements sur le code de conduite de la femme en société, y en a des kilomètres, mais si celui des hommes est plus court et plus implicite finalement y a pas grand chose (voir rien) qui vient interdire les hommes de réprimer les femmes selon leur vision du moment.

    Je ne pense pas aussi que quelque soit la longueur de la jupe puisse régler le problème. On le voit bien, la burka, la minijupe, les décoltés tout ça, ça choque.
    La nature du vêtement ne fait que changer le discours de ceux qui veulent voir la femme comme un territoire soumis. Et il y a tellement d'autres facteurs sociaux qui rentrent en compte, alors donc que faire?

    Revendiquer le droit de vous habillez comme vous en avez envie, me parait aussi plus juste que tout autre chose comme tu le fait.
    Reste plus qu' à convaincre “mes frères” de cette nécessité. Et en effet “c'est pas gagné et jamais acquis” comme a dit une écrivain célèbre dont j'ai oublié le nom. (elle ne l'a pas dit exactement comme cela, mais c'est l'idée ^^)

  7. Ouvrages universitaires sur la mode : que lire? – Buffy Mars

    21 août 2017 at 10 10 32 08328

    […] références à piocher pour étoffer ses lectures. Il y a plus d’un an, j’avais écrit un article sur “Ce que soulève la jupe” : depuis, j’ai remanié mon article et ai nuancé […]

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