Et toi, il ressemble à quoi ton féminisme?

On pourrait facilement dire qu’il y a autant de féminismes qu’il y a de féministes. Il y a toujours ce côté un peu idéalisé où on croit que les féministes sont un bloc uni de filles copines pour la vie.

Bah, non.

 

Le féminisme est un ensemble d’idées, avec différents bords politiques, des points de vue variés et parfois carrément opposés. Souvent, on me demande où je me pose sur cet échiquier. Ce qui est logique, au fond, puisque c’est une question importante. Alors aujourd’hui, je vous en dis plus. Je vous explique tout. Et vous pouvez être d’accord ou non, les faits resteront les mêmes : voici mes positions à ce sujet.

Je suis féministe radicale :

C’est un terme qui fait peur aux premiers abords, parce que quand tu entends radicale, t’es tout de suite en train de te dire « oulala, c’est une extrémiste » alors qu’en fair… bah non. Je suis juste radicale. C’est-à-dire que mon féminisme s’inscrit dans une approche où on essaie de voir les mécanismes d’oppression en profondeur et qu’on considère qu’ils sont ancrés dans un système et qui est plutôt un féminisme de gauche.

C’est-à-dire que, pour moi, il n’existe pas de « sexisme inversé » ou une misandrie s’inscrivant dans un système. Tout comme je ne crois pas au racisme anti-blanc, à l’hétérophobie, etc. Non, en tant qu’homme tu ne souffres pas du sexisme. Effectivement, la “masculinité hégémonique” a créé un idéal masculin qui serait celui de l’homme viril, qui ne pleure pas, insensible et autoritaire, ce qui impose une forte pression sociale. Mais dans les rapports H/F, ce sont des valeurs permettant de rester dans le rôle du “dominant”. Les normes auxquelles vous devez vous plier restent quand même des normes où vous êtes en position de force. Elles restent bien plus « faciles » à vivre, et elles vous permettent de garder l’ascendant. Alors oui, d’accord, même en ayant le « meilleur » rôle dans cette société sexiste, il y a des désagréments. Je les entends. Mais au final, quand tu regardes dans une perspective globale, ce sont juste quelques éléments. Ca ne s’inscrit pas dans un système défini(je vais revenir là-dessus d’ailleurs). Et donc oui, toi aussi tu vas subir des pressions sociales. Mais fondamentalement, c’est pas toi qui es écrasé par ce système sexiste.

Pour moi, le sexisme est une oppression qui est imbriqué dans un système qu’on appelle le patriarcat. La société dans laquelle on évolue actuellement est une société qui a été créée par et pour les hommes, où ils bénéficient de privilèges. Où les contraintes et les problématiques liées à mon genre sont tout simplement occultées, balayées, ignorées et méprisées. On parle alors d’oppression systémique, ce sexisme est légitimité par les institutions.

Tu peux me dire « Not all men », « stop les généralités » « moi j’ai jamais battu/frappé/harcelé » (encore heureux !) et tout ce que tu veux, je te répondrai que ça ne résout en rien le problème et que même si tous les hommes ne sont pas sexistes, toutes les femmes ont déjà subi le sexisme.  Et tout comme dans le féminisme « en général », il y a également des tas de courants différents dans le féminisme radical. Et là encore, ils sont extrêmement opposés. Alors voici mon point de vue, qui n’engage que moi, je le rappelle.

Au sujet du white feminism et du féminisme intersectionnel :

Il existe bel et bien un féminisme trop souvent mis en avant, n’incluant pas assez toutes les problématiques liées aux femmes et qui méprisent une approche plus intersectionnelle. Je sais que ça a l’air d’agacer certaines féministes dites “mainstream” mais il faut le rappeler. Ce féminisme excluant est largement perpétué par ce qu’on appelle le féminisme blanc (même si les deux – féminisme excluant & white feminism – sont 2 termes différents). C’est un problème à ne pas nier et qu’il est capital de prendre en compte. Les femmes s’exprimant dans les milieux féministes doivent être plus diversifiées et écoutées. Les femmes blanches hétéros cisgenres (dont je fais partie) n’ont pas à être les seules qui s’expriment ou celles qui sont constamment applaudies. Il y a d’autres vécus à prendre en compte et qui permettent d’apprendre, d’avancer et de comprendre que la femme est plurielle.  Pour ce qui est des Femen, j’estime qu’elles sont l’exemple même du féminisme excluant essentiellement blanc. Je suis contre le fait de dire qu’elles ne sont pas de « vraies féministes ».  C’est faux : elles sont féministes, mais un féminisme totalement opposé au miens. Nier qu’elles sont féministes, c’est nier qu’il y a un véritable problème au sein du féminisme et qu’il y a bien toute une mouvance cherchant à exclure certaines femmes.  Et que c’est une mouvance essentiellement favorisée par les femmes blanches.

Au sujet de la non-mixité au sein du féminisme :

 

Je pense qu’il est important que des espaces non mixtes existent dans le mouvement féministe.

Parce que les femmes ont le droit de vouloir parler parfois entre elles de certains sujets si ça leur permet de se sentir mieux et plus en sécurité. Elles ont le droit de se réapproprier des espaces surtout quand on voit à quel point elles en sont dépourvues. Cependant, il faut comprendre que les espaces non mixtes sont des espaces temporaires: ils ne sont pas une fin en soi mais un moyen pour s’émanciper.

Il est nécessaire de laisser des espaces non mixtes parce que c’est un réel besoin. Tout comme les femmes violées ont le droit de ne vouloir se retrouver qu’entre elles pour parler de leur viol parce qu’elles savent que les autres femmes violées comprendront. Il est bien évidemment important que ces femmes apprennent à libérer leur parole en public et à raconter leur vécu pour sensibiliser, avertir, témoigner. Mais si elles ont besoin de cette étape où elles ne parlent qu’avec d’autres victimes : c’est un droit auquel on doit leur donner accès.Ici, ça part exactement du même principe. Et je pense que même au sein du féminisme d’autres espaces non mixtes peuvent exister : seulement pour les femmes lesbiennes, les femmes trans, les femmes racisées etc ! Je pars également du principe que le féminisme est là pour créer une égalité entre les hommes et les femmes mais que son utilité première est de défendre, de les protéger, des les aider. Ce n’est que comme ça qu’une égalité peut se créer, en comprenant bien que ce sont les femmes qui sont les moins favorisées et qu’il faut d’abord se pencher sur leur cas.

Je pense qu’elles sont celles qu’on doit éduquer en premier sur le féminisme. Il faut sensibiliser les hommes mais s’il y a une priorité à faire quand on parle de féminisme, c’est les femmes qui doivent être visées. Il y a urgence quand on parle de la condition féminine.  

C’est essentiel de donner à toutes ces femmes les clés nécessaires pour se protéger. Elles sont les premières visées par le sexisme, elles en sont les principales victimes, il faut avant tout agir directement en leur permettant de prendre conscience de cette forme d’oppression.

Au sujet de la culture du viol :

La « culture du viol » existe et qu’elle est notamment ancrée dans notre société occidentale. Pas que la nôtre mais qu’elle en fait partie et qu’on a tendance à l’oublier un peu trop facilement. Qu’on préfère souvent partir du postulat qu’un homme accusé de viol est innocent par défaut et que la victime ment. Qu’on préfère occulter et ignorer les faits quand quelqu’un est accusé de viol. Qu’on cherche toujours trop de fautes à rejeter sur les victimes (sa tenue, son attitude, si elle avait bu, si elle a “provoqué”, si elle rentrait tard la nuit). Qu’on croit encore trop souvent au « mythe du viol », c’est-à-dire que ça se passe la nuit, dans une rue sombre, par un détraqué mental alors que la grande majorité des violeurs sont sains d’esprit, que ça se passe souvent dans un lieu que la victime connaît et par un de ses proches. Que le viol conjugal représente une écrasante majorité. Qu’on nous parle encore de « fausses accusations de viol » qui sont extrêmement minimes (en sachant qu’EN PLUS, très très peu de violeurs avérés vont en prison) alors que STATISTIQUEMENT tu as bien plus de risques de violer une femme que d’être accusé à tort de viol.  La culture du viol s’inscrit dans notre système régi par la domination masculine. L’un ne va pas sans l’autre. C’est donc pour ça que la grande majorité des victimes de viols sont des femmes. Que 96% des violeurs sont des hommes… même quand on parle de viols  subis par des hommes. Alors même si les viols subis par les hommes ne s’inscrivent pas dans un système et restent des cas bien plus rares (ce qui ne doit pas dire qu’ils sont moins graves ou être pris à la légère ou ne pas être punis hein), le fait que les hommes en soient encore la cause n’est pas anodin.

Au sujet de la prostitution :

Je suis réglementariste. Pour moi, la prostitution ne doit pas être interdite mais encadrée par des lois.

Je considère qu’effectivement, tant que la prostitution sera un marché tenu par les hommes et pour les hommes où les personnes proposant leurs services sont en grande majorité des femmes, il y a un énorme problème. La prostitution et la manière dont elle se déploie (abus, violences, proxénétisme etc) montre bien toute l’étendue du sexisme. Mais je considère aussi que l’interdire ne changera rien. Ce n’est pas en l’interdisant que l’exploitation va s’arrêter. Déjà parce que même dans les pays où la prostitution est interdite, ça ne règle rien. Qu’ensuite, interdire la prostitution c’est donc la cacher, l’empêcher d’être contrôlé et donc mettre en danger les femmes qui font ce métier. Que c’est aussi renforcer tous ces business « souterrains » et dangereux et les femmes qu’on force se prostituer. Selon une étude américaine, 68% des prostituées souffrent de stress post-traumatique, 75% d’entre elles sont ou ont été SDF, beaucoup ont commencé en étant mineures et leur espérance de vie serait de 34 ans en moyenne. A cause des violences subies, à cause du fait d’être maltraitées, marginalisées et rejetées. A force de voir les prostituées comme des objets qui vendraient leur corps (ce qui n’est absolument pas le cas, elles vendent une prestation sexuelle, pas leur corps) vous participez à cette idée qu’un homme a le droit de faire ce qu’il veut d’une femme (et donc de la violer, de la frapper, voire même de la tuer) à partir du moment où elles ont été payées.  Ce sont des êtres humains qui proposent une prestation sexuelle limitée par un cadre. Tu ne peux pas te permettre de les traiter de manière inhumaine car ce qu’elles font n’est pas en adéquation avec ta morale Le respect d’autrui n’est pas à géométrie variable : et oui, une prostituée a le droit au respect même si selon toi « elle ne se respecte pas »

Au sujet de la pornographie :

Mon propos va être plus ou moins proche de ma réponse précédente. Tout cela s’imbrique dans un système. Penser que le porno est responsable de notre société sexiste est aberrant. Non, il ne fait que renforcer des idées qui existent déjà et qui sont plus profondes. Oui, la grande majorité du porno mainstream est profondément sexiste avec des clichés horribles où on est carrément dans du viol déguisé, de l’humiliation totale et de la domination hyper cliché. C’est un porno essentiellement créé par les hommes et pour les hommes où on glorifie la masculinité (dans sa version la plus caricaturale). En attendant, il existe des tas de « branches » dans la pornographie. Du porno plus féministe, plus « queer », plus respectueux des femmes, où elles sont plus sujet et moins objet(tout en n’étant pas forcément des dominatrices clichées et risibles). Il faut simplement que ce porno-là devienne plus connu, plus populaire. J’estime qu’au lieu d’interdire aux ados de regarder du porno, il serait plus judicieux de leur apprendre à en regarder un qui est plus de qualité, plus « safe », moins dégradant et où chacun se sent bien.

Au sujet de la déconstruction du genre :

J’estime que notre société participe à élever les hommes et les femmes différemment. Pour moi ce n’est pas naturel, ce n’est pas parce que des choses sont ancrées depuis des siècles (voire plus) qu’elles sont « normales » ou légitimes ou « bien ». Je crois très peu aux choses qui seraient innées, notamment quand on parle de goûts, de choix de carrière ou autres. C’est ce qu’on appelle “le genre” : un genre masculin et un genre féminin, légitimés à tort où on attribue à chacun et à chacune des idées préconçues, des qualités voire même plus (des métiers possibles, des goûts, une manière de se comporter, de s’habiller etc.). Et je considère qu’on a tendance à trop souvent sous-estimer tout ce qui se rapporte au genre féminin.

