Les carnistes souhaitent Joyeux Noël sur la toile

Disons les choses très clairement : je ne suis pas végétarienne et je porte du cuir. Je ne suis pas une militante, je mange de la viande et du poisson (enfin, la quantité que je mange est risible, c’est vrai), des produits laitiers (beaucoup trop), des œufs (dans les pâtisseries, surtout). Bref. Néanmoins, je suis hyper intéressée par ce qui touche à la nutrition et à tous les styles de vie avec un régime alimentaire « alternatif ». Je trouve ça intéressant, j’ai appris plein de choses et j’ai été hyper sensibilisée sur plein de sujets. J’adore lire des blogs vegan, des articles sur les cosmétiques/le make-up et même la mode « bio » et j’essaie d’être hyper avertie sur le green washing. J’essaie d’avoir quelques gestes écolos enfin bref, je suis ce qu’on appelle une « green-friendly » (je crois ?), ou tout simplement une fille qui essaie d’apprendre des trucs, la fille qui fait son petit bonhomme de chemin, qui se dit qu’un jour elle sautera le pas et adoptera peut-être un autre régime alimentaire. Plus sain, plus rationnel, meilleur pour elle et pour la planète, aussi.

(nb : cet article n’est pas un article écrit par une végétarienne, ni un article critiquant les végétariens/vegans et/ou leurs méthodes, c’est un article écrit par une carniste sur sa vision des autres carnistes)

Je ne suis pas une peureuse qui a peur de laisser tomber son saucisson ou autres conneries. J’ai un peu peur c’est vrai (pas du saucisson hein, de changer d’alimentation) surtout quand je vois ce que des potes végétariens/vegan se prennent comme remarques ou questions de merde assez souvent (ça donne pas envie de sauter le pas, j’avoue). Je pense qu’au début ça doit être dur, un peu comme les régimes (90% des gens abandonnent leur régime, c’est pas anodin, les changements d’habitude alimentaires, c’est pas simple). Je pense que j’ai la volonté, que ça mettrait du temps mais qu’avec le temps, j’arriverai à m’y faire et à trouver des alternatives cools.

Mais en fait, sans rentrer dans les détails personnels, la bouffe est un vaste sujet sensible dans ma petite vie. Je suis facilement une obsédée de l’alimentation et ce qui devrait être quelque chose pouvant me libérer, me faciliter la vie, rendre mon corps plus sain se transforme aisément en un truc qui me prend la tête. Ca va mieux hein, mais j’ai déjà vécu des périodes vraiment pas simples du tout (pas besoin de faire un dessin). Et par prendre la tête, je pèse mes mots. Je culpabilise très vite et même si je pense avoir fait plein de progrès, je ne suis pas dupe (et je n’aime pas me mentir à moi-même), je suis une fille qui peut facilement (re)considérer la nourriture comme un instrument de contrôle, une manière de tourner le dos à ses problèmes au point de pas en dormir la nuit.

Donc effectivement, je me dis qu’avant de me lancer dans une toute autre manière de bouffer (même si j’ai fait quelques changements c’est vrai) faudrait déjà que j’arrive à avoir un rapport à tout ça plus sain. Bah oui, pour certains, la bouffe, c’est pas que du « manger » ou que du « plaisir », c’est plus compliqué. Mais ça va de mieux en mieux, merci de vous inquiéter 😉

Donc bref, si je vous raconte tout ça c’est parce qu’il y a de plus en plus de végétariens/vegans, de gens qui en ont marre, de gens qui cherchent des moyens alternatifs, qui ont envie d’avoir une alimentation saine. C’est cool, on découvre des aliments formidables, des recettes géniales, et de nouvelles saveurs. Ca demande du temps (et tout le monde n’en n’a pas), de se questionner, de réfléchir, de faire des choix, mais on voit bien que ces gens peuvent t’enseigner plein de choses.

Sur la toile, il y a plein de militants qui sont tous différents. Evitons les généralités foireuses, il n’y a pas plus de végétariens extrémistes qu’il y a de féministes hystériques ou que sais-je encore. Il y a des gens parfois maladroits, qui peuvent avoir des propos blessants voire choquants sans même le réaliser –ou n’en n’avoir rien à carrer- (TW : je pense à cette militante un peu sotte sur Twitter qui avait instrumentalisé le viol des femmes pour dire que les animaux tués pour leur viande et le viol = même combat. Hmm.. how about no ?). Bien évidemment, les gens prennent toujours un malin plaisir à prendre ces exemples qui sont des cas rares pour te montrer que « bouuuh les végétariens sont pas gentils ».

