Féminisme, second degré et je m'en foutisme

L’idée de cet article m’est venu suite à la vidéo d’On Vaut Mieux Que Ca. Comme vous le savez, j’apparais dedans et il y a dans le décor juste derrière moi, ma fameuse tasse “Male Tears” qu’on retrouve également dans mes vidéos depuis peu. C’est un de mes amis qui me l’a offert, amateur d’humour un peu cynique, qui savait que j’avais très envie de l’avoir. L’occasion parfaite de faire un cadeau adapté à ma petite personne pour mon anniversaire. Globalement, la plupart des gens n’ont même pas remarqué la tasse, ou pas au point d’en faire un commentaire. Mais certaines personnes ont décidé qu’il était capital de s’y attarder. Trouvant que cette tasse était l’occasion parfaite pour s’interroger sur mes réelles motivations à être féministe et sur l’honnêteté dans ma démarche.

Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Je suis la première à trouver ça drôle d’écrire dans ma bio Twitter que je suis une méchante misandre et à faire des “points féminazies” quand je sais que mon propos va ramener tous les white cis het male désireux de m’expliquer que je dessers ma cause. Et si j’ai décidé de changer mon logo pour un macaron rose pipou avec écrit dans une typo cute “Misandre”, c’était totalement pour rester dans cet esprit. Peu importe si cela pouvait perturber les nouveaux visiteurs.

Justement, même. 

Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que cet humour cynique quand je parle de féminisme, je commence à pleinement l’assumer. Et que je vois bien ce que cela peut engendrer. Quand OVMQC a commencé à faire parler dans les médias, des sites d’info ultra mainstream comme Libé ont jugé qu’il était pertinent de linker vers mon blog lorsqu’ils m’évoquaient*. Je me suis retrouvée avec tout un tas de nouveaux lecteurs et de nouvelles lectrices (même si ce sont des hommes, surtout, qui ont décidé de me certifier de leur présence).. et comble de l’ironie, l’un des articles présents sur la home page mettait en lumière mes positions féministes. Que je définis moi-même comme radicale.
Forcément, pour des novices en féminisme (ou des gens complètement réfractaires à ce courant), mes positions sont mal passées. Et je crois que comme d’habitude, on aurait pu faire un bingo des arguments que j’ai reçus. Le fait est qu’il y a quelques années, j’aurai essayé de lisser mon propos, de l’enrober et de rassurer mes congénères masculins sur le fait d’apprécier les hommes, qu’ils n’étaient pas tous à mettre dans le même panier et blablabla. Maintenant, disons le crûment je m’en tape un peu beaucoup les ovaires.. et je dis les choses comme je les pense.
* Je juge pas la démarche hein, je ne m’y attendais juste pas.

Et si je peux rajouter une petite couche de sarcasme par dessus le marché, je ne m’en prive pas.

Slate a écrit un excellent article sur ce sujet où il qualifie cette approche de “misandrie ironique“. J’ai beaucoup apprécié l’expression, qui me semble ici totalement adéquate. Face à des jeunes femmes essayant de mettre en lumière leurs idéaux féministes sur la toile dans un espace qui est très largement monopolisé par les hommes notamment quand il s’agit de politique, il a fallu apprendre à se protéger. Et je pense qu’en termes d’armes, on a fait bien plus violent que l’humour acerbe. Ce que pratiquent certains masculinistes comme le cyber-harcèlement, le troll, les insultes sexistes ou même les menaces de mort/de séquestration ou de viol sont quand même à un niveau au-dessus. Pourtant, à chaque fois, c’est de notre faute: parce qu’on serait agressive, parce que le fait de se “dévoiler” sur les réseaux sociaux et d’afficher nos idées seraient des arguments pour se montrer détestables envers nous (et encore je pèse mes mots).

Face à ça, nous avons décidé de répondre par la dérision. Nous avons décidé de nous soutenir entre femmes, de nous montrer enfin solidaires et d’être peut-être “girl power” à fond mais au moins, nous nous soutenons ensemble face aux multiples attaques auxquelles nous faisons face quotidiennement. Nous avons décidé d’avoir un train d’avance et de balayer d’un revers de la main ces insultes répétées. Et nous avons fait un choix : celui de nous les réapproprier pour nous en moquer sciemment. Et on peut dire ce qu’on veut, que nous sommes agressives et immatures, je trouve que nous gardons la tête froide et un maximum de recul vu tout ce qu’on se prend sur la gueule.

Nous avons décidé d’aller encore et toujours plus loin dans l’humour noir, de tomber parfois dans le cliché grotesque du complot féministe illuminati qui semble faire fantasmer un bon nombre de mecs. Toujours plus loin, toujours plus voyant, juste pour montrer la stupidité d’une telle idée, celle de nous considérer comme des haineuses d’hommes voulant régner sur le monde tout simplement parce que nous sommes bien décidées à poursuivre notre lutte et à vous retirer vos privilèges.
On pourrait dire que cette démarche est trop “underground” pour être comprise par la grande majorité des gens. Qu’il faut en saisir les codes pour la déceler et que c’est dommage. Je confirmerai ce que dit un des passages de l’article de Slate: qu’on soit homme ou femme, il suffit d’avoir une sensibilité féministe (même complètement apolitique, dans le sens le plus général du terme), pour comprendre que nous en blaguons. Ceux et celles y voyant quelque chose de sérieux ne cherchent qu’à nourrir les préjugés qu’ils ont déjà sur le mouvement féministe.

Et les féministes ont décidé d’arrêter d’être toutes sages et gentilles comme si elles vendaient un produit marketé. Pour une fois, elles font comme bon leur chante.

On pourra nous dire que cette tactique est dangereuse, que comme d’habitude elle dessert notre cause et met tous les hommes dans notre panier. Ces arguments appuieront encore et toujours notre propos, puisque ces opinions-là, nous les entendons déjà constamment pour dire que nous “voulons aller trop vite”, que notre désir d’égalité et de justice est une utopie et qu’au final, nous sommes trop peu délicates avec les hommes.
J’ajouterai simplement que l’humour est un instrument politique qui peut être aussi bien oppressif que libérateur. Autant il existe bien des féministes profondément racistes et excluantes, ayant décidé de mépriser certains groupe de femmes; autant les féministes misandres ayant muselé les hommes et leur parole dans l’espace public sont littéralement absentes et simplement présentes dans votre ego, à chaque fois qu’on vous envoie bouler parce que vous avez cru bon de donner votre avis sur tout et pour tout.
Quand on entend pour la énième fois une chanson ou une blague profondément sexiste, on nous explique que c’est un “personnage”, un “rôle qui sert à dénoncer” et on nous explique que nous sommes des vilaines bien-pensantes sans humour. On préfère applaudir une subversité et un pseudo-humour qui ne faisait déjà que vaguement sourire il y a 50 ans et remettre en question notre humour, nos blagues qui, elles, s’inscrivent dans une génération plus moderne, plus désireuse d’émancipation et ayant émergé avec la pop culture et la culture Web.

On préfère dire que nous sommes gênantes, que nous mettons mal à l’aise et que nous faisons mauvaise impression,  avec nos gif à base de bites et nos gâteaux en forme de vulves. Tant mieux. Nous continuerons à appeler les choses comme elles sont, à parler de cette société sexiste où les hommes restent privilégiés parce qu’ils sont simplement hommes. Nous continuerons à refuser d’ajouter “certains hommes sont bons & gentils” à chaque fois pour ne pas faire de généralités pour ne pas vous froisser. Nous continuerons de dire que la priorité est de sensibiliser et d’intervenir auprès des femmes, même si elles intègrent aussi le sexisme, parce que ce sont elles qui subissent encore et toujours cette oppression.
Nous continuerons de refuser de dire que vous êtes différents car vous n’avez jamais harcelé, violé ou que sais-je comme si vous méritiez une médaille alors que c’est tout simplement normal et qu’un comportement sexiste n’a pas besoin d’être aussi violent pour exister. Nous continuerons de refuser de vous rassurer sur votre comportement dès que vous vous sentez visés par nos propos, alors que si vous vous sentez visés, c’est qu’il y a peut-être une raison. Nous continuerons parce que c’est ainsi, en montrant que tous les hommes sont concernés, que nous vous ferons revoir votre comportement, même ce qui vous semble anodin.

Et on a peut-être de l’humour mais cette fois-ci, on rigole plus.
Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.
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Written by Buffy Mars
Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.