Harcèlement de rue : mon expérience

La twittos Alix a écrit un article sur son blog où elle raconte quelques anecdotes lui étant arrivées dans la rue. Des anecdotes qui, étrangement, ne touchent que les filles (dès qu’elles ont l’âge de foutre un pied dehors toute seule) partout dans le monde entier, à n’importe quelle heure, n’importe quel endroit, et peu importe ce à quoi elles ressemblent (physiquement ou vestimentairement parlant).

J’ai beaucoup aimé son article et j’ai eu moi aussi envie d’en écrire ma version (parce que parler fait parfois du bien). Je ne vais pas vous raconter tout ce qui m’est arrivée dans l’espace public, ce serait long, et certains diraient que je vois la petite bête là où il n’y en n’a pas. Mais je vais quand même vous partager quelques anecdotes mémorables, qui au fond ne sont pas des anecdotes puisque des années après (pour certaines) j’y pense encore, et qu’elles me collent à la peau.

Personnellement j’ai commencé à vraiment sortir seule pour aller chez des amis aux alentours de mes 14 ans (les joies du bus, de marcher à pieds tout ça tout ça), alors tous mes souvenirs commencent à cette période (que c’est étonnant).

(Et pour donner un peu de contrastes à tout ça, je mélange des choses bien flippantes à d’autres juste « assez lourdes ». Parce que le harcèlement de rue ne réside pas que dans le fait de manquer de se faire kidnapper, hein)
(vous remarquerez que y a eu quelques changements dans ma manière de répondre parfois entre les premières et dernières anecdotes mais j’ai grandi aussi ;))
Je marche dans la rue, je suis en retard, il faut que j’aille attraper mon bus. Je marche vite, vite, vite.
– Hey !
Je tourne la tête. Un mec sort du bar, les autres clients me regardent, un sourire aux lèvres.
 – Oui ?
– Tu t’appelles comment ?
– Heu…
J’ai pas envie de lui dire. C’est personnel. Je vois pas pourquoi il devrait le savoir.
 – T’es pressée ?
– Ouais, je vais prendre mon bus.
Traduction : j’ai pas que ça à faire de parler avec un inconnu.
– Ca te dirait de me filer ton numéro ?
– Je te connais pas.
– Bah on pourrait apprendre à se connaître justement. Tu vas où comme ça ? Tu viens d’où ?
Je suis sidérée, mal à l’aise. Je ne le connais pas, et ses questions me donnent pas envie de bavarder  avec lui.
– Bon, tu me passes ton numéro ?
– Non.
– Pourquoi ?
« Et pourquoi t’insistes connard ? Tu comprends que non c’est non ? »
– Faut vraiment que j’aille prendre mon bus, là.
– Okay. A la prochaine.
Ca fait 7 ans. Et depuis 7 putains d’années, à chaque fois que je passe devant ce bar, j’espère ne plus le recroiser.
* * * * * * * * * * * * * * * * *
Je rentre du Macdo avec une amie. Nous sommes au mois d’août, c’est les vacances, il fait beau. J’ai mal aux pieds, j’enlève mes chaussures. Ah, c’est mieux quand même. Une voiture s’arrête juste devant nous.
– Salut.
– Heu, salut…
Ils nous regardent de haut en bas. Je suis mal à l’aise. Ma pote reste calme et sereine mais je vois son visage qui se met à rougir. Elle aussi est mal à l’aise.
– T’as mal aux pieds ? me demande l’un des deux.
– Ouais.
– Vous voulez qu’on vous ramène ?
– Non, non ça ira merci, leur lance ma copine en faisant signe qu’elle veut continuer sa route.
– Vous vous appelez comment ?
Silence. Mon cœur bat vite. Ils ont toujours besoin de nous demander comment on s’appelle ? Et puis pourquoi ils ne repartent pas, là ? On a dit qu’on voulait pas.
– Claire, j’invente.
– T’es sûre que tu veux pas qu’on te ramène, Claire ?
– Non. Ca va.
– Bon. Bah bonne soirée alors.
– B… bonne soirée.
Mon cœur bat, bat, encore et encore. Ils tournent à gauche. On continue à marcher, lorsqu’on tourne la tête vers la rue où ils sont partis, leur voiture est garée en plein milieu de la route et ils nous fixent, jusqu’à ce que nous disparaissions de leur champ de vision.
* * * * * * * * * * * * * * * * *
BIIIIP.  BIIIIIIP.
« Les écoute pas, les écoute pas »Je marche, bras croisés.
BIIIIIIP. BIIIIIP.
8 fois. 8 putains de voitures qui vous klaxonnent en quinze minutes.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Je suis avec une amie, en train de faire du shopping chez H&M– Salut.
– Heu… salut.
Le type sort son portable. Je fronce les sourcils. Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ?
– Ca te dirait de me passer ton numéro ?
– Pour quoi faire ?