J’entends beaucoup de gens qui mangent de la viande me dire qu’ils n’embêtent personne et qu’ils respectent les végétariens tandis qu’eux, les végé, passent leur temps à essayer de les faire culpabiliser. Je pense que les faits sont un peu différents et que ces gens-là prennent bien soin de ne pas les voir. Il n’y a pas de militants se battant pour la viande, agitant un bout de rosbif en guise de combat (sauf des conservateurs beaufs made in US qu’il serait préférable d’oublier, je pense). Les gens qui mangent de la viande ne sont pas militants, ou pas dans l’envie de changer le monde comme le ferait un végétarien. Les végétariens et vegans, eux, sont dans une posture, dans un « combat » comme il en existe plein d’autres (je fais une généralité, t’as aussi ceux qui font leur truc dans leur coin, mais je vois pas pourquoi tous les végétariens devraient faire « leur truc dans leur coin »). Ils revendiquent quelque chose. Quelque chose qui t’emmerde peut-être mais ça c’est une autre histoire.

Dire qu’on « n’embête personne » quand on mange de la viande c’est un peu fort de café. Manger de la viande fait partie de tout un système catastrophique pour l’écologie, pour sa santé, les animaux etc, etc. Je vais pas commencer à reparler de tout ce qu’on sait (et si tu le sais pas, inquiète toi mon gars) sur la viande, le lait, les produits industriels, fruits et légumes non bio etc, je suis pas là pour donner un cours (et je le ferai moins bien que des gens passionnés par le sujet). A partir du moment où tu participes à un système dangereux pour la planète, même si tu n’as pas le rôle le plus sordide ou actif, je pense que tu dois faire… profil bas. Je l’ai dit plus haut, je mange vraiment peu de viande, mais je suis pas du genre à l’étaler. Je n’en n’ai pas honte, mais je ne suis pas en train de le clamer haut et fort, parce que j’en suis pas fière non plus (et ceux qui en sont fiers, je les trouve d’une bêtise affolante). Ce serait être une sombre conne que de faire ça, sachant à quel point la production de viande est polluante, problématique et j’en passe.

Seulement les gens ont visiblement décidé de jouer aux plus idiots. Ils ont décidé qu’on devait les laisser tranquille, à manger leurs morceaux de viande. En tant que militante féministe, je sais à quel point il est important de parler encore et encore, de partager, relayer, de répéter certains points jusqu’à ce qu’ils rentrent dans le crâne des gens. Ce n’est pas du lavage de cerveau ni du harcèlement (sauf si on s’en prend à une personne précise, ce qui est nul), mais c’est comme ça que ça marche. Et si ça dérange, tant mieux : c’est le but mes cocos. On peut très bien se mettre à dire qu’il y a de meilleurs moyens et tout le tintouin. Mais là encore, en tant que féministe, entendre des gens se permettre de dire aux autres comment combattre (surtout quand ils ne font pas partie du mouvement), c’est un peu fort de café. Exemple débile mais sur moi, les photos hyper affreuses d’animaux torturés etc ne marchent pas (qu’ils soient mignons ou non) (attention je dis pas que ça me dégoûte pas, je dis que ça ne me fait pas “”réfléchir”“).

Idem par le fait de m’appeler « carniste » (je trouve ça juste vrai, alors que certaines personnes qui mangent de la viande le prennent hyper mal). Par contre, me foutre un rapport avec plein de chiffres et tout ce que vous voulez sur comment le monde court à sa perte avec nos mauvaises habitudes, ça a tendance à m’affoler (les chiffres et autres études scientifiques ont beaucoup d’impact sur moi, je suis toujours à faire chier mon entourage avec des « j’ai lu ceci/j’ai lu cela » blablabla). Mais pour certains, ce sera totalement différent voire le contraire. D’où le fait que oui, les militants ont raison d’utiliser plusieurs méthodes et outils (j’ai pris l’exemple des végétariens et vegans puisque je parle de ça mais cette affirmation s’applique aux militants en général bien sûr –dont les féministes-, je suis pas en train de valider ce que tel militant peut faire ou non, je précise).