C’est pour ça que selon moi, il est important de réfléchir sur ces notions de genre pour que chacun puisse s’épanouir et pouvoir être ce qu’il souhaite devenir. Mais, il y a aussi un autre mouvement à prendre en compte et c’est celui de valoriser les valeurs féminines. Pas forcément en continuant à ne les rattacher qu’aux femmes mais en rappelant d’où elles viennent et à quel point elles sont méprisées car « non masculines ». Je suis totalement d’accord avec l’idée qu’on a trop souvent tendance à faire de l’homme une identité neutre, un sujet au centre de l’univers et que la femme serait juste « en plus », une extension par défaut. Et ce n’est pas normal. Pour moi, si on commence à gommer les frontières autour du genre sans faire ce travail à côté, alors on va peu à peu simplement laisser le genre masculin perdurer mais effacer le genre féminin. Je suis totalement pour une réhabilitation du genre féminin dans la langue française qui est bien trop souvent occulté. La langue structure autant notre pensée que la société (des règles comme “le masculin l’emporte” ne peuvent être admises !), il est capital de la féminiser. Il me semble aussi important d’introduire le genre neutre et de faire un effort pour ne pas forcément parler que du genre “masculin” et du genre “féminin”. Cette vision binaire est problématique. Et je sais que je dois moi-même faire des efforts à ce niveau-là et que c’est souvent très compliqué (du moins, une habitude à prendre).

Pour ce qui est des personnes transgenres, queer etc : je ne m’y connais pas suffisamment pour donner un avis construit. J’estime simplement que tout le monde doit pouvoir se définir comme bon lui semble. Et je laisse les concerné.e.s parler 😉

Au sujet de la place de la femme dans les religions :

Je considère que les religions mettent beaucoup plus de contraintes aux femmes qu’aux hommes. Pour moi la religion n’est qu’une construction rationnelle qui a servi de cadre politique. Elles ont souvent été créées par les hommes et pour les hommes. Selon moi, elles dominent la femme, oui. Mais SURPRISE, elles ne le font pas plus que des tas d’autres trucs déjà présents. Et surtout, je ne me retrouve pas du tout dans cette islamophobie ambiante et nauséabonde quand on parle des « femmes voilées» comme des femmes forcément soumises dénuées de libre arbitre. Déjà parce que la plupart des gens qui sont infantilisants envers elles n’ont pas l’air d’avoir beaucoup d’empathie mais plutôt du mépris. Qu’ensuite, minimiser les formes de sexisme issues des pays occidentaux pour ne voir que celles concernant les pays où les habitants sont majoritairement racisés me semble profondément raciste. On peut trouver que le voile est une représentation de la domination patriarcale (cependant, il faut faire attention car il y a beaucoup de représentations différentes du voile et des positionnements très opposés)… mais je peux te citer des tas d’autres choses sexistes dans notre société qui, étrangement, font bien moins débat !  Par contre on ne peut pas faire de ces femmes des souffre-douleurs, les voir comme des aliénées comme si TOI, le sexisme ne t’influençait pas d’une quelconque manière. Parmi les agressions islamophobes, les femmes voilées représentent 80% des victimes. Les lois en rapport avec la « laïcité » ne visent qu’elles. Ne nous leurrons pas, elles sont prises pour cible car femmes et musulmanes, ce qui est sexiste et raciste. 