Mon amie éclate de rire et disparait, gênée, dans un autre rayon. Je ferme les yeux un quart de seconde. Je suis vraiment débile, y a que moi pour pas comprendre pourquoi on me demande mon numéro.
– Bah pour discuter.
– J’ai quinze ans, je sors sèchement comme si c’était l’argument ultime.
– Et moi 21 ans, il me balance avec un grand sourire.
(Il fait largement plus)
– J’ai pas envie.
– Pourquoi ?
– J’ai pas envie, j’insiste. Allez viens, je sors à mon amie qui m’attend un peu plus loin, on s’en va.
Une heure après, on repasse devant H&M, le type est encore là.
– Hey ! me sort-il. Hey !
Mon amie m’attrape par le bras, on court.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
J’ai chaud. Je cours. J’essaie de contrôler ma respiration. Nous sommes en juillet, et je fais mon jogging le dimanche matin. J’aime bien le dimanche matin car c’est le jour du marché, alors il y a du monde dehors, j’ai quand même moins peur. Mais ce matin de juillet, il fait chaud. Je regarde ces mecs qui courent torse nus, avec envie. Moi aussi j’aimerai bien pouvoir courir ainsi.
 BIIIP. BIIIP.
 Je sursaute. La vache, j’ai failli me vautrer. Pourquoi il klaxonne, l’autre ? Le mec de la voiture me regarde avec un grand sourire, accompagné de deux potes. Ils ont tous des bonnes têtes d’abruties.Je tourne la tête, je continue de courir. 
 – ALLEZ COURS ! COURS ! COURS !
Ils se marrent. Je continue mon jogging, comme si de rien n’était, essayant de me remémorer une fois, juste une putain de fois où je n’ai pas reçu une seule remarque en courant dehors.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Je marche. Un groupe de mecs passe à côté de moi. Je ne les regarde pas, je fais comme s’ils n’étaient pas là. C’est ma tactique. J’accélère un peu dès que je les vois, je tourne la tête, je fais semblant d’être occupée.
– Hey !
« Ne tourne pas la tête, ne tourne pas la tête. Tu sais ce qu’ils te veulent, tu le sais.»
 – HEY LA BLONDE LA, ON TE PARLE.
« Ignore, ignore »
– HEY TU VEUX VOIR MA BITE ? HEY SALE PUTE ? HEY JE TE PARLE.
« Réponds pas. Réponds pas. Tu sais pas ce qui peut se passer. Puis on t’a dit que si tu les ignores, il s’arrête, donc faut… »
– TU SAIS QUOI ? HEY GROS THON.  T’ES MOCHE. GROS THON. SUCE MA BITE.
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Je discute avec une amie sur le quai de la gare, toute contente de la revoir depuis notre année de terminale.
 – Je te laisse ! Mon RER arrive ! A un de ces quatres, ma belle.
Je lui fais brièvement la bise, m’empresse de descendre les escaliers pour rejoindre le quai.
– HEY JOLIE, LA FILLE EN SHORT !
Mon cœur rate un battement. Il parle de moi. Je le sais. Je suis la seule fille en short. Je le sais. Je ne réponds pas. Je continue, j’ai bientôt atteint la dernière marche de l’escalier.
 – HEY TOI LA, JE TE PARLE.
Je lève timidement la tête. Le mec me fixe, avec un regard haineux de chez haineux. Mon amie est encore là, à quelques mètres, immobile. Elle n’ose pas intervenir mais elle reste. Au cas où.– Ou… oui ?
– JE T’AI DIT QUE T’ETAIS JOLIE.
– D’a… d’accord, j’avais pas entendu, je mens.
– J’M’EN FOUS. TU DIS MERCI.
Il gueule. Qu’est-ce qu’il gueule putain. Je baisse les yeux.
– M… Merci
– C’EST BIEN.
Il repart. Satisfait.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
J’ai froid. Je grelotte. Bordel, qu’est-ce qu’il fait froid quand même.
 – Hey !
Je soupire. Evidemment. Je me doutais que cette bande de mecs parlait de moi. Depuis toute à l’heure il me fixe, en se marrant. Evidemment.
– Hmm ?
Je ne souris pas. L’un d’eux s’approche.
– T’as froid ?
J’hausse les sourcils. « Ouais connard, je suis frileuse, c’est l’hiver »
– Hey ! Tu veux que je te réchauffe ? me gueule l’un d’eux.
Les autres se marrent. Tous les gens du quai me fixent. Je les regarde une dernière fois et je m’en vais. Le pire, c’est que ça les fait encore plus rire.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *

C’est le printemps, lalala. J’enfile un collant, un short. Je sors de chez moi pour aller chez mon meilleur ami. Lalala. Il fait beau. La vie est belle.
 – Hey !
Je tourne la tête. Une bande de mecs me regarde de haut en bas. Je continue ma route. Lalala. Tu t’en fiches. Tu t’en fiches. Tu t’en..
 – HEY T’AS CHAUD TOI, NAN ?
L’un d’eux me siffle. Ils se marrent. Plus de lalala. C’est vraiment de la grosse merde, le printemps.