Dans un monde où la grande majorité des gens (en Occident*) mange de la viande (et ne sont donc pas en position de minorité), où on entend à longueur de temps des gens se foutre royalement de la gueule des végétariens (dans la vie de tous les jours, les médias, la pub etc), où les végétariens/vegan n’ont parfois pas de plats qui leur conviennent au resto (et l’argument du « BEH T’AS QU’A MANGER DE LA VIANDE HAN » est tout bonnement minable), comment peut-on décemment avoir l’impression que s’en prendre aux carnistes  est la même chose que de s’en prendre aux végétariens ? Comment peut-on réellement trouver offensant des gens pointant du doigt un mode de vie qui mérite d’être remis en cause et repensé ? Comment peut-on en vouloir à des gens de s’interroger, de relayer des informations qui semblent le B.A-BA et restent pourtant souvent peu connues ? C’est beaucoup trop facile de dire « je te fais pas chier, tu me fais pas chier ». Le problème c’est que ces gens-là, nous les faisons chier justement et parfois indirectement.

 Affirmer que leur cause n’est pas louable et utile, au XXIe siècle, serait affligeant : on peut pas bien dire le contraire : défendre l’environnement et les animaux, je pense que y a pire HEIN.

Je suis très mitigée quand j’entends des gens se sentir offensés parce que des végétariens ont osé leur faire une remarque. Si cette remarque te touche, c’est qu’elle te culpabilise. C’est donc que tu sais que tu fais quelque chose de pas forcément respectable et que ça te fait réfléchir. Effectivement, ressentir ça peut toucher ton ego mais ce n’est pas aux végétariens de se remettre en cause mais plutôt toi et ton rapport aux choses. Bien évidemment la personne peut se montrer agressive etc, mais bon, je ne suis pas la mieux placée pour faire la morale : quand un sujet me touche et que j’ai devant moi quelqu’un d’indifférent, la moutarde me monte (hyper vite) au nez. Assumer de faire quelque chose de mal, en prendre conscience,  l’assumer, c’est visiblement déjà un grand pas que certains n’ont pas franchi. Si je dis ça, c’est parce que plein de personnes se réfugient derrière l’idée qu’ils ne font pas forcément quelque chose de terrible, qu’il y a pire. Il y a toujours pire. Mais il y a mieux aussi. Puis plus simplement, c’est pas parce que quelque chose ne te semble pas mal, qu’elle est forcément bien pour autant.

Si je parle de tout ça aujourd’hui c’est parce qu’en cette période de fin d’année avec Noël et le jour de l’an, il y a un sujet qui revient très souvent. On le connait mais comme chaque année, les militants le remettent sur le tapis (c’est un peu le principe du militantisme comme on a dit HEIN) : le foie gras et les conditions dans lesquelles les oies sont élevées.

Et comme chaque année je vois des carnistes. Des carnistes qui se sentent spirituels, drôles, d’un humour fabuleux et qui postent leurs photos de foie gras et autres joyeusetés. Chaque année, j’en vois plein qui défilent. « C’est pour rire », j’entends, « Faut que les végétariens dédramatisent LOL ». Le problème est que là, on ne rigole pas avec les végétariens, mais on rigole des végétariens, une petite nuance subtile qu’on oublie très souvent (car ça nous arrange). Ce qui fait que les végétariens ont tout à fait le droit de se sentir offensés, je pense qu’on l’aura compris. A cela s’ajoute que les végétariens critiquent donc le régime carniste mais que, personnellement, je n’ai jamais vu aucun végétarien se moquer des carnistes. La critique a pour but de faire réfléchir, de remettre en cause. Jamais de ma fucking vie (et pour être souvent sur Twitter et follower beaucoup de vegan/végé je pense que ça ne m’aurait pas échappée) je n’ai vu un végétarien faire une blague potache sur un carniste ou se moquer d’eux (sûrement parce que le sujet ne prête pas à rire en fait). Quand ils voient quelque chose leur sortant par les yeux, ils vont être agacés, et pourquoi pas avoir du mépris, mais il n’y a pas de foutage de gueule.