Au sujet du travail et de la maternité :

J’ai envie de vous dire que je trouve que le fait qu’une femme puisse travailler est formidable parce qu’elle gagne son propre salaire et n’a de compte à rendre à personne. J’ai aussi envie de vous dire que penser que le travail est une forme d’émancipation est un peu trop une doctrine libérale à mon goût.  Moi ce que je vois surtout c’est que la femme continue de subir bien trop souvent du harcèlement sexuel et des remarques sexistes sur son lieu de travail. Qu’elle est bien moins payée qu’un homme pour le même travail. Qu’elle a encore trop de mal à s’imposer, à négocier son salaire, à savoir ce qu’elle vaut. Qu’elle va fournir parfois bien plus de travail car elle sait qu’elle doit bien plus faire ses preuves qu’un homme. Et qu’au final, elle ne recevra même pas la moitié des compliments. Ou alors les compliments mais pas la thune qui va avec. Alors parfois j’ai envie de dire aux femmes d’en faire le moins possible parce que franchement, elles n’ont rien à devoir au capitalisme.  Mais à côté je suis plutôt ambitieuse et ma carrière est quelque chose d’important dans la manière dont j’entrevois mon avenir… et j’ai surtout envie que les conditions de travail changent pour les femmes. J’ai envie qu’on flippe moins par rapport au congé  maternité et au fait d’avoir des enfants (que j’en veuille ou non, ce sujet me concerne tout de même). Comme d’habitude, j’aimerai que cet espace arrête de n’être pensé que par les hommes et pour les hommes et qu’on se rappelle que les femmes existent, qu’elles ont également des aspirations… et des compétences ! 

Au sujet du principe de parité :

J’ai toujours un petit sourire quand j’entends des gens me balancer que la parité va mettre des gens incompétents à des places importantes. En fait, non : le principe du privilège masculin fait que des personnes déjà incompétentes obtiennent certains postes. Donc en fait, le principe de parité ne va pas augmenter le nombre de personnes incompétentes. Par contre, la parité risque bien de faire en sorte qu’on arrête de mettre des hommes partout pour enfin laisser des femmes avoir une place de choix. Les laisser s’exprimer, les laisser donner leurs avis et les laisser avoir des postes importants et… peut-être même qu’elles seront compétentes ! Moi ce que je vois surtout c’est beaucoup de mauvaise foi : un homme incompétent dérange peu par contre une femme incompétente, faudrait pas que ça arrive !

“La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.”
Françoise Giroud

Au sujet de l’avortement et la contraception :

Sans surprise, j’estime que l’avortement est un droit qui doit être accessible et ce gratuitement peu importe ton âge et ta situation. Je suis formellement contre l’idée d’une semaine de délai pour réfléchir, qui est d’une stupidité sans nom : nous savons ce que nous faisons. Ne parlons même pas de cet imaginaire autour “d’un avortement de confort”…  D’ailleurs, je considère que l’avortement doit arrêter d’être vu comme quelque chose d’aussi sacralisé. Ce n’est pas un acte à prendre à la légère (comme beaucoup d’autres actes médicaux) mais c’est tout. Une femme n’a pas à se sentir forcément mal ou traumatisée après un avortement. Elle a le droit de l’être et on a le devoir de comprendre cette peine et d’éprouver de l’empathie. Mais on a aussi le droit de trouver ça très bien qu’une femme aille se faire avorter et continue sa vie tranquillement sans aucune culpabilité. Cela ne doit pas forcément être un acte dur, faisant souffrir Elle n’a commis aucun crime. Elle a simplement décidé d’enlever un amas de cellules, il n’y a aucun jugement moral à avoir. Vous voulez moins d’avortement en France ? Renforcez les cours d’éducation sexuelle, facilitez l’accès à la contraception, ouvrez plus de plannings familiaux.. les choses bougeront !

Au sujet de la féminité :

En prenant ce terme dans sa définition la plus clichée et la plus genrée, j’estime que même si on doit casser les normes de genre et les frontières entourant ces clichés, il est hors de question de faire disparaître ces attributs dit « féminins », sous peine de ne laisser place qu’aux normes masculines.  Je vous en avais déjà parlé un peu avant mais je reviens dessus un peu plus longuement ici.

Arrêter de dire que les femmes sont les seules à pouvoir les adopter = oui. 

Dire que le maquillage, les talons, la lingerie etc. sont forcément des formes d’aliénation = non.

Pour être par moments très “féminine” (vêtements très courts, talons très hauts etc), je me rends bien compte qu’il y a tout une vision bien plus négative qu’il n’y paraît. Depuis que je suis devenue féministe j’ai vraiment pris du recul sur tout mon rapport avec le regard masculin. J’ai moins peur qu’avant, j’essaie de relativiser quand je rentre tard dans la rue et d’être plus ferme dans mes interactions afin d’avoir moins peur. Mais aussi, j’essaie vraiment de ne plus adapter ma tenue par rapport à certains comportement problématiques typiquement masculins. Donc je porte ce que je veux c’est-à-dire parfois des mini-jupes très courtes ou autres. Et j’ai remarqué que cet excès de « féminité » était souvent très mal vu car on a une vision hyper sexualisée du corps féminin. Ce qui fait que je considère que ma manière de m’habiller fait totalement partie de mon militantisme.

Mon corps = mon droit. Et mes vêtements en font partie.

Au sujet du harcèlement de rue :

Le point précédent nous amène donc bien évidemment au cas du harcèlement de rue. Pour le subir depuis mes 13 ans, je sais bien que ce harcèlement peut arriver à tout moment, peu importe l’heure, le lieu et ma tenue. C’est en le réalisant que j’ai décidé d’arrêter de chercher à avoir une tenue « acceptable » alors que MÊME en survêtement on venait … m’emmerder (y a pas d’autres mots, hein).  Même si, selon moi, les femmes doivent apprendre à se défendre pour leur survie personnelle c’est également un problème qui doit être réglé de manière collective en apprenant aux hommes à foutre la paix aux femmes dans l’espace public et à ne pas harceler.Les femmes sont trop absentes de l’espace public car elles ont bien compris qu’elles n’y étaient pas à leur place. Dès qu’elles sont jeunes, on les harcèle. J’essaie énormément de me détacher des idées autour du « mythe du viol » qu’on nous met dans la tête dès très jeune, où on t’apprend à avoir peur de sortir seule dans la rue alors que les viols arrivent rarement là mais soyons honnêtes : sans en arriver juqu’au viol, une femme est très rarement tranquille dans la rue. Là où un homme a peur de se faire agresser et qu’on lui pique son portable et qu’on le plante avec un couteau (j’extrapole mais imaginons que tu ne te sens pas safe), nous avons également cette peur et une en plus : celle qu’on nous agresse sexuellement. Voire pire.

J’en ai assez de ces hommes qui abordent dans la rue.

Même quand ça se veut gentil et poli juste pour faire un compliment. « Juste ». La rue n’a jamais été un lieu de drague, ça n’a toujours été qu’un lieu où les mecs se permettaient de commenter de manière plus ou moins violente notre physique. C’est très bien de dire qu’en tant que mec, t’aimerais bien qu’on te dise que t’es beau dans la rue mais 1/ Quand ça fera partie d’un quotidien où tu es TOUJOURS renvoyé à ton physique on verra comment tu le prendras et 2/ Vous êtes toujours lourds. Arrêtez de croire que VOUS, vous serez bien plus subtils, plus cools et plus sympas que les autres mecs qui draguent. Vous attendez TOUJOURS quelque chose en échange, même si vous ne voulez pas trop l’avouer. Si y a moyen de choper un numéro et un café, vous direz pas non. Et ENFIN, j’ai le droit de n’avoir pas envie qu’on me parle de mon physique, même si c’est juste « comme ça ». J’ai le droit d’en avoir marre qu’on me renvoie à ça et que les hommes pensent avoir le droit de valider ce à quoi je ressemble.  Si les hommes abordent plus c’est pour une raison très simple, on leur a appris être “entreprenant”, à être “actif”, ce sont eux qui doivent draguer, pour être des soi-disants vrais mecs. Tu veux vraiment qu’on vous drague et qu’on valide votre physique également ? Okay. Alors laissez-nous de la place dans l’espace public. Arrêtez de nous importuner sans cesse, de chercher à parler quand on ne veut pas et qu’on a rien demandé. Et si on a vraiment envie de vous parler/draguer/complimenter, on le fera. (et tu verras, comme c’est agréable à 7h du matin, dans le métro, de te prendre un “ben dis donc, pourquoi vous souriez pas ?”)

Au sujet du body-positivism :

Même si je pense qu’il est capital d’apprendre aux femmes à se détacher de leur apparence parce qu’elles n’ont pas à s’arrêter à ça, je pense surtout qu’elles doivent apprendre à se réapproprier leur physique. Concrètement : il faut arrêter avec l’idée que la femme doit/veut forcément plaire ou séduire l’homme. Pour moi, les femmes doivent s’aimer, aimer leur physique et se sentir belles et ça doit passer en arrêtant de chercher la validation masculine.  Elles doivent apprendre à se trouver belles entre elles et faire ce travail de self-confidence entre femmes.

Au sujet des hommes qui se disent « féministes » :

J’estime que les hommes doivent apprendre leur place dans le mouvement. Qu’il y a des espaces non mixtes pour une raison (expliquée au début de cet article). Je n’ai pas d’avis particulier sur les termes « pro-féministes » ou « alliés ». Pour moi, tant que cela signifie que tu as une sensibilité pour ces problématiques, cela me convient. Ce qui ne me convient pas est quand tu te penses légitime pour donner ton avis sur notre manière de gérer nos problèmes ou dans notre manière de se comporter. Combien de fois ai-je entendu des mecs se dire « pro-féministes » puis me sortir qu’une fille qui pose en lingerie sur Instagram ne se respecte pas. Il faut faire preuve d’humilité : tu es là pour apprendre, comprendre et relayer. Tu peux donner le nom que tu veux à ça, tant que tu comprends et que tu ne monopolises pas la parole, ça me convient !

 

Au sujet des « anti/non-féministes » (hommes ou femmes ou autres) :

Je m’en moque totalement. Le monde n’a pas changé grâce à une majorité mais à une minorité de personnes. Je me fiche des femmes non féministes ou anti féministes comme de l’an 40. Si tu as une sensibilité à ça et que tu te sens proche de nos idées, tant mieux.  Je peux expliquer des choses, mais je ne peux pas faire des miracles. Néanmoins, peu importe tes opinions politiques, j’estime agir pour l’ensemble des femmes et ferai toujours preuve d’une neutralité et d’une solidarité sans borne face à un acte sexiste. Parce que cela fait partie de mes principes.

Est-ce que je considère que les femmes anti-féministes sont souvent des femmes très conservatrices, privilégiées, ayant des arguments faiblards et sans intérêt ? Oui.

Est-ce que je considère que les femmes non-féministes cherchent souvent à ne pas se définir par ce terme parce qu’elles ont peur de ce que la société en pense et que ça permet de pas trop se mouiller? Oui.

Et à un moment je pense qu’il faut arrêter de jouer sur les deux tableaux et savoir un peu s’investir politiquement.

Mais je vois aussi que les hommes anti-féministes et non féministes sont rarement inquiétés ou méprisés pour leurs idées sexistes. Au pire, on les voit comme des beaufs lourdingues, au mieux des subversifs kiffant le second degré. Deux poids deux mesures, comme d’hab.

 
Au sujet du masculinisme :

Je considère le masculinisme comme un mouvement dangereux. Pour moi il n’est pas risible ou ridicule, il doit être pris avec sérieux. Ces hommes qui se permettent de mettre au même niveau les petites choses qu’ils vivent et qui n’ont absolument pas la même ampleur que nos oppressions sont de pauvres types déconnectés. Mais surtout, ils ont souvent un discours fourbe où ils essaient de faire passer leurs idées puantes qui se résument à asseoir un peu plus leur domination. Certes, seulement une minorité d’hommes adhère à leurs propos. Du moins à leurs propos les plus extrêmes (car oui, ils sont forts pour susciter l’adhésion). Mais en attendant, lorsqu’une partie aussi émergée de l’iceberg te montre que le sexisme existe encore, même s’il semble presque grossier, c’est peut-être le temps de s’inquiéter, non ?

Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.
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Written by Buffy Mars
Je suis Buffy Mars et je suis la créatrice du blog "Tout est Politique" et de la chaîne Youtube du même nom. Féministe à tendance libertaire, j'ai ouvert ce blog afin de vous partager mon point de vue sur des sujets de société qui m'intéressent. Parfois via des articles de vulgarisation que j'essaie de sourcer au mieux (notamment grâce à mon intérêt croissant pour la sociologie) parfois via des billets d'humeur plus ou moins spontanés.