 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Il fait chaud. J’attends sur la plateforme du train. Je le vois qu’il me fixe. Je le vois bien. Je suis pas débile. Je sens son regard sur moi. Je le sens. Il parle avec son pote et lui aussi me regarde. Et c’est un de ces regards qui te fait te sentir à poil, complètement démunie.Les portes s’ouvrent.
 – Bah dis-donc, il sort bien fort en direction de son ami –juste assez pour que je l’entende-, elle a ce qu’il faut là où il faut, elle.
Je ne tourne pas la tête. Je fais comme si. Comme si je n’avais rien entendu. Je marche comme un automate. Je n’ai rien entendu. Rien.
 * * * * * * * * * * * * * * * * * 
Je marche dans la rue. Il fait froid. J’arrive devant le passage piéton. Le feu est au rouge. J’en profite pour remonter mes grandes chaussettes. « Grand Dieu, que c’est élégant », je me dis en me marrant en silence.Une camionnette blanche s’arrête. Je la regarde du coin de l’œil. J’aime pas les camionnettes blanches. J’en parlais avec une amie. Y a vraiment un truc qu’on n’aime pas là-dedans. C’est cliché mais ça fait flipper.Le feu passe au vert. La camionnette démarre. Lentement. Tout lentement. Je la fixe. J’ai peur. Le chauffeur s’arrête juste devant moi. La rue est vide. Il baisse sa vitre.
 – Tu sais que t’es un beau p’tit lot, toi ?
Il s’en va. Je reste immobile. Comme à chaque fois que j’ai peur.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
J’attends mon bus. Je suis en avance, pour une fois. La rue est vide, nous sommes en heure creuse. Une voiture passe. D’un coup, elle s’arrête à quelques mètres, fait marche arrière, se stoppe devant moi. Je sens mon cœur qui cogne fort dans ma poitrine, mon estomac qui se contracte, mon visage devient livide.
– Hey, salut.
« Montre pas que t’as peur, montre pas. »
– B… Bonjour.
– Tu fais quoi là ?
– … J’attends mon bus.
– Tu veux que je t’accompagne quelque part ?
– Non, non, j’attends mon bus, j’insiste.
– Pourquoi tu veux pas monter?
Il est agressif. Il me regarde de haut en bas. J’ai juste envie de lui dire de se barrer, de partir loin. Lui et sa putain de bagnole.
– Je préfère prendre le bus, je balbutie difficilement.
Il redémarre en trombe. Je respire, ferme les yeux. J’ai eu tellement peur putain. J’ai toujours peur quand ces mecs s’arrêtent en voiture, te proposent de monter et ne comprennent pas ton refus. A chaque fois j’ai le sentiment qu’ils vont sortir, qu’ils vont me forcer à grimper. A chaque fois j’ai juste l’impression qu’ils vont m’enlever et que c’en est fini. Mais ça va, il est parti. Je me suis montrée ferme, c’est bien. Comme quoi la fermeté, ça marche, je…… Mon cœur manque un battement. La voiture est là. Il a fait le tour du pâté de maison. Il est de nouveau au début de la rue. C’est la même voiture. Je reste pétrifiée. Je tremble. La voiture avance, avance et moi je reste immobile. Tétanisée. Ca peut pas être la même, ça peut pas. 
Bah dis donc, ton bus il est toujours pas là, il me lance.
Je dis rien. J’attrape mon portable, je fais semblant de textoter. L’ignorer, c’est faire comme s’il n’existait pas.
– Ca te dirait d’être polie, il s’énerve ? Tu te prends pour qui là ?
Il arrête la voiture. Mes doigts tremblent, je vais lâcher mon portable. Pourquoi il arrête la voiture ? Il va sortir ? Qu’est-ce qu’il va faire ?Vrouuum… je tourne la tête. Et là j’ai l’impression de respirer, comme si quelque chose me ramenait à la vie, comme si mon monde s’illuminait brusquement.
 – Y A MON BUS ! je crie subitement.
J’agite les bras vers le chauffeur. Dépêche-toi, dépêche-toi. Le mec me regarde une dernière fois, démarre sa voiture, et s’en va. Je monte dans le bus. Je m’assois, le cœur battant. 
Trois ans plus tard, cette histoire me fait encore trembler.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
– Hey les filles !
– Réponds pas, je marmonne à ma pote.
– HEY LES FILLES !
– On court ? elle me demande, tout naturellement.
– Nan, on marche calmement. On fait semblant de pas avoir compris que c’était pour nous.
– Okay.
– HEY LES FILLES.
– Les regarde pas.
300 mètres plus loin, ils continuaient de nous hurler leur « Hey les filles » de merde.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Je suis dans les transports. Fatiguée. Je contemple les gens, le regard vide. Mon regard se balade d’un visage à l’autre, pensive. Puis c’est là que je le remarque. Il me fixe. Il m’a vu le regarder brièvement, et désormais, il me fixe. Je n’aime pas quand ils font ça. Quand on croise leur regard innocemment et qu’ils en profitent pour y voir une éventuelle invitation.Mon RER arrive à quai. Je me lève, je passe devant lui, il continue de me suivre du regard. Mon dos se raidit. Je fais comme si. Toujours faire « comme si ». Comme si on n’avait rien vu. Je sors du RER, je presse le pas. Je prends l’escalator. Peut-être que je suis complètement parano. Peut-être que je deviens folle. Après tout peut-être que lui aussi me fixait parce qu’il était perdu dans ses pensées et que…– Hey
Je tourne la tête. Je sais déjà qui c’est. Le mec du RER. Putain. Il est descendu juste après moi. Il m’a suivi. Il en a profité pour se foutre juste derrière moi dans l’escalator bondé.– Ca va ?
Je ne réponds pas. Je sais ce qu’il veut, je le sais très bien.
– Tu t’appelles comment ?
Ignore. Ignore. Ignore.Et là je sens. Je sens sa main qui caresse la mienne posée sur la rampe de l’escalator. Je sursaute, je l’enlève.
– PUTAIN TU ME TOUCHES PAS OKAY ? TU ME TOUCHES PAS.
L’escalator arrive à l’étage supérieur. Je me barre en courant.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *

-Hey Sophie ! Hey !
Je m’arrête. Comment il connaît mon nom celui-là ? Je le reconnais. Il était avec moi au collège. Un sale type qui s’est toujours montré détestable avec moi en cours. Je reprends ma route. Pas envie de l’entendre me balancer ses vannes à deux balles, je les ai déjà entendues tout au long de ma scolarité.
 – HEY SOPHIE, il gueule, T’ES DEVENUE TROP BONNE.
Je presse le pas. Tous ses potes se marrent. Hilarant, vraiment.

 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Je colle mon livre à mon nez. Ca fait tout sauf naturel mais au moins ça m’évite de le voir. Il n’arrête pas de me fixer. Je sais pas ce que j’ai sur la tronche mais il est là, comme un con, sur le siège d’en face, à me fixer comme un con.
 – Il a l’air passionnant votre livre.
Je continue ma lecture. Il le fait exprès. Il sait que ça me met mal à l’aise qu’il me regarde ainsi. Il a bien vu que je ne lui rendais pas son regard. Il a bien compris que j’étais pas intéressée, mais il continue.
– Je vous gêne, peut-être?
Je continue. Je vais pas lui répondre. Je vais faire comme s’il n’existait pas.
 – Ah, vous avez l’air timide, il ajoute.
Les autres passagers commencent à le regarder avec curiosité. Il se rend compte qu’il se ridiculise ou il veut aller jusqu’au bout pour conforter son ego de connard ?Il se penche vers moi. Je ferme mon livre brutalement, je me lève, et je change de place.Les plus gênés s’en vont. Et les gênées sont toujours les mêmes.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Depuis qu’ils sont là, je déteste rentrer chez moi. Dès que je passe, ils s’arrêtent de bosser. Ils arrêtent leur taff et ils me regardent passer. Et ils parlent. Ils disent « des trucs ». Des trucs que je comprends pas, parce que c’est dans une langue que je connais pas. Je sais juste qu’ils parlent de moi puisqu’ils se marrent et que parfois ils me lancent des phrases. Ca les fait encore plus rire et moi je les pige pas.Aujourd’hui je suis de mauvaise humeur. J’accélère le pas. L’un d’eux me repère. Ils gueulent un truc aux autres. Ils me regardent tous. J’attends. Je sais que l’un d’eux va s’adresser à moi. Ca y est, il me parle.
 Sans un mot, je lève ma main en l’air. Je ne le regarde pas. Je ne réponds rien. Je me contente de brandir mon doigt d’honneur vers le ciel. Silence. Je continue de marcher. La main toujours en l’air. Le lendemain, ils ne me disent plus rien.
 * * * * * * * * * * * * * * * * * 
– Bonjour.
Je ne réponds pas. Nan mais il me prend pour une conne ou quoi ? Depuis le bout de la rue je le vois qui me fixe. J’ai bien compris ce qu’il voulait dire son « bonjour ». C’est pas de la politesse. Il est là, à s’emmerder, à boire son petit café dans la rue et il m’a repéré. Et il attend que ça, que je passe devant lui pour me parler.Mais moi j’ai pas envie. Je suis en retard. Faut que j’aille bosser. Et puis il me fout mal à l’aise, à fixer mes jambes là, avec ses petits airs de cadre sup’ qui se sent plus pisser. Il a cru quoi, que j’étais en émoi devant un monsieur en costard qui me mâte et me balance un bonjour?
– J’ai dit bonjour, il me balance un peu plus fort.
Je m’arrête, littéralement. Je me stoppe dans la rue. Je le regarde un quart de seconde.
 – Au revoir, je dis très calmement.
Il reste comme un con à me fixer.
– Oh l’autre, il marmonne dans mon dos.
Et lâche, en plus de ça.
 * * * * * * * * * * * * * * * * * 
Il fait chaud. Je cours comme une folle. Mon boss a besoin d’un script pour un tournage et il l’a oublié au bureau. Je me retrouve à prendre le metro en plein après-midi pour faire un aller-retour express afin de le lui rendre.
– HEY POURQUOI TU COURS ?
Putain. Je ne tourne pas la tête. Je ne les regarde pas. Je m’en fous. Il faut que je me dépêche, mon boss a besoin de ce script, c’est urgent.J’entends des pas derrière moi, des pas qui se font plus rapides. Je tourne la tête. Ils sont 4 et ils courent. Ils courent après moi. Ils se marrent. Oh, c’est si drôle de suivre une fille en courant, c’est si drôle.Ils arrivent à ma hauteur. Je ferme les yeux. « Rappelle-toi quand tu faisais du jogging ». J’accélère brutalement. Ils perdent de la vitesse et je continue de courir, encore et encore.Nous sommes le soir. Je raconte l’histoire à mon copain. Je rigole froidement. C’est pas drôle, mais il vaut mieux en parler avec légèreté, non ? Il rigole. Puis il s’arrête.« Non, c’est pas drôle, il dit. En fait, j’ai juste envie de leur péter les deux jambes. »
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Oh putain. Il est là. Merde. Putain. Merde. Il est là. Génial. Je hais le voir. Il est toujours là. En train de bricoler dans son jardin. Et à chaque fois qu’il me voit arriver, il fait toujours la même chose. Il me regarde de haut en bas, il me suit. Il cligne pas des yeux, et il me suit du regard. Il arrête de bouger, de faire ce qu’il fait. J’ai juste l’impression d’être sa proie pendant qu’il me mate de haut en bas. Parfois ses gosses jouent près de lui et pourtant il s’arrête pas, c’est toujours le même manège. Et aujourd’hui, il est seul. Alors il en profite deux fois plus.
– Bah alors Mademoiselle, pourquoi vous souriez pas ?
Il est toujours obligé de dire ça. Et il me fait chier avec ses injonctions à la con. Je lui demande de sourire, moi ? Il le demande aux mecs ? Il a cru que j’étais sa poupée, son robot ?
 – Bah alors, vous souriez pas ?
Nan. J’en ai marre de sourire à chaque fois que tu me le demandes. J’ai jamais aimé ça. Alors je le ferai plus.
* * * * * * * * * * * * * * * * *
Il fait chaud. Mon Dieu, c’est la canicule. 5 minutes pour aller jusqu’à l’arrêt de bus et je meurs déjà de chaud. Heureusement que j’ai mis une robe putain. D’ailleurs je suis contente, il fait tellement chaud dehors que y a pas un chat dans la rue. Parfait, personne pour me gonfler. Le bus arrive :
– Bonjour Monsieur ! je lâche avec un grand sourire.
Le conducteur me regarde de haut en bas.
– Bah dis-donc…
Je continue de sourire comme une conne. Le bus est vide. Brusquement j’aurai bien aimé ne pas être seule. Je m’assois, en silence.
– Vous allez bien ?
Je fais semblant de ne pas avoir entendu. Jamais une seule fois de ma vie un chauffeur m’a tapé la discute. Il croit que je ne le vois pas venir à me mâter dans ma robe ?Il se retourne vers moi. Il ne démarre toujours pas. Il me regarde de haut en bas, s’arrêtant un moment sur mes cuisses.
– Et vous allez où « comme ça » ?
– Chez mon copain, je lâche froidement.
– Ah okay.
Il redémarre.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
Je le vois. Il est là, à arrêter chaque femme qui passe devant lui. Je sais pas ce qui leur dit, mais elles se contentent d’hocher la tête et elles continuent leur route. Lui il est tout content. Hop, il en repère une, il la fixe, il se rue sur elle, il dit quelque chose et voilà, il passe à une autre. Mon cœur accélère un peu plus. Nos regards se croisent. Je suis la prochaine. Je le vois. C’est moi qu’il a choisi.Je baisse la tête, je marche un peu plus vite. Je fais tout pour qu’il comprenne que je n’ai pas le temps, que je ne suis pas intéressée. Je jette un coup d’œil. Il approche, il approche, il arrive près de moi.
– Très joliiiiie, il sort en se collant presque à moi.
J’ai un mouvement de recul. Je déteste quand ils font ça. Quand ils te parlent en faisant exprès d’empiéter sur ton espace, quand ils se collent à toi. Ca me met mal à l’aise. Ils le font exprès, ils le savent. Ca leur plaît.
– J’T’EMMERDE, CONNARD.
C’est sorti tout seul. Bam. Les gens à la terrasse juste à côté s’arrêtent de parler. Lui aussi, il  s’est arrêté. Il me fixe avec ses grands yeux, comme un débile. Et moi je continue. Je marche, avec un grand sourire aux lèvres.J’ai réussi. Je l’ai dit.
 * * * * * * * * * * * * * * * * *
« Allô ?
– Sophie, dépêche-toi, je t’attends en face de la gare, y a des gens bizarres. »
Je soupire. Ma mère a toujours peur. Le pire c’est qu’elle m’attend sagement dans la voiture alors que moi je suis à pieds. Je dois descendre, traverser toute la gare et sortir pour la rejoindre. Elle, il lui suffit de démarrer sa bagnole et elle peut s’enfuir vite fait bien fait.
« J’arrive, j’arrive, panique pas, je descends du train là. »
Je raccroche. Je me mets à courir. Dans même pas trois minutes, j’y suis.Clac. Clac. La gare est quasiment vide. On n’entend que mes talons Il est tard. Quelle idée de finir les cours à 20h00 aussi ! Clac. Clac. Il n’y a que des hommes. Aucune femme. Clac. Clac. J’accélère le pas.Un mec me regarde. Il est avec un ami. Je passe juste devant eux, pas le choix, le couloir pour sortir de la gare n’est pas très large.
– Pourquoi tu cours ?
Je n’ai même pas le temps de comprendre qu’il m’a attrapé par le bras et tiré vers lui. Je ne réfléchis même pas, je le repousse brutalement :
 – TU FOUS QUOI LA ? TU ME LACHES OKAY ? je hurle de toutes mes forces.
J’attends même pas sa réponse. Je me remets à courir. Plus vite, toujours plus vite.

 * * * * * * * * * * * * * * * * *

– Bon. T’es sûr que tu ne veux pas que je t’accompagne un peu, hein ?
Il est tard, nous sommes sur le campus de la fac. J’aime pas le campus la nuit. Les rues sont sombres, il n’y a quasiment aucun lampadaire et presque plus personne.  Il y a eu des agressions, d’ailleurs. Et des viols, aussi. Surtout. Tout le monde le sait.Je viens de raconter à mon ami que j’ai eu peur la semaine dernière. Même jour, même heure, même endroit. Je marche, je me dépêche, je vais choper mon bus.. et là un scooter passe devant moi. Je crois que je le gêne alors je me déplace, mais non. Le mec s’arrête à ma hauteur, il ralentit, il me fixe. Je le regarde, mal à l’aise, et puis après m’avoir regardé un peu il repart. Je me suis détendue une fois installée dans le bus.
 – Non, non, t’inquiète, c’est gentil ! je dis en lui faisant la bise. Mais les garçons ne seront pas toujours là pour me protéger, haha, faut que j’apprenne à me défendre moi-même et puis à ne pas avoir peur.
– Bon okay, à demain alors ! Fais gaffe, hein.
– Salut, à demain !
Il part. Je regarde devant moi.J’attrape ma bombe lacrymo, je mets les mains dans mes poches, je rentre la tête dans mon blouson, et je marche. 

8 Comments

  1. Anonyme

    8 octobre 2015 at 9 09 37 103710

    C'est révoltant. Y'a pas d'autres mots. Je n'ai que 15 ans et quand je vois tout ce que tu as à raconter, j'ai peur de ce que je vais surement devoir endurer. C'est tellement triste de se dire que c'en est presque devenu une banalité dans la vie d'une femme, parce que des anecdotes comme ça, on en a toutes un petit florilège. C'est dingue de ce dire qu'à juste 13 ans on est déjà considérée comme une morceau de viande, un objet, une chose à prendre.

  2. Marion

    8 octobre 2015 at 9 09 38 103810

    Wouah! Ça fait 2 ans que j'ai commencé à prendre le bus et marcher, me promener quoi et c'est tellement pas pareil ici ! J'habite au Canada et soit les gens ont plus de respect, soit je suis vraiment trop affreuse pour avoir des remarques de ce genre, reste à voir!

  3. Chloé

    8 octobre 2015 at 9 09 38 103810

    J'ai pas pu m'empêcher de sentir monter la colère en moi à la lecture de cet article.
    Depuis que j'ai commencé à expérimenter ce genre de situation, j'ai changé. D'ailleurs nombre de mes proches me l'ont fait remarquer. Je suis froide, pas avenante, et j'ai tendance à ignorer tout et tout le monde quand je marche dans la rue. En règle générale, je me contente de ne pas réagir et d'ignorer la personne. Dans mes mauvais jours, comme en début de semaine, je tendance à distribuer des bras d'honneur assez facilement.
    Je crois que ce qui m'énerve le plus, c'est que ces gars là se comportent comme si leur action était légitime mais pas notre refus. Genre on commet un crime en refusant de répondre favorablement à leur demande. Et j'ai horreur qu'on essaye de me culpabiliser parce que je ne me laisse pas faire. Leur attitude vis à vis de nous n'EST PAS flatteuse. Ce n'est pas de la drague mais du harcèlement. Je ne me sens pas désirée, mais agressée.

    Et il est plus que temps que les choses changent. Et les mentalités aussi.

  4. bastillemma

    8 octobre 2015 at 9 09 38 103810

    Je suis heureuse que l'on commence à parler d'un sujet autrefois tabou. Avant, être complimentée dans la rue était vu comme un compliment, mais seulement par ceux qui n'en sont pas victimes. Personnellement je ne vois pas en quoi ça l'est. On sait qu'on est jolies, que la robe/jupe/jean/short qu'on a mis nous va bien et on n'a pas besoin que des hommes nous le rappellent. ON SAIT.

    Je n'ai été victime de commentaires semblables qu'une fois, mais c'était plus que suffisant. Il y a deux ans, j'ai du rentrer chez moi a pied du lycée. Ce n'était pas si grave en soi : trois ou quatre rues a traverser, rien de bien méchant. Rien de bien dangereux. En plus je n'avais pas vraiment de quoi me soucier : j'étais en pantalon de jogging, rien de bien “affriolant” on va dire. Je marchais tranquillement quand je croisai le regard d'un passant qui arrivait en sens inverse. J'ai baisse les yeux et j'ai continué mon chemin, mais son regard ne m'a pas quittée. En apparence sereine, j'appréhendais en fait le moment fatidique ou on allait se croiser. J'avais peur de ce qu'il pouvait dire ou faire. Il m'a sifflée en me dépassant, s'est retourné, m'a matée de haut en bas et m'a lancé “T'as de jolies jambes mademoiselle, tu sais”. Pendant un moment, j'ai eu vraiment peur qu'il ne s'arrête pas la. Aucun concierge, aucun autre passant dans la rue, j'ai commencé à angoisser. Heureusement, il est juste parti.

    Ce n'est pratiquement rien mais ce n'est pas ce qu'il a dit qui me dérange le plus, c'est la façon dont il l'a dit. Comme si je n'étais qu'un bout de viande dont il pouvait disposer a sa guise. Depuis, je fais le trajet avec un ami (au masculin) ou en voiture. J'avais 14 ans. Je n'en ai pas parlé a ma mère, parce qu'elle m'aurait sans doute défendu de rentrer a pied a nouveau, mais aussi parce que j'avais honte, j'étais persuadée que j'avais du faire quelque chose pour le provoquer. Peut-etre que mon pantalon était trop moulant, ou mon haut trop dévoilant. Je me cachais derrière des raisons bancales parce qu'on a été conditionnées pour. C'est toujours de notre faute, jamais celle des autres. Ça doit changer.

    Dans un contexte un peu différent, j'étais dans l'enceinte du lycée cette fois, à l'âge de 15 ans. Alors que j'étais en permanence avec un ami en train de boire un soda, il m'a piqué ma bouteille et s'est enfui avec. Alors que j'allais le rattraper, il s'est caché dans les toilettes des garçons, pensant que je n'allais pas le suivre. Sauf que le Coca est sacré pour moi, et ce n'était pas une porte qui allait me retenir. J'ai profite de sa surprise pour reprendre ce qui m'appartenait et en sortant j'ai croise un gars qui s'occupait de la maintenance au lycée. Il m'a regardé et, avec un sourire pervers a dit à mon ami : “Quelle chance, la prochaine fois laisses-en moi un bout”. Sur le moment j'en ai ris, mais depuis j'ai affreusement peur de recroiser cet homme.

  5. Anonyme

    8 octobre 2015 at 9 09 39 103910

    Ton article m'a pris au trip et m'a rappelé de très mauvais souvenirs qui étaient bien enfouie au fond de moi. J'ai 30 ans et heureusement je me fais moins emmerder dans la rue ou les transports publics mais c'est peut-être parce que je sors/rentre moins seule maintenant que je vis avec mon copain.
    Étant plus jeune, il y a un mec qui m'a suivi jusqu'au pied de mon immeuble et quand j'y repense j'en tremble encore…

  6. Buffy Mars

    8 octobre 2015 at 9 09 39 103910

    @Anonyme : Oui, comme tu dis, c'est dingue… cependant, je n'ai pas spécialement envie que tu prennes peur en lisant mon témoignage. Vois plutôt ça comme une manière de “prévenir” et de te donner les moyens d'être plus alertée et attentive. En attendant, il faut avant tout prendre confiance en soi et ne surtout pas se laisser marcher sur les pieds à cause de cette fichue peur. Courage!

    @Marion : Hmm.. Je n'ai pas spécialement envie de croire que le paramètre de la beauté puisse spécialement jouer quelque chose là-dedans. Comme tu l'as toi-même sous-entendu, je pense que la culture y est plus pour quelque chose 😉

    @BastilleEmma : Je suis tellement, mais tellement d'accord avec toi Emma. Je m'habille pour me sentir jolie, pour MOI avant tout, pas pour les hommes, ils ne sont pas au centre de mes petites préoccupations. D'ailleurs je ne leur demande rien, je me fous de savoir qu'untel me trouve jolie ou quoi que ce soit. Sérieux, qu'est-ce que cela peut bien faire qu'un individu me trouve à son goût? Il n'a pas à valider mon corps, point barre. Le pire c'est que comme toi même tu le dis, tous ces commentaires ne sont pas anodins. ON SAIT qu'il y a plus derrière et ça nous angoisse, ça en vient à nous faire peur, et ça ce n'est pas normal.

    @Anonyme (2) : Tout comme toi, j'ai vite remarqué que le fait d'avoir un copain “m'épargne” pas mal de choses… et c'est juste totalement déprimant. Je pense quand même que “l'âge” joue beaucoup (et pas parce que tu serais “vieille” ou autres haha). Je vois quand même la petite différence entre mes 15 et mes (désormais) 20 ans. Quand j'étais plus jeune les mecs se permettaient beaucoup plus de choses. Je pense qu'avoir pris en maturité me donne peut-être plus d'assurance. On me fait encore chier, mais moins. Et je pourrai me sentir soulagée mais pas du tout, parce que le fait que ce soit parfois les plus jeunes qui sont les premières visées est très inquiétant.. en tout cas merci pour ton témoignage! Je sais qu'être suivie est quelque chose de particulièrement horrible et de terrifiant, j'espère sincèrement que cela ne se reproduira plus ♥

  7. Anonyme

    8 octobre 2015 at 9 09 39 103910

    Salut Sophie,

    C'est toujours avec autant de plaisir que je lis chacun de tes articles qui sont toujours très bien rédigés et super intéressants (je suis une lectrice fantôme, désolée :$ mais j'adore vraiment tout ce que tu fais) mais je dois avouer que celui-ci m'a particulièrement pris aux tripes et m'a vraiment donné envie de te laisser un commentaire à ce sujet. Pourquoi ? Tout simplement parce que ton article j'aurais pu l'écrire presque mot pour mot… Ce que tu décris, je l'ai vécu un nombre incalculable de fois. Bien souvent, ça se produit dans les transports en commun pour ma part. Des transports en commun que j'arpente toujours avec des écouteurs dans les oreilles (même quand la batterie de mon téléphone est vide… Ca donne l'illusion que je n'entends rien alors que bien souvent j'entends tout…), et le regard toujours porté vers le bas – vers mes pieds – pour ne pas croiser celui d'un mec qui ne me lâcherait plus ensuite. Il y en a même un qui m'a suivi jusqu'à chez moi un jour et un autre qui, dans le TER, bondé, m'a fait des attouchements… Depuis, c'est bête à dire mais je n'ai plus pris une seule fois le TER seule. J'y arrive pas. Je suis paralysée par ma peur. Quand je dois sortir de chez moi pour prendre les transports en commun et rejoindre le centre ville, c'est toujours la même chose. Je check ma tenue pour être sûre que je paraitrais la plus transparente possible à leurs yeux. Je mets mes écouteurs et je marche toujours très vite, la tête baissée. Des fois ça marche, des fois non et dans ces cas là, je ne prends même plus la peine de répondre et je fuis le plus rapidement possible. Je ne sors en ville, le soir, qu'accompagnée d'amis à moi qui sont des armoires à glace et qui me “protègent” dans le sens où avec eux, je suis sûre que je pourrais passer une soirée tranquille sans qu'on me propose, je cite, des “coups vite fait bien fait dans les toilettes”. Le coup d'être complimentée en premier avant d'être traitée de salope ensuite parce qu'on les ignore, je connais aussi… Bref, comme je te l'ai dit, c'est vraiment déplorable à dire mais ton article j'aurais vraiment pu l'écrire. Et je trouve ça vraiment horrible les gens qui me disent “mais arrête, tu exagères… Tu deviens parano à force…”. Ca me met hors de moi les gens qui osent me dire ça (des mecs en général) parce que ces gens là ne savent pas de quoi ils parlent et ils n'ont vraiment aucune idée de ce que ça fait de ne pas pouvoir marcher dans la rue tout en se sentant en parfaite sécurité. Ils ne savent pas ce que ça fait de sentir cette boule au ventre dans leur estomac quand on croise le regard d'une personne que l'on aurait pas dû croiser et qui en vient à nous embêter durant le reste de notre trajet… Ils ne savent pas non plus à quel point tout ça, ça peut être vraiment épuisant sur le long terme… Des fois, je sors dans la rue et j'ai juste l'impression de ne pas pouvoir être moi même… C'est juste désolant… Bref, désolée pour le déballage de vie ^^ Mais en tout cas, je trouve que ton article témoigne bien de tout ce harcèlement de rue que l'on peut subir et qui est encore assez tabou je trouve, de nos jours…

  8. Anonyme

    14 janvier 2016 at 12 12 14 01141

    Salut Sophie!

    Je n'ai pas l'habitude de commenter les articles, même s'ils m'ont plus mais celui-là m'a particulièrement touchée. Certaines scènes me sont que trop familières. Vivant désormais en Allemagne, je suis moins exposée à ce harcèlement et j'ai un peu enfoui ça au fond de moi mais quand je rentre en France, je repasse en mode “instinct de survie” (allure rapide, écouteurs dans les oreilles, regard fuyant, recherche de rues avec du monde…).
    Pas plus tard que la semaine dernière, je me suis fait insulter gratuitement parce que je ne répondais pas à un mec qui me proposait sa veste “pour avoir chaud et sentir son odeur”.
    Ma réponse est un peu décousue mais je voudrais juste te dire merci d'avoir écrit cet article. Face à ces harcèlements, on se sent souvent honteuses et seules, mais ton article nous rappelle qu'on est toutes concernées, qu'on exagère pas ces situations et qu'on ne peut pas se dire “c'est pas si grave, à nous de faire attention”.

    Au plaisir de lire tes prochains articles 🙂

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