Or, les carnistes semblent s’être donnés rendez-vous pour se foutre de la tronche des végétariens et vegans. Je ne sais même pas comment on peut trouver ça drôle de photographier un truc mort  (déjà, pourtant je suis facilement ouverte aux blagues hein) mais surtout, je ne comprends pas comment on peut trouver ça à se taper le cul par terre de le publier pour se foutre la gueule du mode de vie d’autres gens. Et ces gens le savent. Ou ils ont un humour de merde. Mais visiblement, je pense que la méchanceté gratuite doit primer. Parce que ces gens ont envie de se foutre de la gueule des végétariens et de la pire manière qui soit. On peut dire que c’est que dalle et pas très grave. Mais quand ça se moque du mode de vie de gens qu’on fait déjà constamment chier, avouez que cet argument est franchement un peu limite.

Je crois que le plus décevant de la part de ces gens est de voir que le jour de Noël, une journée placée sous la paix, l’amitié, l’amour, le fait de se réunir, ils décident de faire ça. Ces gens décident consciemment de prendre le risque d’en blesser d’autres, de les énerver et d’en rire. C’est un peu comme offrir un steak surgelé à un végétarien le jour de son anniversaire et de trouver ça fun. Vous gâchez la journée de quelqu’un, vous préparez ce moment avec soin, avec cette idée de les énerver et ça vous éclate. C’est de la méchanceté pure, la plus profonde qui existe. Et le pire c’est que certains disent « on vient me faire chier en me faisant culpabiliser parce que je mange du foie gras, je peux faire de même ». Parce que visiblement, quand quelqu’un fait quelque chose qu’on trouve d’un peu désagréable jouer au plus con serait la solution. D’ailleurs, j’ai jamais vu un carniste si choqué que ça parce qu’on l’informait sur le foie gras, preuve en est que les carnistes disent que ça les fait chier mais BON, ils arrivent à survivre, ça leur passe vite au-dessus. Par contre les végétariens sont réellement choqués et dégoûtés par ces photos et si vous trouvez ca GENIAL de mettre les gens mal à l’aise, vous avez vraiment un PUTAIN de problème.

Je suis complètement dubitative face à ces gens qui ont décidé que Noël était la période idéale pour faire des blagues aussi nulles (je dis pas qu’il y a un moment idéal mais NOEL quoi putain) qui en fait ne sont pas des blagues mais juste une envie d’être méchants. Je ne comprends absolument pas ce côté haineux. En réalité, je ne veux même pas le comprendre.  Et le pire sûrement, ce sont les gens qui se permettent de dire que c’est « exceptionnel », un peu comme si le respect de l’autre était quelque chose qui, ponctuellement, pouvait être oublié, notamment par le fait de poster une photo d’un gigot sortant du four… et que si ne pas le faire en allait de leur survie.

Voilà, voilà. J’avais pas envie de parler au nom des végétariens, mais juste donner mon point de vue de carniste sur les carnistes eux-mêmes et sur ce que je vois défiler à chaque période de fêtes sur les réseaux sociaux.
Plus haut, j’ai dit que j’avais pas spécialement honte d’être carniste.
Et bah parfois, putain, c’est tout le contraire.

1 Comment

  1. carlawn

    17 décembre 2015 at 12 12 53 125312

    Merci pour cet article !
    Je suis végétarienne (quasi végétalienne) et j'appréhende toujours les fêtes de fin d'année, de peur de me taper des réflexions ou des moqueries. Surtout que je n'ai pas beaucoup de réparti, et que comme c'est un sujet qui me touche personnellement, je perds assez vite mes moyens. Heureusement, avec les années qui passent, ma famille s'est habituée à mon régime alimentaire, et ils ne font quasiment plus aucune remarque. J'ai même plusieurs personnes de ma famille qui se sont décidés à arrêter la viande (ou bien à diminuer). Pourtant, je n'ai jamais milité, pour moi, devenir végétarien ou vegan doit être une démarche personnelle mûrement réfléchie, sinon tu peux être sûre que sur la durée, ça ne tient pas. Montrer aux gens que c'est possible de cuisiner sans produits animaux, et d'aimer ça, c'est déjà un grand chemin parcouru !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :